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Bouchard : Le dilemme de Claude Julien

À la recherche des victoires à court terme, l'entraîneur des Canadiens doit éviter de démanteler ses trios qui fonctionnent

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

« Je ne peux pas rester planté là à ne rien faire quand notre équipe marque un seul but par match. »

L'affirmation de Claude Julien était franche et directe : si l'équipe perd, il doit faire quelque chose, c'est sa responsabilité. Mais dans ce cas précis, Julien parlait de changements apportés à ses trios, destinés à secouer son équipe. Or, en jouant avec ses trios lorsque son équipe connaît un passage à vide, un entraîneur risque de tomber dans un piège : défaire ce qui fonctionne en se basant sur les seuls résultats à court terme.

Reprenant ce commentaire de Julien, le chroniqueur Tyler Dellow, de The Athletic, a eu beau jeu de rappeler cette pique de John Tortorella au sujet des changements de trios auxquels se livrent les entraîneurs : « On essaye des affaires et si ça fonctionne, ça fonctionne ».

Pourtant, on dispose aujourd'hui d'outils permettant de distinguer ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas. Les différentiels de buts attendus ne sont pas la méthode parfaite, mais ils nous donnent une très bonne idée de ce que les trios sont capables d'accomplir, comme on a pu le voir dans mon article de jeudi dernier.

Les observations faites dans cet article sont on ne peut plus pertinentes pour les Canadiens de Montréal. Vous aurez (bien sûr) remarqué la présence d'un trio des Canadiens dans ce top-10, celui de Brendan Gallagher, Charles Hudon et Tomas Plekanec.

Revoici un graphique similaire, montrant cette fois-ci les différentiels de buts attendus et réels des trios montréalais utilisés pendant au moins 50 minutes à forces égales. Gardez en tête que le top-10 des trios de la LNH arrête à +3,2 et le top-20, à +2,4 buts attendus.

Outre le trio de Plekanec ayant fait le top-10, celui d'Andrew Shaw, Phillip Danault et Max Pacioretty se classe 11e dans la ligue. Ces deux trios ont sous-performé jusqu'ici, mais dans les deux cas, sachant que ce sont des unités qui sont capables de jouer contre les meilleurs éléments adverses et d'éponger les mises en jeu en zone défensive, il n'y a pas vraiment de doutes dans mon esprit, il y a là tout ce qu'il faut pour faire un top-6 plus que fonctionnel.

La suite des trios nous indique deux choses. Premièrement, Byron Froese, Daniel Carr et Nicolas Deslauriers ont à peu près tenu le coup aux buts attendus et ont bénéficié de l'apport de dame chance en cumulant un différentiel aussi imposant. Ça n'est pas un crime, bien au contraire. Mais on doit simplement s'assurer de rester modeste quant aux attentes qu'on peut avoir à leur endroit.

Deuxièmement, on cherche désespérément une façon d'agencer Alex Galchenyuk et Jonathan Drouin. Jusqu'ici, on a vogué d'échec en échec, mais je pense qu'Artturi Lehkonen, par son sens du jeu défensif et ses habiletés à récupérer des rondelles en zone adverse, donne aux deux autres l'appui nécessaire pour les rendre efficaces. En ce sens, le match contre les Panthers de la Floride, samedi soir, était prometteur. Systématiquement suivi par l'excellent Aleksander Barkov et le tandem Keith Yandle-Aaron Ekblad, le trio de Drouin a terminé avec sept chances de marquer contre aucune accordée et 20 tirs tentés contre 10 par les Panthers. Si ce trio colle, les Canadiens ont soudainement les ingrédients pour aligner trois trios supérieurs à la moyenne soir après soir.

Mais pour y arriver, on devra marcher sur la peinture et revenir sur des choix faits par le passé. Ces choix sont critiques et illustrent bien comment les entraîneurs peuvent, lorsque leur équipe va mal, hésiter à revenir à des formules sensées au profit de nouvelles combinaisons qu'on espère plus fructueuses.

Pourtant, les vrais ajustements sont souvent plus du côté tactique. Julien a sur ce point réagi promptement entre les deux matchs en Floride, mettant l'accent sur le jeu en fond de zone offensive avec, me semble-t-il, un relatif succès.

Dans le cas des Canadiens, la malchance du début de saison brouille les pistes et fait perdre de vue les combinaisons qui ont, au bout du compte, livré la marchandise. Il y a évidemment un défi sur le plan de la communication, on va devoir vivre avec le fait qu'on associera, chez les partisans et dans les médias, le retour aux vieilles combinaisons à une forme d'immobilisme. Mais à ce stade-ci, on a une idée somme toute assez claire de ce que les combinaisons de joueurs sont capables de livrer. Il faut, tout simplement, revenir à ce qui a fonctionné.

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