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Bouchard: Le drôle de problème de l'Avalanche

Après trois ans, l'entraîneur Patrick Roy est-il encore l'homme de la situation?

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

À peine la saison 2015-16 de l'Avalanche du Colorado terminée, Joe Sakic a confirmé le retour de Patrick Roy à la barre du club. La réponse est venue rapidement, parce que la question se posait avec insistance : après trois ans, Roy est-il encore l'homme de la situation? Sa façon d'interpeller Matt Duchene parce que celui-ci célébrait l'atteinte du plateau des 30 buts avait de quoi laisser songeur; de toute évidence, Roy est frustré et, on peut le soupçonner, commence à sentir la soupe chaude. La saison a été frustrante et l'équipe stagne. Il y a donc lieu de s'interroger.

Fondamentalement, le problème de l'Avalanche reste le même depuis trois ans : un jeu de possession de rondelle en régression et une dépendance absolue envers ses gardiens. Les taux de possession de l'équipe ont en effet complètement écrasé depuis la saison 2013-2014, alors que l'équipe avait manqué le seuil de respectabilité par une bonne marge. Rappelons que, bon an mal an, une vingtaine de clubs affichent un taux de possession variant entre 48 et 52 pour cent, les dix autres se situant aux extrêmes. Avec des taux de 43 et 44 pour cent ces deux dernières saisons, l'Avalanche traîne en queue de peloton.

Pour ajouter aux ennuis du club, si les gardiens suppléants continuent à faire du bon boulot (le taux moyen d'arrêts de la ligue se situe ces années-ci à 0,922), Semyon Varlamov, gardien no 1 du club, peine à passer au-delà de la bonne moyenne de la ligue, et ce après avoir connu une campagne exceptionnelle en 2013-14.

Dans ce contexte, l'équilibre de l'ensemble est, au mieux, précaire. Le problème de base est qu'on ne semble toujours pas capable de construire un alignement fonctionnel tout en respectant le budget interne de l'équipe.

En effet, encore cette saison, le club aura dépensé environ 64 millions $ en salaires. Sachant que le plancher salarial est de 53 millions $ par équipe et que le plafond est à un peu plus de 71 millions $, c'est dans les faits près de 40 pour cent de la marge de manœuvre autorisée qu'on renonce à utiliser. C'est énorme.

Plus préoccupant encore, on a laissé partir ces dernières saisons deux joueurs de grande qualité, Paul Stastny (sur le marché des joueurs autonomes) et, surtout Ryan O'Reilly, tout en consentant des contrats fort généreux à des joueurs plus âgés comme Carl Soderberg (4,75 millions $ par saison), Jarome Iginla (5,3 millions $), et Francois Beauchemin (4,5 millions $). Ces vétérans ne sont pas mauvais, tant s'en faut, mais aucun ne peut prétendre avoir l'impact combiné de Stastny et O'Reilly.

Concrètement, la chose se mesure par la pression désormais concentrée sur les épaules des trois meilleurs attaquants du club. Matt Duchene, Gabriel Landeskog et Nathan MacKinnon sont ceux par qui tout passe et l'absence de personnel réellement efficace derrière eux rend pour ainsi dire impossible d'afficher un jeu de possession relativement productif.

Sachant que Roy aime faire jouer Tyson Barrie avec Nick Holden et Beauchemin avec Erik Johnson, on constate dans les graphiques suivants qu'aucun de ces deux duos de défenseurs ne réussit à pousser par lui même le jeu au-delà de la barre des 50 pour cent de tirs obtenus. Le tandem Holden/Barrie est un peu plus efficace, mais ce n'est qu'en présence de deux ou trois des vedettes du club que les choses passent du bon côté de la ligne.

Pire encore, Roy n'ose tout simplement pas masser ses meilleurs éléments ensemble. Rappelez-vous les indicateurs d'adversité et de qualité des coéquipiers utilisés dans mes précédents articles, notamment sur Joe Thornton ainsi que sur la défensive des Hurricanes de la Caroline; dans les deux cas, on voit que les bons joueurs affrontent certes les meilleurs adversaires, mais qu'ils le font accompagnés des meilleurs de leurs coéquipiers. Cela se traduit par des graphiques où la frange bleue (indiquant la qualité des coéquipiers) survole le haut du graphique et indique qu'on masse ensemble les meilleurs éléments de l'équipe. Cette tendance est beaucoup moins présente avec l'Avalanche, comme le montrent les graphiques suivants, portant sur les trois étoiles du club.

Il semble que Roy doit continuellement étirer la sauce pour éviter le pire, empêchant ainsi ses meilleurs joueurs d'unir leurs efforts pour faire fléchir l'adversaire.

Dans ce contexte, si on peut avoir des doutes sur les choix tactiques de Roy (pareille catastrophe au taux de possession, prolongée sur trois saisons, laisse songeur), le fait est qu'on semble incapable de lui fournir le personnel de soutien nécessaire au déploiement correct de ses meilleurs éléments. Contrairement à un club comme les Ducks d'Anaheim, qui sur un budget similaire réussit à payer des supervedettes et un personnel de soutien de qualité, on n'arrive pas à trouver la bonne combinaison au Colorado.

Or, Patrick Roy n'est pas qu'entraîneur. À titre de vice-président des opérations hockey, il pèse lourd dans les décisions relatives à la composition de l'équipe. En ce sens, il semble bien que Saint Patrick soit en grande partie l'artisan de son propre malheur, de par les choix de personnel effectués au cours des dernières années. À le voir s'asticoter avec l'un des meilleurs joueurs du club, on ne peut que penser que l'Avalanche se trouve, ces jours-ci, dans une position des plus périlleuse.

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