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Des milliers de gens disent adieu à Gordie Howe

Des milliers de partisans, d'amis et de personnalités du hockey se retrouvent à Detroit pour dire adieu à Gordie Howe

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Chroniqueur NHL.com

DETROIT - Les premiers sont arrivés au Joe Louis Arena lundi à 23h30, HE, neuf heures et demie avant qu'on ouvre les portes en vue de l'exposition en chapelle ardente de Gordie Howe.

 

Bud Somerville, un ouvrier d'usine à la retraite âgé de 60 ans qui vit à Westland, au Michigan, était assis dans une chaise pliante à côté des portes, emmitouflé dans une couverture. Il regardait les voitures rouler sur Steve Yzerman Drive et les bateaux défiler sur la Detroit River. Il n'arrivait pas à dormir.

« Parce que je n'allais pas rater ça, a-t-il dit. Pas question que je rate ça. »

 

Howe est décédé vendredi à l'âge de 88 ans et les gens sont venus rendre hommage à un homme qui était une figure importante pour son sport et cette ville. Des gens qui ont brillé dans le monde du hockey comme Wayne Gretzky et Scotty Bowman, mais aussi des partisans qui l'ont vu jouer, qui l'ont rencontré, qui l'ont connu ou qui savaient tout simplement à quel point il avait été un joueur légendaire.

 

L'exposition en chapelle ardente devait avoir lieu de 9h à 21h mardi, mais le fils de Howe, Mark, a indiqué que la famille prévoyait rester aussi longtemps qu'il le faudrait afin d'accueillir chacune des personnes qui allaient se présenter. Howe était une personne humble, un homme du peuple. Il fallait donc célébrer sa mémoire de la même façon qu'il avait vécu.

 

« Si vous aviez la chance de croiser Gordie ou même Mark, ils avaient toujours le temps de s'arrêter pour tout le monde », a noté Steve Yzerman, capitaine de longue date des Red Wings qui occupe maintenant le poste de directeur général du Lightning de Tampa Bay. « Je sais que Gordie aimait vraiment être un membre des Red Wings et qu'il adorait passer du temps ici, avec tout le monde. Alors ça ne me surprend pas du tout. »

 

Le monde du hockey se souviendra de Howe comme un des plus grands joueurs de tous les temps, mais ce ne sera pas le cas à Detroit. Ici, on se souviendra de lui comme du plus grand d'entre tous, point à la ligne. C'est ici qu'il a disputé 25 saisons avec les Red Wings, remportant alors le trophée Art Ross six fois, le trophée Hart six fois et la Coupe Stanley à quatre reprises. C'est ici qu'il est devenu « Monsieur Hockey », tissant des liens intimes avec les partisans et contribuant au développement du sport qui le passionnait.

Même si les Red Wings ont remporté la Coupe en 1936, 1937 et 1943, les jours de gloire pour Detroit ne sont arrivés qu'au moment où ils ont décroché le titre en 1950, 1952, 1954 et 1955. Les Lions de Detroit ont été couronnés champions de la NFL en 1952, 1953 et 1957. Detroit était en plein essor en raison de son statut de « Ville de l'automobile » et elle comptait des athlètes vedettes comme Ted Lindsay et Bobby Layne, mais Howe d'abord et avant tout.

 

« Gordie a été le plus grand joueur de hockey de tous les temps et les gens étaient fiers de Detroit, de pouvoir dire, 'Ouais, Gordie Howe, les Red Wings, ils sont formidables' », a commenté Al Kaline, qui a amorcé sa carrière en route vers le Temple de la renommée du baseball avec les Tigers de Detroit en 1953 et est devenu un ami proche de Howe. « Peu de gens et peu de villes peuvent dire qu'ils ont vu les plus grands évoluer chez eux, et Gordie Howe a été le plus grand. »

 

Pendant que Somerville attendait l'ouverture des portes, il s'est souvenu d'avoir pris l'autobus en provenance de Wayne, au Michigan, afin de se rendre au Olympia Stadium à Detroit alors qu'il avait 13 ou 14 ans. Il a acheté un billet et a assisté à un match seul afin de voir Howe jouer. Après, les placiers ont invité la foule à se disperser mais il s'est caché derrière une colonne. Quand il a vu Howe, il a lancé la conversation. Ils ont échangé une poignée de mains.

 

Somerville a dit avoir assisté à des centaines de matchs des Red Wings et avoir rencontré Howe à maintes reprises. Il s'est parfois rendu à des séances de signatures d'autographes. D'autres fois, il l'a simplement croisé par hasard. Et à chaque fois, il lui serrait la main comme si c'était la première fois.

 

« Le plus grand joueur de hockey qui ait jamais vécu ; l'homme le plus gentil que j'aie jamais rencontré, a dit Somerville. Il a toujours été mon joueur favori. Personne n'était à son niveau. Ils ont dit que Gretzky était le plus grand, mais 'Monsieur Hockey' était le plus grand. Même Gretzky l'a dit l'autre jour, que [Howe] était le plus grand de tous. »

 

Somerville était un livre ouvert. Il a retroussé sa manche afin de montrer le logo des Red Wings qu'il avait tatoué sur l'épaule droite, et qui était accompagné des numéros que le club avait retirés. Le premier numéro était le 9.

 

Somerville voulait tout simplement dire merci.

 

« C'est pourquoi je suis ici, juste pour le remercier et exprimer mes sympathies à la famille Howe, les remercier de nous avoir permis de faire partie de tout ceci », a déclaré Somerville.

 

Somerville a écrit un message sur une des affiches qui se trouvaient sur un mur à l'extérieur du bâtiment, puis il a franchi la porte, est entré dans l'aréna et s'est dirigé vers l'entrée qui donne habituellement accès à la patinoire. Tellement de gens l'ont suivi, jeunes et vieux, habillés en veston ou en chandail de hockey et portant des objets à l'effigie des Red Wings ; mais ils l'ont fait en silence, alors qu'on entendait seulement le bruit des appareils d'air climatisé.

 

Joe Louis Arena était devenu une cathédrale. Un tapis rouge menait au cercueil de Howe, qui était fermé et semblait reposer sur un autel. Au-dessus se trouvait son no 9, qu'on avait baissé du plafond et qui était illuminé par un projecteur. Celui-ci était flanqué des quatre bannières commémorant les conquêtes de la Coupe Stanley auxquelles Howe a contribué. Les membres de sa famille étaient assis à droite. Des souvenirs de sa carrière se trouvaient à gauche : ses chandails des Red Wings, ses gants de cuir, des programmes, des photos et bien plus.

 

Gretzky, Bowman, Kaline et Yzerman se tenaient debout tout près. Tout comme les fils de Howe : Mark, Marty et Murray. Mark et Murray accueillaient les gens.

 

La deuxième personne dans la file d'attente était Beverly Alfes, 60 ans, de Harrison Township au Michigan, qui a grandi en regardant Howe à « La Soirée du hockey ». Elle avait amené son fils voir les derniers coups de patin de Howe dans les rangs professionnels, avec les Vipers de Detroit dans la Ligue internationale de hockey en 1997, quand Howe avait 69 ans. Elle est arrivée à 6h45, entretenant le souvenir de l'image qui résume le mieux Howe selon elle.

 

« L'étincelle dans ses yeux, a-t-elle souligné. Quand quelqu'un essayait quelque chose sur la glace, tu voyais cette étincelle et tu savais que ce joueur-là allait en payer le prix. »

 

Un peu plus loin dans la file d'attente se trouvait Marti Miller, 79 ans, de Grosse Pointe Woods au Michigan. Elle portait un chandail de hockey de Howe que celui-ci avait autographié et tenait l'autobiographie de Howe. Elle lui avait serré la main une fois au Olympia Stadium, et elle avait rencontré Howe et son épouse Colleen à l'occasion d'une dédicace de livre. Dans son livre, elle avait inséré une photo qui avait permis d'immortaliser le moment. La page titre était autographiée. Howe avait dédicacé le bouquin à « une grande dame » et lui avait fait part de ses « souhaits les plus cordiaux ».

 

« Eh bien, a-t-elle dit en rougissant presque, je ne savais pas que j'étais une grande dame. »

 

Mais c'était Gordie, et c'est pourquoi la file d'attente continuait de s'allonger, alors que des centaines, puis des milliers de gens attendaient.

 

C'est une chose de jouer dans la LNH. C'en est une autre de devenir un grand joueur dans la LNH. Et c'en est une autre encore de devenir un des plus grands, peut-être même le plus grand d'entre tous.

 

Et c'en est une autre d'être à la fois un grand joueur et une personne formidable, et d'accepter de consacrer du temps à tout le monde.

 

« Cette humilité, cette politesse, ce respect qu'il avait pour les gens est une belle leçon que nous avons tous intérêt à retenir », a résumé Yzerman.

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