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Bouchard : La fin pour Jaromir Jagr?

Notre chroniqueur tente de découvrir des raisons pour lesquelles le vétéran attaquant est encore sur le marché

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

On commence à se demander si Jaromir Jagr n'est pas arrivé au bout de son chemin dans la LNH. Le mois d'août approche et personne ne semble intéressé à ses services. Pourtant, l'ami Jagr est loin d'être au bout du rouleau. Son passage chez les Panthers de la Floride l'a amplement démontré.

Les statistiques sont éloquentes. Hockeyanalysis.com nous apprend qu'au cours des deux dernières saisons, lorsque Jagr et Aleksander Barkov sont réunis, les Panthers obtenaient près de 54 pour cent des tirs. Lorsque Jagr jouait sans Barkov, ce taux descendait à 50 pour cent et lorsque Barkov jouait sans Jagr (un peu plus de 200 minutes), les Panthers n'obtenaient plus que 37 pour cent des tirs!

Les variations diffèrent un peu pour d'autres joueurs, mais il y a plus. Le différentiel de tirs de Jagr est surtout fondé sur le fait que les adversaires de son équipe peinent à obtenir des tirs lorsqu'il est sur la glace. À 5-contre-5, datarink.com nous apprend qu'il a aidé son équipe à produire des tirs au rythme d'un joueur de deuxième trio, mais surtout qu'il performait sur le plan défensif au niveau d'un joueur de premier trio. Et, toujours à 5-contre-5, le site nous indique que Jagr produisait encore l'an dernier au rythme (1,3 point primaire par heure jouée) d'un joueur de deuxième trio. Ajoutons à cela que, fidèle à son habitude depuis son retour dans la LNH, il continue à n'être pour ainsi dire jamais blessé.

Difficile de croire, donc, qu'un joueur de cette trempe n'a pas d'offres sur la table. La question, pour lui, est d'éviter de se retrouver dans la situation vécue lors de sa deuxième saison au New Jersey, alors qu'on ne semblait plus trop savoir comment l'utiliser. Il n'avait alors accumulé que 29 points en 57 matchs, avant d'en ramasser 18 en 20 parties une fois échangé aux Panthers.

Jagr, il faut le dire, est une drôle de bestiole, un immense patineur qui joue tout en puissance et… avec une certaine lenteur. Doit-on l'associer à de gros joueurs, de petits joueurs? Il semble surtout qu'on doive s'assurer de le laisser faire ce qu'il fait de mieux, soit orchestrer les transitions, préparer des jeux du fond du territoire ennemi et, bien évidemment, attaquer le filet adverse.

Sur ce dernier point, les graphiques de Micah Blake McCurdy sont éloquents : Jagr menace encore les gardiens adverses en attaquant le côté droit de l'enclave, et il le fait encore aujourd'hui à un rythme plus que décent. Ce deuxième graphique montre comment la contribution de Jagr, si elle n'est pas immense aux seuls décomptes (ses 12 tirs tentés à l'heure le situent au milieu du peloton des ailiers de la ligue), pèse lourd dans la balance. L'enclave droite y est fortement bariolée de rouge, une superposition directe de la zone bleue du premier graphique.

D'autres éléments statistiques viennent appuyer ce portrait d'un joueur qui est encore aujourd'hui dangereux autour des filets adverses. Le blogueur Corey Sznajder poursuit cette saison un projet à long terme qui vise à recenser non seulement le jeu de transition, mais aussi la façon qu'ont les équipes de produire leurs tirs au but. 

Concrètement, cela se traduit par un jeu de données incluant, pour chaque tir tenté, l'identité des joueurs ayant passé la rondelle au tireur ainsi que, pour les changements de zone, l'identité des joueurs dirigeant la rondelle vers le filet adverse. Dans le cas des Panthers, Sznajder a maintenant complété 16 parties de la saison 2016-17, réparties du début à la fin de la saison. Cet échantillon est révélateur du contexte dans lequel Jagr a fait valoir ses talents.

Premièrement, à 5-contre-5, les décomptes de Sznajder nous révèlent que Jagr est le joueur des Panthers ayant obtenu le plus grand nombre de chances de marquer par heure jouée, soit 6. Le volume de tirs obtenu pas Jagr est donc passablement trompeur, parce qu'il est très sélectif et que cette parcimonie le sert bien.

Un deuxième élément significatif est que Jagr obtient, comparativement à Marchessault et Barkov, beaucoup de tirs « individuels » et peu de passes sur les tirs de ses collègues. Ces deux éléments sont intéressants parce que je soupçonne qu'ils nous indiquent comment Jagr compense son coup de patin désormais plus qu'ordinaire. En gros, il semble que le vétéran utilise sa compréhension poussée de la mécanique offensive du hockey pour forcer le jeu en contrôlant le disque à des moments stratégiques.

Lorsqu'il contribue à entrer la rondelle en zone offensive, c'est surtout en s'assurant de le faire en contrôlant le passage de la ligne bleue. Si la plupart des attaquants des Panthers font 50 à 60 pour cent de leurs entrées de zone en contrôle du disque, Barkov et Jagr le font plus de 70 pour cent du temps. Et de tous les attaquants de l'équipe, Jagr est celui qui produit le plus de tirs à la suite d'une entrée de zone, un élément qui rejoint le fait qu'il obtient des tirs « sans passe ». En d'autres termes, lorsqu'il entre chez l'adversaire et que celui-ci se fait prendre à jouer la passe (parce que le vieux no 68 est si lent?), il est encore capable de foncer et tirer.

Le peu de passes sur les tirs de ses collègues est encore plus fascinant. On a encore cette idée de Jagr comme un fabricant de jeu extraordinaire, et ses 25 passes à forces égales l'an dernier démontrent qu'il n'a pas perdu sa touche. Mais sur le volume, ce n'est pas lui qui faisait vraiment bouger les choses l'an dernier.

Les données recueillies par Sznajder nous indiquent que sur les tirs enregistrés par les Panthers dans les 16 matchs recensés l'an dernier, Barkov a obtenu 32 touches de la rondelle, Jagr 37 et Marchessault… 52, dont 42 provenaient du fond de la zone ennemie. Ces dernières sont les plus difficiles à gérer pour les gardiens, parce qu'ils ne peuvent surveiller les mouvements ennemis dans l'enclave.

On a, à travers ce déluge de données, une image plus précise de Jagr. Aujourd'hui plus lent, il continue à être un tireur menaçant. Ce constat est intéressant parce qu'il suggère que des joueurs lents comme lui doivent, pour contribuer, passer beaucoup de temps dans les zones dangereuses, quitte à laisser leurs coéquipiers plus jeunes et plus rapides s'occuper d'activer le jeu depuis la périphérie.

L'impact de Jagr dans la zone payante et en entrée de zone offensive suggère qu'il a su simplifier son jeu pour demeurer efficace. Il serait surprenant qu'une équipe ne lui trouve pas une place.

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