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Bouchard: Jaccob Slavin, défenseur étoile

Notre chroniqueur analyse la contribution de l'arrière des Hurricanes qui vint d'accepter une prolongation de contrat de sept ans

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Hurricanes de la Caroline viennent encore une fois de surprendre un peu tout le monde. On voit depuis deux ans que Jaccob Slavin et Brett Pesce prennent beaucoup de place dans leur brigade défensive. Mais il a été pour le moins surprenant de voir les Hurricanes conclure une entente de sept ans avec Slavin il y a quelques jours.

Surprenant, parce que Slavin, pas aussi connu que d'autres, n'est pas le plus flamboyant et, par conséquent, pas habituellement le genre de joueur qu'une équipe a de la difficulté à mettre sous contrat. Alors, pourquoi s'entendre avec lui dès maintenant, alors qu'il a encore une saison à écouler à son contrat de recrue? J'ai l'impression que cela tient à deux éléments en particulier.

D'une part, les défenseurs comme Slavin, des joueurs d'abord et avant tout défensifs, sont de moins en moins sous-estimés au fur et à mesure que les statistiques avancées font leur chemin dans les équipes de direction de la LNH. Cela vaut pour la part émergée de l'iceberg, des modèles d'évaluation des performances des joueurs, basés sur les données publiées par la ligue, qui sont de plus en plus sophistiqués. Mais cela vaut aussi pour la part immergée, le recours de plus en plus systématique à de nouvelles sources de données privées, des firmes qui se spécialisent dans l'analyse fine des matchs.

D'autre part, le rajeunissement accéléré de la LNH se poursuit depuis quelques années. Or, qui dit rajeunissement dit emphase de plus en plus grande sur des joueurs n'ayant pas encore eu la possibilité d'atteindre l'autonomie complète à 27 ans (ou après sept saisons d'ancienneté pour ceux qui ont commencé leur carrière avant l'âge de 20 ans). Cette emphase de plus en plus marquée prépare selon moi le terrain à l'abrogation prochaine d'une loi non écrite du milieu, le non-recours aux offres hostiles.

Si on en croit les propos du chroniqueur Elliotte Friedman, les DG de la ligue voient venir la vague. Dans ce contexte, il est plus que probable que les Hurricanes aient décidé de payer le gros prix tout de suite pour éviter de payer très cher ou, encore pire, perdre leur défenseur dans un an.

Parce que, il faut bien le dire, Slavin n'a pas mis de temps à s'imposer comme la pierre angulaire de la défensive des Hurricanes. Je soulignais tantôt l'émergence d'outils de plus en plus sophistiqués mis à la disposition du public comme un indicateur de ce à quoi les équipes ont désormais accès pour évaluer la performance des joueurs. Un nouveau site, PuckIQ.com, nous donne sur ce plan une nouvelle représentation des données publiées par la ligue qui est des plus utile pour déterminer la nature de la contribution d'un défenseur qui, comme Slavin, joue un rôle défensif sans passer beaucoup de temps sur l'avantage numérique. 

Slavin, premièrement, est désormais, en compagnie de son sbire Pesce, le meneur de jeu de la défensive des Hurricanes. C'est à lui qu'on demande en priorité d'affronter les meilleurs éléments adverses, ce que les gens de PuckIQ appellent la compétition élite.

Contre ces mêmes meilleurs adversaires, PuckIQ s'attarde ensuite à un sous-ensemble des tirs tentés, celui des tirs les plus dangereux. Slavin et Pesce ont, sur ce point encore, un avantage marqué sur leurs collègues, retranchant près de 5 tirs à l'heure comparativement à Justin Faulk et Ron Hainsey (Klas Dahlbeck déforme un peu le graphique). Je note que Noah Hanifin, espoir reconnu encore âgé de 20 ans, fait aussi belle figure, mais surtout grâce à sa contribution offensive.

 

Cette excellence défensive se traduit par une forte dépréciation du nombre de buts accordés aux meilleurs adversaires.

 

Slavin et Pesce ont donc tous deux 22 ans et forment déjà une authentique première paire de défenseurs. Le fait que Pesce ne soit pas encore parvenu à une nouvelle entente avec les Hurricanes est difficile à interpréter; est-ce que l'équipe considère qu'il est plutôt un passager et qu'il n'est pas nécessaire de payer le gros prix immédiatement? Est-ce que Pesce lui-même préfère jouer une autre saison pour maximiser son prochain salaire?

C'est une question importante pour l'avenir de la brigade défensive des Hurricanes, parce que l'émergence de ces deux joueurs de premier plan ouvre une foule de possibilités pour l'équipe. Traditionnellement, les meilleurs défenseurs d'une équipe sont aussi les meilleurs défenseurs offensifs de l'équipe. Ça peut sembler aller de soi à première vue, mais cela a un impact sur le marché des défenseurs. Si les défenseurs de second plan que l'on recherche sont habituellement appelés à jouer un rôle défensif, cela implique que, dans ce groupe de joueurs de soutien, les défenseurs à vocation plus offensive sont sous-évalués par le marché, parce que le travail qu'ils peuvent accomplir est déjà fait par les étoiles du club.

Les Hurricanes, avec leur première paire ultra-défensive (mais pas piquée des vers pour ce qui est de créer des buts à forces égales, je le souligne), ont donc tout le loisir d'utiliser cette faiblesse du marché pour combler leurs besoins en défenseurs offensifs. Encore ici, le constat surprend, parce que leur actuel quart-arrière, Justin Faulk, a fort bonne réputation, n'a que 25 ans, n'occupe que 4,8 millions $ sous le plafond salarial et vient de connaître des saisons de 49, 37 et 37 points. On peut se permettre de gommer ses lacunes défensives en laissant aux deux autres les tâches ingrates ou encore, on peut profiter de son pedigree et de son contrat abordable pour l'échanger à prix fort. On n'y est pas encore, ne serait-ce que parce que les Hurricanes vont vouloir évaluer la progression de Hanifin ainsi que les capacités véritables de Trevor van Riemsdyk. Mais les ouvertures sont nombreuses et, après une longue traversée du désert, l'avenir de la franchise est de plus en plus radieux.

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