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Bouchard: Un survol en chiffres des séries

Notre chroniqueur se sert des statistiques avancées pour prédire l'issue des séries éliminatoires de la Coupe Stanley

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

C'est toujours un plaisir de comparer d'entrée de jeu en séries éliminatoires de la Coupe Stanley les forces en présence en utilisant les données de la saison régulière. Parce que les clubs évoluent tout au long de la saison, mais aussi parce qu'ils se positionnent définitivement à la date limite des échanges, il est aujourd'hui entendu que la meilleure façon de savoir à quoi s'en tenir est de cibler plus précisément les 25 derniers matchs de chaque équipe.
    
Pour chacune des huit séries de première ronde, j'ai comparé sous forme graphique les clubs en présence en comparant leurs performances selon différents indicateurs par rapport à la moyenne de la LNH.

 

ASSOCIATION DE L'EST

Capitals de Washington contre Flyers de Philadelphie
 


À voir le classement, on serait porté à croire qu'il n'y aura pas de surprises. Mais les Flyers ont drôlement renversé la vapeur depuis l'arrivée de Shane Gostisbehere et se présentent en séries avec une équipe bien rodée. Principale inquiétude du côté des Flyers : l'état de santé de Claude Giroux. Après s'être fait ébranlé par P.K. Subban au mois de mars, c'est Martin Hanzal qui lui a sonné les cloches en fin de saison. Même si Giroux ne semble pas trop ralenti (huit points à ses 12 derniers matchs), un troisième choc pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Du côté des Capitals, l'équipe est en santé, notamment parce qu'on a manifestement levé le pied en fin de campagne. Il semble que Mke Richards ait, au cours des 10 derniers matchs, commencé à prendre la place de Jay Beagle comme troisième centre. Si la chose se confirme, c'est une grosse nouvelle pour Washington. En effet, on a souvent vu Marcus Johansson prendre la place de Beagle sur la troisième unité, ce qui affaiblit passablement le top-6 des Capitals. Si Richards consolide son poste, Johansson remonte sur un des deux premiers trios et Burakovsky descend sur la troisième ou la quatrième unité. Un luxe que peu d'équipes peuvent se permettre. Mais les hommes de Barry Trotz doivent éviter le banc des pénalités.

Prédiction : Washington en 5

Islanders de New York contre Panthers de la Floride


 
Les Panthers sont la plus belle surprise de cette saison et ils sont aussi l'équipe qui hérite en première ronde de l'adversaire le plus affaibli. Le jeu de possession des Islanders est en chute libre depuis 25 matchs et l'équipe traine aussi de la patte sur les unités spéciales, concédant trop de tirs en désavantage numérique et n'en obtenant pas assez en avantage. Les blessures à Travis Hamonic et Jaroslav Halak font très mal. Fait intéressant, on a décidé ces derniers temps d'associer John Tavares à Kyle Okposo et à Frans Neilsen.

L'équipe de Gerard Gallant va éventuellement devoir redescendre sur terre. La poussée des dernières semaines est notamment le fait d'un taux de conversion astronomique à cinq contre cinq de 9,5 pour cent, de 21 points de pourcentage supérieur à la moyenne de la LNH. Ça ne durera pas. Mais les fondations, sans être celles d'une superpuissance, sont solides. L'équipe n'a qu'un blessé important, Vincent Trocheck. Plus effacé que les vedettes du club, Trocheck n'en est pas moins un membre établi du top-6, dont le départ a heureusement coïncidé avec le retour en santé de Jonathan Huberdeau. La belle épopée des Panthers va continuer encore un moment.

Prédiction : La Floride en 5

Lightning de Tampa Bay contre Red Wings de Detroit


 
Les Red Wings ont dû batailler d'arrache-pied afin de ne pas être exclus des séries pour la première fois depuis une génération (!). Leur taux de conversion de 6,4 pour cent à cinq contre cinq est le plus faible des équipes qualifiées, signe qu'ils ont eu à se débrouiller malgré une sérieuse période de guigne. Reste qu'ils sont arrivés et, chose surprenante pour cette équipe vieillissante, relativement en santé. Il y a lieu de s'interroger sur la situation devant le but, Petr Mrazek connaissant des moments plus difficiles depuis le début du mois de mars. Prudence, donc, de ce côté.

Le Lightning voit quant à lui les coups du sort s'accumuler depuis un mois. Anton Stralman et Steven Stamkos sont les gros noms, tous deux absents pour un bon moment encore. Tyler Johnson a, au mieux, une épaule en compote (sa blessure au poignet a signifié la fin des espoirs du Lightning en finale l'an dernier), Ryan Callahan affirme être prêt à reprendre du service, mais sachant qu'il n'est pas le plus mobile et qu'il traine une blessure au bas du corps… Quant à Victor Hedman, on a usé de précaution en fin de saison après qu'il eût reçu un coup à la tête le 4 avril, contre les Islanders. Et Nikita Kucherov semble lui aussi mal en point. Bref, si Ben Bishop connaît un mauvais début de séries, tout ça pourrait rapidement virer en eau de boudin. L'équipe sur papier, terrifiante, n'est vraiment pas celle qu'on va envoyer au combat. Bonne nouvelle pour les Red Wings.

Prédiction : Detroit en 6

Penguins de Pittsburgh contre Rangers de New York

La transaction amenant Carl Hagelin a marqué un tournant dans la saison des Penguins, confirmant un mouvement qui s'est accentué à suite de la blessure d'Evgeny Malkin. La perte du talentueux russe a mené à la constitution d'un trio composé de Hagelin, Nick Bonino et Phil Kessel. Joueur dominant de l'unité, Kessel a depuis pris son envol, poussant un point par match en leur compagnie et aidant l'unité à contrôler 62 pour cent des tirs. On n'attend pas Malkin avant encore un bon moment, quoiqu'on l'a vu commencer à patiner. Peu importe, à l'attaque, tout baigne. En défensive, il semble qu'Olli Maatta pourrait revenir dès le premier match. La grande inquiétude est du côté des gardiens. Marc-André Fleury a subi sa deuxième commotion de la saison, une situation excessivement risquée. Matt Murray, son jeune remplaçant, s'est lui aussi fait sonner les cloches, ce qui rend possible une entrée de jeu avec Jeff Zatkoff.

C'est tout le contraire pour les Rangers. Tout semble reposer sur les épaules d'Henrik Lundqvist. S'il n'y a pas de blessés importants, le club semble incapable d'endiguer une descente aux enfers à forces égales, ayant affiché l'un des pires taux de possession des 25 derniers matchs (un peu moins de 46 pour cent des tirs obtenus). Comble de malheur, Ryan McDonagh, sur lequel le jeu de possession repose, aurait une main brisée résultat d'un tir bloqué. Le Roi Henrik va vendre chèrement sa peau, mais ça ne sera pas suffisant.

Prédiction : Pittsburgh en 6

ASSOCIATION DE L'OUEST

Blackhawks de Chicago contre Blues de St. Louis

Est-ce l'année où les Blackhawks prendront un pas de recul? À regarder les chiffres, on s'interroge. Mais les Blackhawks sont un groupe mature et raffiné, qui a par le passé ouvertement admis avoir levé le pied en saison régulière pour pouvoir mettre toute la gomme en séries. La défensive du club est moins amochée cette saison avec six véritables réguliers. On n'aura donc probablement pas à surtaxer Duncan Keith, Brent Seabrook et Niklas Hjalmarsson. De plus, l'arrivée d'Andrew Ladd complète le formidable top-6 de l'équipe.
Mais les Blues semblent cette fois-ci taillés sur mesure pour affronter les Blackhawks. L'émergence de Colton Parayko complète un formidable top-4 défensif et, derrière l'exceptionnel Vladimir Tarasenko, on possède un groupe de 12 attaquants aux rôles complémentaires. La distribution du temps de glace des attaquants suit un mouvement inverse selon le score : lorsque l'équipe tire de l'arrière et avec un score égal, les joueurs offensifs prennent bien évidemment le dessus. Mais sitôt que les Blues prennent les devants, le personnel de soutien voit son travail augmenter. On sait qu'ils ne rempliront pas le filet, mais ils sont capables de tenir le coup contre n'importe qui. On va avoir deux chocs au sommet, le trio de David Backes contre celui de Patrick Kane et le trio de Jonathan Toews contre celui de Tarsenko. Il n'est pas dit que tout ça est à l'avantage des Blackhawks; en fait, ça ressemble à un match nul. Et, une fois passés les deux premiers trios, les Blues me semblent avoir l'avantage.

Prédiction : St. Louis en 6

Ducks d'Anaheim contre Predators de Nashville

 

Les Ducks ont effectué l'une des plus spectaculaires remontées de la saison, mais c'est à se demander s'ils n'y ont pas laissé trop de ressources. David Perron, Rickard Rakell et Brandon Pirri ont terminé la saison régulière sur la touche et Kevin Bieksa, s'il joue, ne sera probablement pas à 100 pour cent. Mais les Ducks ne sont pas là par erreur. Bruce Boudreau est un des meilleurs entraîneurs de l'époque; on a souligné cette semaine que, depuis ses débuts dans la LNH, lorsqu'on l'a laissé terminer la saison, son équipe a systématiquement terminée première de sa division. Ryan Getzlaf et Corey Perry sont encore parmi l'élite de la LNH, Ryan Kesler, Andrew Cogliano et Jacob Silfverberg forment un formidable trio, offrant à la fois une production digne d'un deuxième trio et les performances défensives d'un trio défensif d'élite. Et en défensive, si Bieksa n'est pas de la partie, un certain Shea Theodore se tient en réserve de la république.

Les Predators, s'ils n'ont pas le top-6 d'Anaheim, ont tout de même quatre trios équilibrés, aux rôles bien définis. En défensive, tout est basé sur Roman Josi et Shea Weber, qu'on ne laisse souffler qu'avec une avance de trois buts. Pekka Rinne a beaucoup joué et, s'il a beaucoup gagné, il n'affiche plus les performances d'antan. Selon le siteCorsica.hockey, parmi les gardiens ayant joué au moins 2000 minutes à 5 contre 5, Rinne se classe 19e sur 23 pour le taux d'arrêts. Nashville n'a plus l'avantage dans les buts.

Prédiction : Anaheim en 7

Kings de Los Angeles contre Sharks de San Jose

C'est la série à suivre en première ronde.

Les Kings ont connu une campagne exceptionnelle, dominant la LNH à forces égales. Si les unités spéciales ne sont que moyennes, le fait d'accaparer 56 pour cent des tirs à 5 contre 5 fait veut dire qu'au bout du compte, les hommes de Darryl Sutter ont largement eu l'avantage sur leurs adversaires. Les Kings résistent aux analyses traditionnelles parce que Sutter ne travaille pas comme les autres. Si on retrouve certaines associations récurrentes (Anze Kopitar et Milan Lucic, par exemple),l'examen des trios de l'équipe au fil de la saison nous montre un tourbillon de combinaisons. Qui jouera avec qui? On ne le sait pas et ça va probablement changer au bout de deux périodes de toute façon. Ce carrousel des attaquants rend les traditionnelles confrontations défenseur contre attaquants extrêmement difficiles pour l'adversaire. On comprend que Kopitar sera suivi par le meilleur défenseur adverse, mais après? Qui suivra Jeff Carter? Tyler Toffoli? Et si Sutter les réunit, comment résister à pareille force de frappe? Seule faiblesse des Kings, cet inexplicable intérêt pour des vétérans qui peinent à suivre le rythme de la machine. Vincent Lecavalier a connu de beaux moments offensifs, mais sur le plan du taux de possession de rondelle, il tire tout le monde vers le bas. De même, Rob Scuderi, qu'on a inexplicablement attaché aux patins du pauvre Drew Doughty, avant de le jumeler à Luke Schenn (un mariage plus heureux, admettons-le). Sutter a ses raisons.

Les Sharks ont des comptes à régler avec les Kings. Cette série perdue, alors qu'ils menaient 3 victoires à 0 il y a deux ans, a failli détruire le groupe. L'entraîneur de l'époque, Todd McLellan, n'y a pas survécu. Les Sharks arrivent en séries forts du deuxième meilleur taux de possession des équipes qualifiées, ainsi que de l'avantage numérique le plus productif de la ligue. Dans les filets, outre Martin Jones, on a récupéré James Reimer. La défensive des Sharks a ceci d'intéressant qu'elle est divisée en un duo à vocation défensive mené par Marc-Édouard Vlasic et un autre, à vocation offensive, mené par Brent Burns. Burns et Vlasic sont, dans ces rôles, parmi l'élite de la LNH. San Jose peut donc se permettre de ne pas jouer le strict jeu des confrontations, ce qui leur donne une certaine marge de manœuvre contre les Kings. À l'attaque, outre le top-6 mené par l'increvable Joe Thornton, on voit Melker Karlsson et Joonas Donskoi monter en grade depuis 20 matchs. On a, avec ces deux joueurs, une menace offensive existant hors du top-6 susceptible de surprendre le fond de l'alignement des Kings.
Rationnellement, les Sharks n'ont aucune chance. Mais Thornton et sa bande ont une ardoise à régler, ça aussi, ça compte.

Prédiction : San Jose en 6.

Stars de Dallas contre Wild du Minnesota

Le Wild s'est qualifié de justesse, d'abord et avant tout parce que l'Avalanche du Colorado a complètement, totalement, rigoureusement implosé en fin de saison : 2-8-0 à leurs 10 derniers matchs, six défaites en ligne pour terminer la chose. Pire, le Wild a réussi son coup grâce aux pourcentages, plus précisément grâce au plus imprévisible des pourcentages : le taux de conversion des tireurs. Tant à 5 contre 5 qu'en avantage numérique, ils ont été d'un opportunisme déconcertant. Tout ça ne dure jamais, c'est pourquoi on regarde toujours du côté des ratios de tirs. Outre un taux de possession médiocre (seuls les Rangers ont fait pire parmi les équipes en séries), je note un taux d'arrêts raisonnable. Globalement, le Wild ressemble exactement à ce qu'il est : une équipe repêchée.
Les Stars ne sont pas parfaits, loin de là. Leurs gardiens offrent des performances franchement moyennes et ils trainent deux blessés importants. Alex Goligoski et Tyler Seguin ne semblent pas, au moment d'écrire ces lignes, encore en état de reprendre les hostilités. Reste que la formidable attaque des Stars est encore capable de fournir son lot de buts. Dallas ne semble pas du même calibre que les autres puissances de l'Ouest (pas encore), mais je ne pense pas que le Wild soit de taille.

Prédiction : Dallas en 4

 

 

 

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