Skip to main content

Bouchard: Nail Yakupov, un autre espoir déçu?

Le nouvel attaquant des Blues n'a jamais répondu aux attentes chez les Oilers, mais la faute ne revient pas à lui seul

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Le directeur général Peter Chiarelli a décidé de couper les frais. Après quatre saisons passées chez les Oilers d'Edmonton, Nail Yakupov a été envoyé aux Blues de St. Louis contre Zach Pochiro et un choix conditionnel de troisième ronde. Pochiro, on le soupçonne, n'est dans l'affaire que parce qu'à l'orée de la saison, les Blues ne voulaient pas trop s'approcher de la limite des 50 contrats. C'est dire.

Parmi les membres de sa promotion (2012), Yakupov est deuxième pour le nombre de matchs joués (premier : Alex Galchenyuk, 272), troisième derrière Filip Forsberg (133) et Galchenyuk (160) avec 111 points. Plus incriminant? Il est détenteur d'une fiche de moins-88, Morgan Rielly étant deuxième à moins-47.

Il semble qu'on a choisi de se débarrasser de Yakupov parce qu'il semblait régresser. En fait, la déception vient de ce que Yakupov n'a pas encore su exploser, alors que ses collègues (Tomas Hertl, Hampus Lindholm, Jacob Trouba et Shayne Gostisbehere en sont d'autres exemples) eux s'affirment de plus en plus parmi la garde montante des leaders de la ligue.

Ce qui me fascine, dans le cas de Yakupov, c'est le contexte dans lequel il a amorcé sa carrière. Les Oilers, au désespoir lorsqu'ils l'ont repêché, l'ont immédiatement amené dans le grand club. Avec 31 points en 48 matchs, Yakupov a bien répondu, mais déjà, des signaux d'avertissements se faisaient entendre. Le jeune Russe a en effet converti pas moins de 21 pour cent de ses tirs en buts, pour ensuite retomber à une moyenne de 9 pour cent au cours des saisons suivantes. À titre indicatif, les attaquants de la LNH convertissent habituellement 12 pour cent de leurs tirs en buts.

J'ai parlé de contexte. Lorsqu'on compare Yakupov à Galchenyuk, Forsberg et Hertl, on ne peut s'empêcher de trouver qu'il semble y avoir plus que les performances du joueur qui sont ici en cause. Par heure jouée, Yakupov ne semble pourtant pas tant trainer de la patte. Les données ci-dessous rassemblent les performances des quatre joueurs sur quatre ans.


 
La dernière saison devrait donc nous montrer, d'une part, une nette régression de la part de Yakupov et une progression de la part de ses collègues. Ça n'est pas tout à fait le cas. Hertl continue à obtenir une quantité industrielle de chances de marquer, tandis que Galchenyuk, Forsberg et Yakupov ont sensiblement les mêmes niveaux qu'au paravent. Seul grand changement, les coéquipiers de Yakupov semblent régresser.

Deux éléments supplémentaires, encore une fois fournis par le site Corsica.hockey, me mènent à croire que Yakupov n'a tout simplement pas eu les mêmes opportunités que ses collègues de jouer avec de bons joueurs, dans un contexte favorable à la production offensive. Au cours de la seule dernière saison, les trois autres prennent plus de 50 pour cent de leurs mises en zone offensive, alors que Yakupov accroche à peine la barre des 48 pour cent. En taux horaire, cela veut dire qu'on l'envoie dans ces situations 18 fois par heure, contre 21 pour Hertl, 25 pour Forsberg et 24 pour Galchenyuk. C'est un peu le fait de jouer avec une meilleure équipe, évidemment.

Deuxièmement, la formule de buts théoriquement possibles (Expected goals for) du site, qui cherche à distinguer les performances des joueurs en soustrayant les séquences de chance ou de malchance, indique que les coéquipiers de Yakupov obtenaient en moyenne 48 pour cent des buts lorsqu'ils sont sur la glace, contre 52 à 53 pour cent pour les trois autres.

Yakupov, donc, a déçu. Mais le contexte dans lequel on l'a précipité dans la LNH n'a pas été idéal, loin de là. Les Oilers ont donc une part de responsabilité dans tout ce gâchis. On a amené un jeune joueur pour, manifestement, propulser l'équipe vers le seuil de respectabilité, alors que les jeunes qui s'établissent bien dans la LNH à l'adolescence le font pour ainsi dire toujours au sein de bonnes équipes, c'est-à-dire dans des formations où on n'a pas nécessairement besoin d'eux, où, donc, on peut les utiliser lorsque leurs forces sont mises en valeur, sans pour autant les exposer à ces situations ou leurs faiblesses deviennent apparentes.

Aujourd'hui, Yakupov s'en va justement dans une de ces équipes. Il sera intéressant de voir comment on l'utilisera. Il est encore si jeune, la page n'a pas à être immédiatement tournée dans son cas.

En voir plus