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Drouin profite pleinement de sa deuxième chance

L'attaquant du Lightning veut combler l'absence de Steven Stamkos

par Nicholas Cotsonika @cotsonika / Chroniqueur NHL.com

TAMPA - Alors que les joueurs du Lightning de Tampa Bay mettaient fin à leur séance d'entraînement jeudi, l'ailier gauche Jonathan Drouin s'est approché de l'entraîneur adjoint Rick Bowness. Il voulait voir la vidéo d'un jeu du match de la veille. Le Lightning a remporté la première partie de la première ronde des séries éliminatoires de l'Association de l'Est 3-2 contre les Red Wings de Detroit.

Bowness était heureux que Drouin vienne lui en parler, car il voulait justement lui montrer cette séquence.

Ils se sont donc dirigés vers le tableau accroché à la baie vitrée et ils ont décortiqué le jeu. Drouin avait hésité lors d'une montée de l'adversaire et Bowness lui a expliqué qu'il était resté trop éloigné pendant son repli. Si cette situation se reproduit lors du deuxième match vendredi (19 h; TVA Sports, CNBC, CBC, FS-F, FS-D), il devra exercer plus de pression sur le porteur de la rondelle.

« C'est plus clair, maintenant, a admis Drouin. Je sais quoi faire la prochaine fois. »

Cette année, Drouin a eu un conflit avec l'entraîneur Jon Cooper, il a demandé à être échangé, il a refusé de se rapporter au club-école, il a été suspendu, il n'a pas été échangé, il a voulu réintégrer le club-école, puis il a rejoint le Lightning pour les deux dernières rencontres du calendrier régulier. Après tous ces rebondissements, les deux parties semblent finalement avoir trouvé un terrain d'entente. Du moins, pour le moment.

Drouin obtient une chance de se faire valoir. Avec le capitaine Steve Stamkos qui est à l'écart du jeu en raison d'un caillot sanguin, Cooper n'a d'autre choix que d'utiliser Drouin sur les deux premiers trios et en avantage numérique. Il lui a donné 18:09 de temps de glace lors du premier match, le deuxième plus haut total chez les attaquants de Tampa Bay, dont 1:32 sur le jeu de puissance.

En retour, le Lightning profite d'un joueur plus mature et plus dévoué. Les statistiques de Drouin n'ont pas été des plus impressionnantes lors du premier affrontement : aucun point, quatre minutes de punition et un différentiel de moins 1. Toutefois, il s'est fait remarquer pendant toute la soirée. Il a fait de beaux jeux, il a foncé au filet et il a été robuste.

Personne n'a avantage à ce que Drouin garde l'image d'un jeune prétentieux et égoïste. Les deux parties ont tout à gagner si Drouin saisit sa chance. Dans le meilleur des cas, Drouin et Cooper oublieront le passé et Drouin deviendra le joueur que le Lightning cherchait quand il l'a sélectionné au troisième rang du repêchage 2013 de la LNH. Sinon, Drouin pourra toujours s'améliorer dans le but de faire augmenter sa valeur lorsque l'équipe voudra l'échanger.

« J'ai beaucoup à me prouver à moi-même, mais aussi à prouver à l'organisation et à l'équipe, a avancé Drouin. J'ai peut-être commis des erreurs, mais c'est à moi de faire mes preuves. Je dois leur montrer qu'ils peuvent compter sur moi et que je peux bien jouer. »

Est-il trop tard pour réparer les pots cassés?

« Pas du tout, a répondu Drouin. C'est difficile à dire en ce moment, alors je préfère ne pas y penser. Je ne veux même plus en parler. Je me concentre sur mon jeu et je veux aider l'équipe. Je suis certain que tout s'arrangera avec le temps. »

Prenons un peu de recul : Drouin n'a que 21 ans. Chaque joueur atteint sa maturité psychologique et physique à un rythme différent. Plusieurs vedettes offensives font le saut dans la LNH directement du junior et ils se butent à des entraîneurs qui veulent les mettre au pas, que ce soit justifié ou non.

Le directeur général du Lightning Steve Yzerman a fait ses classes en tant qu'administrateur avec les Red Wings, qui sont réputés pour laisser leurs espoirs murir dans les mineures ou en Europe. Ils rappellent leurs jeunes dans la LNH seulement lorsqu'ils sont prêts à s'imposer et non seulement à y survivre. (Cependant, ils n'ont pas repêché un joueur parmi les dix premiers, prêt à faire le saut dans la LNH, depuis des décennies. Celui qui s'approche le plus de ce portrait est Dylan Larkin, la recrue de 19 ans, qui a été réclamé au 15e rang du repêchage de 2014.)

Yzerman a laissé Drouin dans les rangs juniors en 2013-14. Il aurait voulu que Drouin amorce la campagne 2014-15 dans la Ligue américaine de hockey (LAH) parce qu'il croyait qu'il était trop fort pour le junior, mais pas tout à fait prêt pour la LNH. Or, c'était impossible puisque Drouin était trop jeune.

Drouin s'est donc joint au Lightning. Il a disputé 70 parties, mais après avoir accumulé les points chez les juniors, il a dû se contenter de quatre buts et 32 points. Il a été laissé de côté pendant presque tout le parcours du Lightning en séries qui l'a mené à la finale de la Coupe Stanley.

Drouin croyait qu'il n'était pas assez utilisé; Cooper trouvait qu'il ne le méritait pas. Cooper voyait trop d'erreurs dans son jeu; Drouin avait peur d'en commettre. Peu importe de quel côté vous vous trouviez, c'était un terrible cercle vicieux.

Drouin a entrepris la dernière saison aux côtés de Stamkos, mais il est vite retombé dans les mauvaises grâces de Cooper. Puis, il a demandé à être échangé.

Cooper pourrait se servir de l'ailier droit Nikita Kucherov comme exemple. Kucherov a fait ses classes dans les mineures. Il a été laissé de côté pour quelques rencontres en séries éliminatoires. Il a relevé le défi que lui avait présenté Cooper, soit de lui donner 60 bonnes minutes de hockey, et il a gagné la confiance de son entraîneur. Si bien qu'à 22 ans, il est déjà devenu un joueur d'impact.

Or, Kucherov n'a pas été sélectionné au troisième rang. Il a été réclamé avec le 58e choix du repêchage 2011 de la LNH.

« La différence avec Jonathan, c'est que Jonathan avait son visage partout sur les couvertures des magazines de hockey, alors que Kucherov est passé sous le radar », a mentionné Cooper à propos de Drouin. « C'est la différence et c'est malheureux pour Jonathan. Les attentes étaient très élevées à son endroit, alors que Kucherov n'avait aucune pression. Quand il éprouvait des difficultés, personne ne s'en faisait, sauf nous.

« Je ne sais pas si Jonathan a eu autant de difficultés que Kucherov, mais tout était amplifié. C'est malheureux pour lui parce qu'il était constamment sous les projecteurs. »

Par contre, Drouin a su bien utiliser le temps qu'il a passé à l'écart. Il s'est entraîné et il a ajouté du muscle à sa charpente. Il a étudié des vidéos et il a constaté qu'il jouait trop en périphérie.

Quand il a vu qu'il ne serait pas échangé, il a demandé à Yzerman s'il pouvait jouer à nouveau. Lorsqu'il s'est amené dans la LAH, il a excellé. Puis, à son retour à Tampa Bay, il a compté lors des deux derniers matchs de la saison régulière.

Ce n'est qu'un petit échantillon, mais Drouin se retrouve en bonne posture. Il est reposé en raison de sa longue période d'inactivité, il évolue en compagnie de deux bons joueurs complets (Valtteri Filppula et Ondrej Palat), il sait qu'il va jouer quand il se présente à l'aréna et il retrouve son rythme grâce à son temps de jeu accru. En contrepartie, le Lightning bénéficie des services d'un joueur plus confiant et plus dévoué.

« Avant, il attendait que quelqu'un aille chercher la rondelle pour lui. Maintenant, il va la chercher lui-même, a expliqué Cooper. C'est un très bon signe. »

« Avant, il laissait les choses venir à lui, a ajouté Bowness. Maintenant, il est plus actif. Il a quelque chose à prouver et il veut provoquer des choses. Il a une attitude différente. »

Il doit poursuivre dans cette voie pour son bien et pour celui du Lightning.

« Il doit continuer à jouer, a conclu Bowness. C'est l'expérience, n'est-ce pas? Vous l'avez vu hier soir. Il a le cœur à la bonne place. Regardez comme il travaille fort. Il a distribué les mises en échec hier soir et il est fébrile. Il veut jouer. Il n'est plus effacé, il ne joue plus sur les talons. Il travaille avec acharnement. Il est jeune et il va continuer de s'améliorer. »

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