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Des anciens du CH se souviennent de Blake comme d'un entraîneur exigeant

Yvan Cournoyer et Donnie Marshall partagent leurs souvenirs à l'occasion d'une collecte de fonds en son honneur

par Dave Stubbs @Dave_Stubbs / LNH.com

VAUDREUIL-DORION, Québec - Ce n'est pas avec une personnalité douce et conciliante que Toe Blake est devenu l'un des plus grands entraîneurs de l'histoire de la LNH.

L'auteur et ancien animateur Dick Irvin Jr, dont le père a été remplacé par Blake à titre d'entraîneur des Canadiens de Montréal en 1955, se souvient de Blake comme « d'un homme intense, un brin grossier, et compétitif, sur la glace et en dehors de celle-ci… mais aussi d'un compagnon plaisant et généreux, d'un gars qu'il était agréable de côtoyer lorsqu'il était de bonne humeur, ce qui arrivait la plupart du temps. […] Mais avec Toe, nous n'en étions jamais vraiment certains. »

Donnie Marshall, un attaquant qui a participé aux cinq conquêtes consécutives de la Coupe Stanley par les Canadiens sous les ordres de Blake entre 1956 et 1960, partage ce sentiment.

« Vous pouviez marcher dans un corridor du Forum de Montréal et croiser Toe, sans savoir si vous deviez lui dire bonjour ou simplement détourner la tête », a déclaré Marshall au cours du 24e tournoi de golf des célébrités Hector "Toe" Blake au profit de la Société Alzheimer Montréal présenté le mois dernier.

Marshall, âgé de 85 ans, a été l'un des neuf anciens joueurs des Canadiens à participer à ce tournoi disputé au Club de golf Summerlea, à environ 40 kilomètres à l'ouest de Montréal. Il était accompagné des membres du Temple de la renommée Yvan Cournoyer et Guy Lafleur, du coprésident de l'événement Stéphane Quintal, vice-président senior de la sécurité des joueurs de la LNH, ainsi que de Pierre Bouchard, Rick Green, Réjean Houle, Yvon Lambert et Pierre Mondou.

D'anciens joueurs des Canadiens de Montréal se sont réunis le 24 août dernier au cours d'un tournoi de golf caritatif en l'honneur de Toe Blake. De gauche à droite: Don Marshall, Pierre Bouchard (derrière), Yvan Cournoyer, Réjean Houle, Guy Lafleur, Rick Green, Yvon Lambert et Stéphane Quintal.

Blake, qui a été intronisé au Temple de la renommée en 1966 en tant que joueur, a remporté la Coupe Stanley 11 fois, la première à titre d'attaquant des Maroons de Montréal en 1935, puis les deux suivantes avec les Canadiens (1944, 1946), puis huit autres comme entraîneur des Canadiens entre 1956 et sa retraite en 1968. Il est décédé en 1995, après avoir souffert de l'Alzheimer pendant un certain temps.

Ce tournoi de golf a vu le jour en 1994, sous la forme d'une collecte de fonds organisée par des amis de Blake et par certains de ses anciens joueurs. Il s'est poursuivi à sa mémoire l'année suivante, et environ 2 millions $ ont été amassés pour la recherche sur l'Alzheimer.

Marshall a participé à ce tournoi à maintes reprises, lui qui a voyagé en automobile depuis sa maison d'été dans l'État de New York.

« J'ai été membre ici pendant 35 ans, mais ils ont changé les trous - certains d'entre eux sont 100 verges plus longs. Ou peut-être ai-je cette impression en raison de la qualité de mon jeu », a-t-il blagué.

Joueur de centre polyvalent et l'un des meilleurs joueurs de son époque en infériorité numérique, Marshall a passé 10 saisons avec les Canadiens, après avoir joué son hockey mineur à Verdun, à quelques kilomètres du Forum. Il a ensuite évolué pendant sept saisons avec les Rangers de New York avant de conclure sa carrière en disputant une campagne avec les Sabres de Buffalo, puis une autre avec les Maple Leafs de Toronto, avant de prendre sa retraite au terme de la saison 1971-72 avec 589 points (265 buts, 324 passes) en 1176 matchs dans la LNH.

L'entraîneur des Canadiens de Montréal Toe Blake discute avec quatre de ses joueurs au cours du camp d'entraînement de l'équipe en 1959-60 au Forum de Montréal. De gauche à droite: Dickie Moore, Blake, Don Marshall, André Pronovost et Phil Goyette.

Les Canadiens avaient des attentes élevées envers le centre au coup de patin fluide qui avait une belle touche de marqueur, lui qui avait affiché de belles statistiques offensives dans les rangs juniors et dans les rangs mineurs professionnels. Mais Marshall, qui avait été placé par Irvin entre les ailiers Maurice « Rocket » Richard et Bert Olmstead, s'est brisé la cheville en 1954 pendant le camp d'entraînement et a joué de manière occasionnelle dans la ligue senior de Montréal avant de pouvoir rejoindre les Canadiens. Il avait toutefois perdu son poste de premier plan, et Marshall a été utilisé par Irvin dans les missions défensives, en infériorité numérique, et il était appelé à remplir tous les trous, un peu comme ce fut le cas avec Blake lorsque ce dernier est devenu entraîneur en 1955-56.

Blake a immédiatement mené les Canadiens à leur séquence de cinq titres consécutifs de la Coupe Stanley, et Marshall a été l'un des 12 joueurs à faire partie de l'alignement de chacune des éditions championnes. Il affirme qu'il est très reconnaissant d'être l'un des trois joueurs de ce groupe à être encore en vie, avec Henri Richard et Jean-Guy Talbot.

Marqueur prolifique, Marshall a endossé le rôle défensif que ses entraîneurs lui ont demandé de jouer sans le moindre soupçon de protestation, et il a été l'un des meilleurs de sa génération. 

« Je pouvais le faire, c'est aussi simple que cela, a-t-il dit en parlant de sa conversion en attaquant à caractère défensif. Dans les rangs mineurs, j'écoulais les punitions et je marquais des buts. Dans la LNH, j'écoulais les punitions, mais je n'ai pas eu la chance de marquer autant. Je savais que je pouvais jouer au hockey, peu importe la position, et que je n'avais aucun problème à faire ce que mes entraîneurs voulaient que je fasse pour me retrouver sur la glace. »

À cette époque, a-t-il souligné, tout le monde s'attendait à ce que les Canadiens gagnent, et une saison sans défilé de la Coupe Stanley était considérée comme un échec. Marshall, qui a été échangé par les Canadiens aux Rangers de New York le 4 juin 1963 - « Je suis passé d'une très bonne équipe à une équipe qui n'était pas aussi forte », a-t-il charitablement lancé - s'est souvenu que Blake était un entraîneur qui était « très bon » avec ses joueurs, ainsi qu'un homme férocement intense qui avait sa propre manière de faire les choses.

Cournoyer, qui était très heureux de renouer son amitié avec Marshall dans le chalet du club Summerlea, avait ses propres souvenirs spéciaux concernant son premier entraîneur dans la LNH. Il a remporté les trois premiers de ses 10 titres de la Coupe Stanley sous les ordres de Blake, lui qui a fait ses premiers pas dans la LNH avec les Canadiens en 1963-64, soit la saison où Marshall s'est joint aux Rangers, qui avaient participé aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley une seule fois au cours des cinq saisons précédentes alors que la ligue ne comptait que six équipes.

« Toe était comme un père pour moi lorsque je me suis joint aux Canadiens, a mentionné Cournoyer, âgé de 73 ans. Il respectait vraiment ses joueurs. Pour jouer sous ses ordres, il fallait d'abord et avant tout gagner. Il était très dur avec les joueurs, mais il était très honnête. Toe était très exigeant sur le plan défensif. Si je me trouvais sur la glace lorsque nous encaissions un but, je regardais où il se trouvait derrière le banc et j'empruntais la porte la plus loin de lui pour retourner au banc, afin de lui laisser le temps de se calmer. »

Puis, avec un sourire :

« Mais nous aimions aussi avoir du plaisir avec Toe. Chaque fois qu'il organisait une rencontre d'équipe dans le vestiaire, il jouait avec les roulettes de ruban que nous gardions sur une table. Un matin, nous y avions déposé toutes les roulettes que nous avions pu trouver, et il a commencé à bâtir une pyramide. Elle devait faire plus de deux pieds de haut à la fin de la réunion, alors que les roulettes étaient empilées une par-dessus l'autre. Tout le monde riait, mais il était tellement absorbé par sa réunion, que je ne crois pas qu'il le réalisait. »

L'entraîneur des Canadiens de Montréal Toe Blake voit la Coupe Stanley de près après le championnat de son équipe en 1965. De gauche à droite: Bobby Rousseau, Henri Richard, Jim Roberts, Red Berenson, le capitaine Jean Béliveau, Blake, Jean-Guy Talbot, Yvan Cournoyer, Dick Duff.

Au cours des 18 trous de golf, du souper et de l'encan caritatif qui a suivi, d'autres anciens joueurs des Canadiens ont partagé leurs souvenirs à propos de Blake, et ceux qui étaient venus jouer au golf s'émerveillaient devant les histoires qui étaient ainsi partagées.

« Il y a eu des moments où Toe pensait que les choses ne se passaient pas bien, a expliqué Marshall, alors que ces occasions étaient rares. Il déambulait dans le vestiaire et soulignait les faiblesses de chacun. Vous demeuriez assis, et vous encaissiez.

« Mais Toe, a-t-il poursuivi avec un sourire, semblait toujours oublier le Rocket. »

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