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Dave Jackson émotif à l'approche de la retraite

Le Montréalais âgé de 53 ans s'apprête à accrocher son maillot d'arbitre pour de bon

par Robert Laflamme @bobthefire / Journaliste principal LNH.com

MONTRÉAL - Le décompte final est commencé pour l'arbitre québécois Dave Jackson. Dans 17 jours, le 29 mars à l'issue du match entre les Coyotes de l'Arizona et les Kings de Los Angeles au STAPLES Center, il sait qu'il aura le cœur gros en rangeant son sifflet pour de bon.

« On a pensé organiser une grosse fête avec beaucoup de monde dans un restaurant, raconte-t-il en entrevue à LNH.com. Mais finalement, je ne ferai rien de particulier. On tiendra une petite fête à l'hôtel où je logerai avec ma famille et des amis, dont certains vont faire le voyage de Montréal. 

« Je sais que je serai triste », admet-il.

Jackson va tirer un trait sur un pan de 32 ans de sa vie, à l'âge de 53 ans. Il met la barre haute pour les arbitres en chef québécois en étant celui qui a oeuvré dans le plus de matchs dans la LNH, soit 1548. Cinq arbitres seulement avant lui dans l'histoire de la Ligue ont surpassé la marque des 1500 rencontres.

Il faut ajouter à son impressionnant palmarès 83 matchs des séries éliminatoires, en plus de deux présences au Match des étoiles et d'une participation au tournoi olympique des Jeux de Sotchi en 2014.

« Je pars la tête haute, déclare Jackson. Mon seul regret, et ce n'en est pas un grand, est de ne pas avoir pris part à la Finale de la Coupe Stanley. J'ai participé à deux finales d'association et on ne choisit que quatre arbitres en chef pour la Finale.

« Je suis très fier de tout le chemin parcouru. »

Tout a commencé à Québec

Après avoir été stagiaire pendant plus de trois saisons vers la fin des années 1980, l'aventure dans la LNH a commencé pour Jackson, qui est originaire de Pointe-Claire, dans l'ouest de l'île de Montréal, le 22 décembre 1990, à l'occasion du duel entre les Devils du New Jersey et les Nordiques de Québec, au Colisée de la Vieille Capitale.

Les spectateurs s'étaient levés en bloc peu après son arrivée sur la patinoire. Il avait tôt fait de réaliser que l'ovation monstre n'était pas pour lui, mais pour souligner le retour à Québec de Peter Stastny, échangé aux Devils la saison précédente.

« Je m'en rappelle comme si c'était hier. J'étais très nerveux, évoque-t-il. J'étais âgé de 25 ans et je me retrouvais avec des légendes du hockey comme Peter Stastny et Guy Lafleur, qui avait été mon idole d'enfance. Après avoir décerné la première pénalité, le stress avait diminué. »

Jackson aurait souhaité que Québec réobtienne une concession en même temps que Las Vegas en juin 2016.

« J'aurais demandé de travailler dans un dernier match à Québec. Ça m'aurait permis de boucler la boucle », souligne-t-il.

En près de 29 ans dans la LNH, Jackson est à même de constater l'évolution du sport.

« Le rythme du jeu est tellement plus rapide. L'élimination de la ligne rouge du centre et l'application stricte des règlements en matière d'accrochage ont largement contribué à ça. Un seul arbitre ne pourrait plus suffire à la tâche en raison des normes en vigueur. Dans le temps, nous n'imposions pas de pénalités. Nous laissions jouer. C'était comme du rugby.

« Ç'a changé de façon draconienne après la saison 2004-05, annulée par un conflit. On doit ça à Stephen Walkom (ancien arbitre qui agit comme directeur de l'arbitrage dans la LNH). »

Des moments forts

Sur le lot, il y a eu des matchs « rock and roll » et quelques-uns mémorables pour lui.

« Il y a eu plusieurs matchs rock and roll, précise-t-il candidement. Ça arrive sur plus de 1500 matchs qu'on manque le bateau. Je me rappelle d'un, mon premier en séries éliminatoires (le 22 avril 1999 - entre les Bruins de Boston et les Hurricanes de la Caroline).

« J'avais été en réserve ("stand by") pendant plusieurs saisons. J'assistais aux matchs en séries et je me tenais prêt au cas où. Je me disais que je serais fin prêt la journée qu'on ferait appel à mes services. Ça n'a pas été le cas. La vitesse, l'intensité et la pression d'un match des séries, c'est complètement autre chose de la saison régulière. Ça m'a fait ouvrir les yeux. »

Parmi les rencontres qu'il n'oubliera pas de sitôt, il y a eu son premier Match des étoiles en 2002 à Los Angeles.

« Mes garçons âgés de 9 et 11 ans avaient pu rencontrer les joueurs et interagir avec eux. Comme parent, ç'avait été une journée très particulière. »

L'autre moment fort de sa carrière a été le 1000e match de sa carrière, le 20 décembre 2008 au Centre Bell de Montréal.

« Toute ma famille y était, ma mère, mon père, mon épouse et les enfants. Il y avait même ma fille qui n'était pas née au Match des étoiles en 2002. Tout le monde m'avait accompagné pour une brève cérémonie sur la glace et j'avais reçu une ovation de la foule. J'étais très émotif. Je ne l'oublierai pas de sitôt. »

Une reconnaissance touchante

Le métier d'arbitres est ingrat. Ils doivent s'endurcir la couenne parce qu'ils sont davantage habitués à se faire insulter qu'à être complimentés.

Jackson se dit touché droit au cœur par les marques d'affection qu'il reçoit depuis que le mot de sa retraite s'est passé à travers la LNH. Au début de février, dans le cadre du programme double de la fin de semaine du Super Bowl des Canadiens de Montréal, il a œuvré dans ses deux derniers matchs au Centre Bell.

« J'ai pu faire mes adieux à tous les membres du personnel de soutien et d'encadrement que je connais depuis plus de 20 ans. Ç'a été une fin de semaine émouvante. »

Depuis ce temps, Jackson voit défiler dans les vestiaires des amphithéâtres que les arbitres occupent plusieurs joueurs, entraîneurs et dirigeants d'équipe.

« On vient me féliciter et me souhaiter une bonne retraite, relate-t-il. Les gens pensent que les arbitres sont de mauvaises personnes, mais c'est très gratifiant à l'extérieur de la glace de constater que la plupart des joueurs et des entraîneurs respectent le travail que vous avez fait depuis 30 ans.

« Quand un joueur comme Sidney Crosby vient vous serrer la main, ça fait chaud au coeur. »

Onze années à l'hôtel

Jackson n'a aucun plan de retraite à brève échéance, sinon celui de jouer au hockey dans sa ligue de garage au Colorado, où la famille s'est établie il y a bientôt quatre ans.

« J'aimerais demeurer dans le hockey, peut-être pas à temps plein. Ce serait difficile d'arrêter complètement. Je n'ai pas de projet précis. Je vais y songer davantage l'été prochain. »

Après avoir parcouru estime-t-il plus de 12 000 kilomètres sur patins et distribué plus de 5000 pénalités, Jackson veut profiter du repos du guerrier fort mérité.

« Mon épouse Jill estime que j'ai passé l'équivalent de 11 années à l'hôtel (4000 nuits), relève-t-il. Ça ne me manquera pas de passer 22 jours par mois dans une chambre d'hôtel. »

Jackson n'a pas été épargné par les blessures. Il a raté toute la saison 2009-10 en raison d'une blessure à un genou et il n'a pris part qu'à quelques matchs la saison dernière en raison d'une blessure à une hanche. C'est sans parler des nombreux points de suture qu'il a dû recevoir à la tête et au visage.

« C'était pire dans les rangs juniors parce que j'arbitrais sans casque protecteur. Dans la Ligue nationale, nous passons la saison avec des bleus sur tout le corps. Il n'y a pas un match ou presque au cours duquel nous ne sommes pas atteints par la rondelle. »

Malgré tout, il dit ne pas regretter la décision qu'il a prise d'être arbitre de hockey.

« Mon rêve était de jouer dans la Ligue nationale, pas d'être arbitre. C'est arrivé comme ça, grâce à Doug Hayward qui a été le mentor de plusieurs arbitres québécois. Aux jeunes arbitres, je dirais de ne jamais lâcher et de travailler fort à tous les matchs parce qu'on ne sait jamais qui peut vous épier dans les gradins. Ç'a été le cas pour moi. Des recruteurs m'ont remarqué et j'ai commencé à croire que c'était possible. »

La fois qu'il a rabroué Claude Julien

Jackson a tenu à faire l'entrevue en français. Sa maîtrise de la langue demeure excellente malgré qu'il soit un anglophone qui a passé toutes ces années dans un environnement anglophone. Il dit avoir appris son français en côtoyant les arbitres de la LHJMQ, à l'époque où il a fait ses classes.

« Les premières fois que j'allais à Chicoutimi ou à Shawinigan, je commandais beaucoup de hot-dogs et de hamburgers au restaurant. Je n'ai pas eu le choix d'apprendre le français. J'étais comme en immersion. »

Jackson raconte d'ailleurs une savoureuse anecdote au sujet de son bilinguisme.

« J'en étais à mes débuts dans la Ligue américaine de hockey. C'était peut-être mon 10e match. J'arbitrais les Citadels de Halifax, qui étaient l'équipe-école des Nordiques. Le capitaine était Claude Julien, l'actuel entraîneur des Canadiens de Montréal. Dans ce temps-là, nous n'avions pas de numéro dans le dos. C'était notre nom qui était brodé.

« Je ne connais pas du tout Claude Julien et lui non plus. Je signale une punition à un joueur francophone des Citadels Marc Fortier. Marc et moi nous nous connaissions de la LHJMQ. Il savait que je parlais le français. Il n'était pas content et il a commencé à m'engueuler en français. Je lui ai donné une punition additionnelle pour conduite antisportive. Il en a rajouté et je lui ai collé une pénalité d'inconduite.

« Claude est venu me voir et il m'a dit en anglais que j'avais pris une très mauvaise décision. Il me disait que je n'avais pas été correct parce que je n'avais rien compris de ce qu'il m'avait dit, que j'avais présumé que c'étaient des propos désobligeants et que je ne pouvais pas faire ça.

« Je lui ai répondu en français : "Claude, je viens de Montréal. Je suis complètement bilingue". »

« Claude m'a regardé et il m'a dit encore en anglais : "Eh bien alors c'est une excellente décision Dave". »

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