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Bouchard : Le crépuscule de l'ère Thornton

Notre chroniqueur examine la passation des pouvoirs qui est en train de s'effectuer à San Jose

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Sharks de San Jose ont été l'une des meilleures franchises de la LNH depuis l'arrivée de Joe Thornton en 2005-06. En saison régulière, les résultats sont éloquents : 547 victoires en 950 matchs, le plus haut total de la ligue lors de cette période. Mais, des 11 participations aux séries en 12 ans, quatre se sont terminées en première ronde, quatre en deuxième, trois en finale de conférence et une en Finale de la Coupe Stanley. Une ère glorieuse, donc, mais à laquelle il manque quelque chose.

Pour la suite des choses, on a déjà fait quelques choix déterminants, cet été. Martin Jones (27 ans, 5,75 millions $ par saison pour six ans) et Marc-Edouard Vlasic (30 ans, 7 millions $ par saison pour huit ans) sont ceux qui, tout comme Brent Burns en novembre dernier, ont obtenu des ententes à long terme.

L'échelle des salaires fournie par l'excellent site CapFriendly nous permet de constater qu'autour de Jones, Vlasic et Burns, les Sharks ont construit un groupe défensif stable dont les coûts sont contrôlés pour quelques années encore. 

Le groupe d'attaquants, lui, est appelé à changer rapidement. Thornton revient pour une année supplémentaire, et parce que les joueurs de son âge deviennent souvent inefficaces du jour au lendemain, il y a fort à parier que s'il joue à San Jose pour plusieurs saisons encore, ce sera, à l'image de Jaromir Jagr, chaque fois sur des contrats d'une saison.

Patrick Marleau parti pour Toronto, les deux autres piliers offensifs de l'équipe, Logan Couture (28 ans) et Joe Pavelski (33 ans déjà!) seront admissibles à une prolongation de contrat à partir de juillet prochain, ce qui devrait imposer des choix intéressants. En attendant, on doit croiser les doigts dans l'état-major. Si Pavelski et Thornton connaissent une baisse de régime simultanée, un bon gardien et une défensive solide ne suffiront pas à la tâche. Au moins, personne n'est sous contrat pour plusieurs saisons.

Le réseau des croisements de temps de jeu, illustré graphiquement par Micah Blake McCurdy sur le site hockeyviz.com, montre que le départ de Marleau laisse ouvert un poste dans le cœur de l'alignement. La question est de savoir qui saura profiter de l'ouverture.

La relève est peu nombreuse, quoiqu'intéressante : Timo Meier, qui aura 21 ans en octobre, a obtenu 23 points en 33 matchs dans la Ligue américaine en plus de convaincre ses patrons de disputer 34 parties dans la LNH. À cet âge, c'est plus que prometteur. 

Utilisé sur le 3e trio avec Chris Tierney et Joel Ward, Meier n'a que peu marqué, mais son impact sur les taux de tirs obtenus a été non-négligeable.

Meier peut-il, à un si jeune âge, avoir le même impact si on le déplace de la périphérie de l'alignement vers son centre? Rien n'est moins sûr. Mais il semble certainement prometteur à moyen terme. La question est de savoir s'il est de ces joueurs qui conservent un certain impact offensif une fois passé dans la LNH, ou s'il ne peut être efficace dans ce circuit qu'en rétamant sa contribution offensive.

Meier n'a converti que 3 pour cent de ses tirs en buts, mais a tenté pas moins de 22 tirs par heure jouée à 5-contre-5 l'an dernier. C'est un total astronomique, qui ne semble en rien dopé par une propension à tirer « de loin ». À moins que Meier ne soit un émule de Scott Gomez ou Travis Moen, il est donc fort probable que les Sharks aient bel et bien un nouvel attaquant de pointe entre les mains.

Une autre option? Tomas Hertl, qui est revenu d'une pénible blessure pour offrir de fort bonnes performances l'an dernier. Hertl a été utilisé dans un contexte plus offensif, disputant plus de mises en jeu zone offensive et travaillant souvent avec Thornton et Pavelski. Fait à souligner, son impact sur les taux de tirs obtenus est supérieur à celui de ses illustres aînés.

Hertl a ceci d'intrigant qu'on lui demande souvent, depuis deux saisons, de jouer au centre. Les Sharks sont sur ce point quelque peu atypiques, il faut le dire. Il n'est pas rare de les voir associer Thornton, Pavelski et Couture, trois centres naturels, sur un même trio ou encore en duo avec le troisième larron sur la deuxième ligne. Hertl a, semble-t-il, été rompu à ce genre de permutations.

Le troisième attaquant à surveiller est, selon moi, Joonas Donskoi. Le Finlandais, plus âgé (25 ans), vient de connaître une mauvaise campagne sur le plan offensif, à tel point qu'après un début de saison aux côtés de Couture et Joel Ward, on l'a graduellement tassé dans le bas de l'alignement, notamment au profit de Kevin Labanc. À l'image de Hertl, qui tente 13 tirs par heure jouée, Donskoi n'est pas non plus un tireur en volume (11 tirs à l'heure). Mais son impact est similaire à celui des deux autres joueurs que j'ai jusqu'ici analysés.

À regarder l'alignement des Sharks, il est clair qu'on s'enligne à San Jose vers une phase de transition et que, comme l'illustrent les contrats négociés avec Vlasic, Jones et Burns, on n'a pas pour autant l'intention de se laisser couler pour rebâtir. Donskoi et, surtout, Hertl et Meier sont présentement, plus que tout autre jeune joueur de l'organisation, ceux qui donnent à Peter DeBoer la chance de franchir un pas décisif vers une passation des responsabilités. Les trois ont cumulé de l'expérience dans différents rôles et montré qu'ils ont un impact positif sur le jeu de l'équipe. Hertl sait jouer au centre, Meier est gaucher et Donskoi droitier. Va-t-on oser les réunir?

Ça ouvrirait la porte à une autre réunion, qu'on n'a vue avec régularité qu'en avantage numérique, celle de Couture, Pavelski et Thornton. Les trois vétérans ont joué seulement 45 minutes ensemble depuis trois ans, cumulant 57 tirs contre 19 de l'adversaire, déclassant leurs opposants 6 à 1 dans la colonne des buts. Les Sharks n'ont peut-être pas dit leur dernier mot.

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