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Bouchard : Sidney Crosby s'approche à son tour

Notre chroniqueur tente de déterminer où le capitaine des Penguins se situe parmi les grands de la LNH

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

L'attente tire à sa fin, Sidney Crosby n'est plus qu'à 12 points du cap des 1000 en carrière. L'atteinte de ce seuil à quelques semaines d'intervalle d'Alex Ovechkin est un exploit d'autant plus remarquable parce que le capitaine des Penguins de Pittsburgh a souvent été accablé par les blessures au fil de sa carrière, subissant notamment quelques épisodes prolongés de problèmes de commotions cérébrales (ainsi qu'une mémorable et fort photogénique crise d'oreillons).

Ovechkin, qui est de deux ans son aîné, commence à montrer des signes d'essoufflement. Après avoir connu six campagnes de 40 passes (dont quatre de 50) en début de carrière, le Tsar n'a plus franchi le cap des 30 mentions d'aide depuis, et pourrait pour la première fois en quatre ans ne pas franchir la barre des 50 buts.

Crosby, par contre, garde le rythme. S'il participe aux 38 derniers matchs de son équipe et continue à obtenir des points à son rythme du début de saison, il obtiendra 100 points, cap qu'il a franchi cinq fois jusqu'ici. Au pis aller, un léger ralentissement ne devrait pas l'empêcher d'obtenir au moins 85 points, son score des deux dernières saisons.

On a beaucoup vanté en début de saison la capacité d'adaptation de Crosby et il semble avoir retrouvé une touche autour des buts qu'on ne lui avait pas connus depuis longtemps. Le chroniqueur Joe Starkey, du Pittsburgh Post-Gazette, affirme qu'on revoit ces jours-ci le Crosby d'avant cette terrible commotion subie à la suite d'un coup de David Steckel. L'hypothèse est séduisante : Crosby marque à nouveau entre 0,6 et 0,7 but par match, un rythme qu'il a soutenu entre 2009 et 2011. Je note simplement que, comme à cette époque, Crosby convertit ces jours-ci près de 20 pour cent de ses tirs en buts. Sachant que son rythme de tirs par match est dans les normes qu'il a établies au fil de sa carrière, je ne sais pas jusqu'à quel point il pourra tenir ce rythme encore longtemps. Mais bon, les buts marqués sont déjà en banque !

Crosby est donc en bonne position (si la santé y est) pour dépasser Ovechkin au classement historique des meilleurs pointeurs de la LNH. Mais les points, on en discutait justement la semaine dernière au sujet d'Ovechkin, sont une denrée qui se fait plus ou moins rare au fil des époques. Parce que le site Hockey-Reference offre une formule d'ajustement historique des points obtenus, il est intéressant de référer à ces totaux ajustés pour voir où la progression de Crosby et d'Ovechkin les situe vis-à-vis des grands de la LNH.

J'ai donc recueilli sur le site les meilleurs pointeurs en fonction de leurs 12 premières saisons. Crosby et Ovechkin se classent plus qu'avantageusement. Ajusté sur une base historique ils obtiennent respectivement 1148 et 1163 points, ce qui les situe aux quatrième et cinquième rangs du total cumulé après 12 saisons de carrière.

Outre l'immense avance qu'a Wayne Gretzky sur les autres, je m'en voudrais de ne pas signaler la présence de l'éternel Jaromir Jagr. Arrivé à l'orée de la « dead puck era », la légende tchèque manque d'une soixantaine de points à peine la deuxième place tenue par son mentor, Mario Lemieux.

Crosby coiffe quant à lui de justesse Phil Esposito dans ce classement. Il n'est pas dit que la chose tiendra en fin de saison. Le système de Hockey-Reference compense pour les saisons écourtées et ramène chaque campagne sur une base de 82 matchs. Ceux qui pensent que Jagr aurait pu surpasser Lemieux s'il n'avait pas eu une campagne écourtée de 48 matchs en 1994-95 doivent donc se détromper. Puisqu'il a alors participé à toutes les parties de son équipe et obtenu 70 points, on lui attribue 121 points ajustés.

Aussi, Ovechkin et Crosby voient leurs totaux de points de la saison en cours transposés sur 82 matchs. On donne donc 103 points à Crosby. S'il manque la cible de plus de deux points, il glisse derrière Esposito.

Dernier élément, celui-là à l'avantage d'Ovechkin : le classement ajusté pénalise les joueurs blessés. En 2010 et 2011, Crosby joue 41 et 22 matchs et obtient 66 et 37 points. Par match, ce sont les meilleurs ratios de points obtenus de sa carrière. Mais ces saisons sont transposées à 71 et 41 points. S'il avait tenu ce rythme pendant deux saisons complètes, Crosby aurait cumulé près de 150 points ajustés lors de chacune de ces campagnes. En d'autres termes, ces commotions cérébrales à répétition lui coûtent aujourd'hui la deuxième place à ce classement. On pourrait en dire autant de ces blessures au dos qui ont miné la santé de Mario Lemieux à son époque, alors ne poussons pas les extrapolations trop loin. La capacité d'un joueur à demeurer en santé est une aptitude en soi.

Comme dans le cas d'Ovechkin, la question est maintenant de voir ce que Crosby fera lors de la prochaine partie de sa carrière. Passé 30 ans, ils sont nombreux, les joueurs qui connaissent des baisses brutales de productivité. Et cette réalité n'épargne pas les joueurs étoiles. Nous sommes nombreux à jeter ces jours-ci un regard dubitatif en direction de Corey Perry. Avec encore huit saisons à écouler sur son contrat qui occupe un peu moins de 9 millions $ sous le plafond salarial, les Penguins croisent les doigts.

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