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CH: La blessure de Price s'est fait sentir partout

L'absence du gardien des Canadiens n'a pas seulement affecté le nombre de buts accordés

par Arpon Basu @ArponBasu / Directeur de la rédaction LNH.com

MONTRÉAL - La chose facile, ce serait que les Canadiens de Montréal qualifient la saison 2015-16 de simple anomalie, se disent que les chances de succès ont été anéanties par l'absence du gardien vedette Carey Price pour tous les matchs sauf 12.
Les Canadiens ont remporté 10 des 12 rencontres disputées par Price et 26 des 68 qu'il a ratées jusqu'ici, alors qu'ils s'apprêtaient à affronter les Hurricanes de la Caroline jeudi soir (19h HE : RDS, SNE, FS-CR). Pas besoin, donc, de chercher la principale raison pour laquelle ils ont été exclus des séries éliminatoires de la Coupe Stanley pour la deuxième fois en neuf saisons.

Les hommes de l'entraîneur Michel Therrien ont amorcé la présente campagne avec la ferme intention de prouver qu'ils pouvaient gagner sans que Price doive réaliser des miracles à tous les matchs comme il l'avait fait en 2014-15, ce qui avait valu au gardien du club montréalais les trophées Hart et Vézina.
Mais c'est une chose de prouver qu'ils n'ont pas besoin de se fier entièrement à Price quand il est là; c'en est une autre quand il ne l'est pas. La rapide dégringolade des Canadiens au classement, alors que ceux-ci sont passés du premier rang au classement général qu'ils occupaient le 2 décembre jusqu'à leur rang actuel, a fourni des arguments solides à ceux qui affirmaient que la formation montréalaise n'est rien sans Price.
Toutefois, la source de la glissade des Canadiens n'est pas si facile que cela à expliquer.
Afin de bien comprendre ce qui est arrivé, il faut diviser la saison des Canadiens en trois segments bien distincts.
Il y a eu les 23 matchs qu'ils ont disputés jusqu'à ce que Price s'absente pour le reste de la saison, c'est-à-dire le 25 novembre, quand il a subi une entorse au ligament collatéral interne du genou droit; il y a eu les 10 rencontres qui ont eu lieu jusqu'au revers de 6-2 aux mains des Stars de Dallas, le 19 décembre; et il y a eu tous les autres matchs qui ont suivi.
Price a raté neuf de ces 23 premiers matchs en raison d'une blessure au genou qu'il a subie à Edmonton contre les Oilers, le 29 octobre, un mal qui n'avait aucun lien avec la blessure au genou qui a fini par mettre fin à sa saison, selon l'équipe. Les joueurs du Canadiens n'ont pas tiqué à ce moment-là même s'ils ont perdu les services de leur meilleur joueur, alors qu'avec Mike Condon comme gardien de confiance, ils ont affiché un dossier de 5-2-2 pendant cette première séquence sans Price.
Au cours de ce segment de 23 matchs où ils ont affiché un dossier de 17-4-2, les Canadiens sont devenus une des meilleures équipes dans la LNH au chapitre du temps de possession de la rondelle, occupant notamment le huitième rang dans la Ligue pour le pourcentage de tentatives de tir (SAT) au moment où Price s'est blessé, alors qu'ils avaient pourtant été une des pires la saison précédente.
Tout allait sur des roulettes alors que les joueurs montréalais affichaient un niveau de jeu digne d'une équipe de premier plan. Le jeu de puissance des Canadiens était classé troisième, le désavantage numérique était deuxième, ils étaient premiers pour les buts marqués et les tirs au but, et ils étaient la sixième équipe la plus avare de la LNH au niveau des buts accordés.
« Nous tenons compte de beaucoup de choses, a souligné le capitaine des Canadiens Max Pacioretty, mercredi. Nous tenons compte des occasions de marquer, du temps de possession. Évidemment, le hockey ne se résume pas seulement aux chiffres et aux statistiques, mais nous avons fait le ménage dans plusieurs aspects de notre jeu, des aspects qu'il fallait corriger parce que nous avions tendance à trop nous fier à Carey l'an dernier. Nous avons abordé cette saison en jouant de la bonne façon, nous avions un bon rythme; nous avions le sentiment d'avoir réussi à corriger ce qui nous faisait défaut l'an dernier, que nous étions une meilleure équipe cette saison. »
Les Canadiens ont conservé plusieurs de leurs bonnes habitudes même après que Price se soit blessé. À l'occasion des 10 matchs suivants, du 26 novembre au 19 décembre, Montréal s'est classé troisième dans la LNH durant cette séquence en pourcentage de tentatives de tir, cinquième pour les tirs au but et quatrième pour les tirs accordés.
Sauf que les Canadiens ont affiché un dossier de 3-6-1 dans ces matchs-là, en bonne partie parce que leur pourcentage d'efficacité sur les tirs à cinq contre cinq a décliné, passant du sixième rang dans la LNH au 26e échelon durant cette séquence, tandis que l'efficacité du jeu de puissance a glissé de la troisième à la 28e place. Montréal faisait tout bien sauf la partie la plus importante, c'est-à-dire marquer des buts. Les 17 filets qu'ils ont marqués durant ces trois semaines ont été le pire total dans la LNH même s'ils se sont maintenus au cinquième rang de la Ligue pour les tirs au but et en troisième place en matière de pourcentage de tentatives de tir.
Jumelez cela à un pourcentage d'arrêts à cinq contre cinq qui est passé du neuvième au 30e rang dans la LNH durant cette séquence de 10 rencontres, éliminant ainsi la marge d'erreur du club montréalais, et vous avez là les ingrédients d'un désastre imminent.
« Ç'a affecté notre confiance, a noté Pacioretty. Quand vous faites tout de la bonne façon et que vous êtes convaincus que vous méritez mieux, le côté humain finit par avoir le dessus, vient un moment où votre capacité à résister décline. Et ça commence à vous glisser des mains. Les gens disent qu'il faut être mentalement plus fort, ou qu'il faut pouvoir gérer ce genre d'adversité, mais le cerveau est un muscle lui aussi. La capacité à contrôler les choses a des limites et ça commence à vous affecter après un certain moment; vous commencez à douter, vous commencez à penser que la rondelle ne va plus jamais entrer dans le filet. Ça s'est mis à nous trotter dans la tête. »
Ce phénomène a fait boule de neige, créant une erre d'aller négative qu'ils n'ont jamais pu renverser.
Du 19 décembre jusqu'aux matchs de mardi, les statistiques des Canadiens ont considérablement décliné, alors que l'équipe est passée au 15e rang dans la LNH au chapitre du pourcentage de tentatives de tir, au 27e rang pour les buts marqués et au 30e pour les buts accordés durant cette séquence. Cette baisse de régime a été accélérée par une série d'autres blessures qui ont commencé à affecter l'équipe en février, mais il faut dire que les dommages étaient déjà faits.
« Je pense que la confiance était encore là en décembre, mais on pouvait sentir à la mi-janvier que les gars commençaient à être vraiment crispés, a indiqué Therrien. Je ne sais pas si c'était une question de confiance, mais on sentait la pression en tant que groupe. Et je comprends la situation. »
Alors quel bilan les Canadiens doivent-ils faire et comment doivent-ils évaluer la situation à l'approche de la saison morte? La blessure de Price a-t-elle été la source de tous les maux qui ont suivi, même l'incapacité à marquer des buts?
Non, car cette carence-là est un résidu de la saison 2014-15, alors que les joueurs offensifs des Canadiens étaient également tombés en panne en séries éliminatoires. Le directeur général Marc Bergevin devra donc chercher à corriger le manque de finition à l'attaque qui afflige son équipe.
Mais s'il y a une chose que la saison actuelle a permis de montrer, c'est que l'impact le plus grand qu'a Price sur les Canadiens est sans doute psychologique; donc, peu importe quels sont les ajustements qui seront apportés, l'avantage qu'apporte sa simple présence devant le filet au plan mental revêt une importance inestimable.
Reste que Pacioretty espère que ses coéquipiers se souviendront de tout ce que les Canadiens ont fait de bien devant Price durant le premier quart de la saison, même si tout cela n'est plus qu'un lointain souvenir.
« Je pense qu'avant que tout s'écroule, nous jouions vraiment de la bonne façon et nous avions corrigé les aspects du jeu qu'il fallait corriger, a-t-il dit. De très bons ajustements ont été apportés au système et au plan de match, et il y avait de nouveaux joueurs qui s'inséraient bien dans notre système. Je crois que lorsqu'on regarde vraiment ce qui s'est passé cette saison et pourquoi les gens s'en font autant, c'est parce que nous savions que nous devions mieux faire, nous avons corrigé le tir et ç'a fonctionné parfaitement au début. Puis, tout s'est écroulé. »

 

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