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Coupe du monde : un comparatif en chiffres

Bouchard: analyse des forces en présences dans les huit formations

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Comment les équipes en lice pour la Coupe du monde se comparent-elles? On peut répondre (en partie) à la question grâce aux données colligées par la LNH depuis quelques années, encore mieux en utilisant les compilations proposées par le site corsica.hockey.

On sait tous que les bons marqueurs sont, nécessairement, de bons joueurs. Mais la position au championnat des pointeurs est souvent tributaire du contexte d'utilisation, plus précisément de la possibilité de jouer souvent au sein d'un avantage numérique efficace. Pour identifier les bons joueurs offensifs sans favoriser indûment ceux qui bénéficient de circonstances favorables, les points obtenus à forces égales sont donc un indicateur plus fiable, surtout si on les ramène sur une moyenne par heure et que le joueur a au moins trois saisons derrière la cravate.

Mais tous les bons joueurs ne sont pas des marqueurs prolifiques. Certains sont appelés à jouer des rôles plus ingrats, ce qui se traduit notamment par une surcharge de mises en zone offensive, signe d'un joueur qu'on assigne à des missions où la défensive prime sur la production offensive.

Enfin, on sait d'un bon joueur que, s'il ne marque pas nécessairement souvent, il sait aider son équipe à déclasser l'adversaire aux chances de marquer; son équipe, lorsqu'il est sur la glace, prend un avantage sur ses opposants qui diminue sitôt que le joueur retourne au banc.

On peut donc prendre ces trois indicateurs (points obtenus, mises en jeu en zone défensive, avantage aux chances de marquer) et les cumuler pour avoir une certaine idée de la valeur globale de la contribution d'un joueur sans pour autant se lancer dans la confection de modèles statistiques avancés.

En classant chaque joueur à l'échelle de la ligue pour chaque indicateur sur un indice de 33 pour cent (les pires ont 0 pour cent, les meilleurs ont 33 pour cent) et en cumulant ces trois pourcentages, on obtient une note sur 100 pour cent, une idée du rang du joueur parmi ses pairs.

Voici comment se classent les équipes appelées à s'affronter dans le tournoi à venir.

Équipe Canada

L'équipe à battre dans ce tournoi compte dans ses rangs le joueur ayant le meilleur score : Patrice Bergeron se fend, depuis trois ans, d'un indice cumulé de 92 pour cent. L'offensive canadienne est, de manière générale, la grande force de l'équipe avec pas moins de neuf joueurs ayant des scores de 30 pour cent et plus quant aux points obtenus à forces égales, dont quatre (Corey Perry, Sidney Crosby, Tyler Seguin et John Tavares) tapant un score parfait de 33 pour cent.

La défensive canadienne se démarque aussi par la quantité impressionnante de joueurs à caractère offensif; cinq d'entre eux obtiennent une note de 27 pour cent ou plus (Brent Burns est à 33 pour cent). Jay Bouwmeester détonne franchement dans ce tableau. Or, troisième gaucher du groupe, il semble assuré qu'il sera de tous les matchs.

On peut s'attendre à ce que Carey Price retrouve son poste de Sotchi, mais si d'aventure il est encore rouillé à la suite de sa longue convalescence, Braden Holtby et Corey Crawford font d'honorables plans B (!).

Équipe Amérique du Nord

Je me base, pour construire les indicateurs de ces graphiques, sur les joueurs ayant cumulé au moins 1000 minutes de jeu à 5-contre-5 depuis trois ans. Quatre joueurs manquent la ligne, soit Jonathan Drouin, Auston Matthews, Connor McDavid et Shayne Gostisbehere. Pas exactement des pieds de céleri, mais aussi une bonne illustration du facteur "X" que représente cette équipe de jeunes joueurs.

Le manque d'implication dans les situations défensives, un choix des entraîneurs de ces joueurs, recale systématiquement leur classement, seuls Sean Couturier et Jacob Trouba ayant sur ce point eu des responsabilités significatives. Ça ne veut donc pas dire que ces joueurs sont incapables de jouer défensivement. En fait, c'est à mon sens l'élément à surveiller de cette formation et l'intérêt, de manière plus générale, de cette formule d'équipe de jeunes de l'Amérique du Nord.

On gère de manière conservatrice dans la LNH, et ce même si les jeunes sont, de plus en plus, la clé du succès des équipes championnes. En plus de ne pas leur donner trop de charges de travail défensif, on tend à utiliser les jeunes avec des joueurs « sûrs », soit des vétérans peu doués offensivement. Pourtant, le potentiel offensif de cette équipe est bien réel, encore plus si on prend en compte le talent combiné des quatre susnommés. Il sera intéressant de voir ce que ces jeunes, enfin laissés à eux-mêmes pour quelques matchs, offriront comme opposition.

Équipe États-Unis

Les Américains forment le premier groupe susceptible d'inquiéter réellement les Canadiens. Outre Dustin Byfuglien, que les déplacements entre attaque et défensive rendent difficile à caser dans mes classements, je vous signale les scores ronflants de Ryan McDonagh. Avec une marque combinée de 88 pour cent, McDonagh coiffe Marc-Édouard Vlasic (87 pour cent) au deuxième rang du classement global des joueurs. La défensive des Américains est peut-être un peu moins spectaculaire sur papier que celle des Canadiens ou encore des Suédois, mais le groupe mené par le capitaine des Rangers n'est pas piqué des vers et, surtout, habitué aux tâches ardues.

À l'avant, on mise sur quelques marqueurs d'élite (Patrick Kane, bien entendu, mais aussi Blake Wheeler et Max Pacioretty), mais lorsqu'on regarde du côté de la capacité à influencer sur les différentiels de chances de marquer, le groupe américain ne semble tout simplement pas aussi efficace que celui des Canadiens. Leurs gardiens et leur défensive pourraient en avoir lourd à porter.

Équipe Europe

L'équipe Europe n'a pas la profondeur des formations de pointe, mais je souligne que, de leurs neuf premiers attaquants, seul Frans Nielsen semble tirer de la patte au taux de possession et aux points cumulés, ce qu'il compense par une longue expérience des rôles défensifs ingrats. Dans un tournoi relativement court, la faiblesse du quatrième trio n'est pas si dommageable.

Par contre, la défensive me laisse dubitatif. Que reste-t-il de Zdeno Chara et, surtout, de Mark Streit? Et on doit poser la même question au sujet de Marian Gaborik et Thomas Vanek … Les Européens peuvent écorcher quelques adversaires, mais, n'en déplaise à Anze Kopitar, Jaroslav Halak et ses sbires vont en avoir pour leur argent.

Équipe Finlande

La Finlande vient de remporter deux des trois derniers championnats mondiaux juniors et il semble bien que ce changement de génération se répercute sur l'alignement actuel de cette équipe. Un peu comme Kopitar chez les Européens, Aleksander Barkov va bien pouvoir se trouver quelques sbires pour semer la pagaille chez leurs adversaires, mais après ces joueurs de pointe… On voit poindre une attaque finlandaise dévastatrice d'ici quelques années, alors que les Donskoi, Laine et Teravainen vont prendre du coffre et la défensive est elle aussi jeune et en progression. Mais pour l'instant, tout ça me semble bien mince.

Ceci étant dit, c'est toujours, toujours, toujours une erreur que de compter les Finlandais pour battus. Ils vont, encore une fois, surprendre un adversaire mieux fourni, mais moins organisé et terminer là où on ne les attend pas. Je ne les vois juste pas se faufiler dans le top-4.

Équipe République tchèque

À regarder les noms, j'aime bien l'équipe tchèque, mais lorsqu'on regarde les classements, un constat s'impose : ça manque d'offensive. Après Ondrej Palat et Jakub Voracek, on racle les fonds de tiroirs. David Pastrnak a bien fait, mais il a peu joué. Et, bien sincèrement, je me demande qui, outre Andrej Sustr va faire bouger le disque en défensive. La bande à Plekanec risque de trouver le temps long.

Équipe Russie

À mon sens, les Russes complètent le « top-4 », avec les Américains, les Canadiens et les Suédois. Notez à quel point les joueurs d'attaque russes sont peu utilisés sur le plan défensif, seul Nikolay Kulemin ayant joué un rôle significatif sur ce point. Reflet des incapacités réelles de ces joueurs? Biais systémique d'une ligue conservatrice contre ces joueurs qu'on sait créatifs et qu'on présume donc irresponsables (aaaah, les mystères de l'âme russe)? Impossible à dire, mais la chose frappe.

Mais les Russes ont de l'attaque à revendre et, surtout, ce qui n'est pas montré ci-dessous, le matériel nécessaire pour avoir un jeu de puissance aussi dévastateur que possible. On se demande, après les deux derniers tournois olympiques, si la sauce va prendre, mais les éléments sont là.

Équipe Suède

À mon sens, tout ça va se décider entre la Suède et le Canada. Cette équipe est supérieure à celle de Sotchi, qui s'est rendue à l'argent. Le graphique est trompeur quant à la force de la défensive suédoise, plaçant deux talents exceptionnels (Erik Karlsson et Viktor Hedman) en queue de peloton parce qu'on les surexpose aux mises en zone offensive. La Suède peut sembler moins explosive que le Canada à l'attaque, mais les jumeaux Sedin ne sont vraiment pas seuls, notamment grâce à Filip Forsberg et Gabriel Landeskog.

Et que dire d'Henrik Lundqvist? Mes indicateurs ne notent pas les performances des gardiens. La quantification des performances à cette position est un exercice étonnamment difficile, mais King Henrik est encore, à 34 ans, un des meilleurs de sa profession. Le site Corsica.Hockey utilise une formule afin d'assigner un coefficient de difficulté aux tirs reçus par un gardien. On peut, grâce à cette formule, juger si un gardien a, par rapport à la ligue, arrêté un nombre « normal » de rondelles ou si son pourcentage d'arrêts est anormalement bas ou élevé. Dans le cas de Lundqvist, si on en croit les données de Corsica.Hockey, il a accordé, depuis quatre ans, 93 buts de moins à 5-contre5 que ce qu'on est en droit d'attendre d'un gardien normal dans sa position. Corey Crawford (59), Carey Price (54) et Cory Schneider le suivent de loin (54). Fait à noter, Price est aussi efficace par minute jouée, mais justement, en plus d'être excellent, Lundqvist ne se blesse que rarement, ce qui n'est pas le cas de Price.

Ce grand gardien arrive au crépuscule de sa carrière et, avec la défensive qu'on lui a assemblée, semble enfin avoir les outils nécessaires pour aider son équipe à terrasser la formidable formation canadienne. Tout un choc en perspective.

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