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Bouchard: La course au trophée Hart

Selon notre chroniqueur, aucun des trois finalistes ne se démarque clairement des autres

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Trois attaquants sont finalistes pour le trophée Hart. On pourrait chicaner sur le fait que Sidney Crosby, Jamie Benn et Patrick Kane ont terminé aux trois premiers rangs du championnat des marqueurs et que, d'un certain sens, leur nomination est somme toute peu originale. Des joueurs comme Joe Thornton et Erik Karlsson, ou encore Anze Kopitar ont connu de formidables campagnes au cours desquelles ils se sont avérés parfaitement essentiels aux succès de leur équipe. Mais bon, le sort en est jeté.

Il est plutôt difficile de départager ces trois candidats. Si Kane est seul en tête des marqueurs avec une avance de 17 points sur Benn et 21 sur Crosby (quand même…), le contexte d'utilisation resserre suffisamment le tableau pour que, à mon sens, on ne puisse aisément départager les trois.

Tout d'abord, Kane a un rôle passablement différent des deux autres. Comme le montre le graphique ci-dessous, les Blackhawks jouent lourdement du levier des mises en jeu pour avantager le trio de Kane sur le plan offensif, au détriment d'un trio défensif normalement articulé autour de Marcus Kruger. Les six autres attaquants se partagent la balance des mises en jeu sans véritable poussée d'un côté ou de l'autre.

Chez les Penguins, c'est surtout sur le levier des mises en zone offensive qu'on tire. Comparativement aux deux autres formations, délimitant la distribution moyenne de ces événements montre qu'on enlève des opportunités à un peu tout le monde pour les concentrer entre les mains des trios de Crosby et Evgeni Malkin. Notez quand même que Crosby, plus que toute autre grosse pointure de son club et plus que ses deux concurrents, est aussi mobilisé pour un nombre plus important de mises en zone défensive.

Chez les Stars de Dallas, on ne semble tout simplement pas intéressés à jouer de ce levier. Le trio de Jamie Benn est bien un peu plus avantagé aux mises en zone offensive, mais c'est largement le fruit d'un mouvement d'équipe, on ne retrouve pas là de joueurs enterrés au profit des meneurs de jeu.

Ce contexte nettement différent dans les trois clubs s'exprime d'une autre façon. Lorsqu'on distingue le déploiement de ces joueurs en fonction, d'une part, de la qualité des adversaires affrontés et, d'autre part, de la qualité des coéquipiers qu'on leur associe, Benn sort du lot.

Les Blackhawks misent tout sur leurs deux premiers trios. Entendre par là que les meilleurs jouent systématiquement avec les meilleurs et que ceux qui ne jouent pas beaucoup restent éloignés des plus grands. Cet effet de concentration permet de maximiser l'impact de ces joueurs de talents.

Deux joueurs (Andrew Shaw et Teuvo Teravainen, dans le milieu du graphique de Chicago) font figure d'exceptions. L'un et l'autre ont pris leur tour avec les meilleurs éléments au fil de la saison.

Les Penguins poussent ce modèle encore plus loin. Outre Carl Hagelin, arrivé en cours de route, on masse les vedettes du club et leurs joueurs de soutien ensemble. L'adversaire contre méthodiquement avec ses meilleurs, ce qui donne une grappe de joueurs dans en haut à droite du graphique. Crosby, ici, est à la pointe de la flèche.

Le cas de Benn est fort intéressant. Avec Tyler Seguin et, dans une moindre mesure, Patrick Sharp, il est loin d'une importante grappe de joueurs massés au centre du graphique. Alors que les Penguins et les Blackhawks fonctionnent avec deux trios de puissance et deux trios de soutien, on utilise plutôt à Dallas un premier trio dominant et un groupe de six joueurs qui se partagent les responsabilités normalement attribuées à un deuxième trio.

Dans tous les cas, les quatrièmes trios sont clairement identifiables, à l'opposé des meilleurs. La différence, ici, c'est que Benn est, plus que ses concurrents, appelé à mener la charge avec un groupe restreint d'attaquants.

Il est fascinant de constater que ces trois joueurs ont, tant à 5-contre-5 qu'à 5-contre-4, été sur la glace pour un nombre similaire de buts au cours de la saison. Une quarantaine en avantage numérique, une soixantaine à forces égales. Meilleur pointeur de la ligue, Kane se démarque ici encore plus. Si on élimine les deuxièmes passes, dont la recension est, au mieux, erratique, il reste malgré tout plus directement impliqué dans la production offensive de son club que ses concurrents, obtenant des points « primaires » sur plus de 60 pour cent des buts marqués en sa présence. Kane a peut-être été poussé sur le plan territorial (et bien accompagné), il a fait parler la poudre.

Le débat sur le gagnant du trophée Hart aurait pu être plus intéressant si on avait inclus un défenseur ou encore un centre ayant eu moins de points tout en ayant joué un rôle central dans la réussite de son club. Vu les trois candidats présentés, il est plus difficile de décider. Si, sur le strict contexte, Kane semble avoir été plus isolé des tâches ingrates, reste qu'il a pleinement livré la marchandise sur le plan offensif et il est bien difficile de croire qu'il a été particulièrement favorisé par le sort. Mais les deux autres ne laissent pas leur place et, à mon sens, le rôle vital de centre joué par Crosby le pousse devant ses concurrents au titre de joueur le plus utile à son équipe.

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