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Bouchard: Hoffman, victime de sa réputation?

Lorsque les gardiens des Sénateurs connaissent de mauvais moments, on a pris l'habitude de couper dans le temps de jeu d'Hoffman

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Mike Hoffman se retrouve encore une fois sur la sellette. L'attaquant des Sénateurs d'Ottawa voit encore une fois son temps de glace fondre comme neige au soleil alors que la fin de la saison approche. Et il semble bien que l'équipe considère que cette baisse de production, comme celle de mars 2015, illustre en quoi l'attaquant demeure un joueur limité.

L'histoire est vieille comme la LNH. Un entraîneur, insatisfait du jeu d'un joueur offensif (on évoque habituellement ses carences en défensive), coupe son temps de glace. Résultat : la production offensive du joueur décline, ce qui conforte l'entraîneur dans son jugement.

Évidemment, les buts sont extrêmement rares dans la LNH, surtout à forces égales. Bon an mal an, les meilleurs buteurs de la LNH récoltent un peu plus d'un but par heure passée sur la glace. Selon War-on-ice, parmi les attaquants ayant cumulé au moins 2000 minutes de jeu, c'est Rick Nash qui affiche depuis quatre ans le meilleur ratio de la ligue à forces égales, avec 1,35 but marqué par heure jouée. Hoffman, lui, se classe septième de la ligue, avec un taux de 1,09 but par heure jouée. Si on enlève du temps de glace à un marqueur, sa production peut donc rapidement péricliter. C'est encore plus vrai si on se met à l'isoler des autres joueurs de talent de l'équipe.

Hoffman serait donc en partie victime de sa réputation de joueur peu fiable en défensive? C'est, selon moi, ce que suggère le graphique suivant. Lorsque les gardiens de l'équipe connaissent de mauvais moments, on a pris l'habitude de couper dans le temps de jeu d'Hoffman.

Comparez avec l'évolution du temps de glace de son coéquipier Mark Stone, quant à lui reconnu pour l'excellence de son jeu défensif. Stone a vu sa part de temps de jeu progresser rapidement l'an dernier et on continue à lui faire confiance, peu importe ce qui se passe sur la patinoire.

Cette différence de traitement se reflète dans les choix de l'organisation. Alors que Hoffman a signé cet été une entente d'un an pour 2 millions $ après s'être rendu en arbitrage, Stone a plutôt paraphé un contrat de deux ans d'une valeur de 3,5 millions $ par saison. Et si on en croit le directeur général des Sénateurs, Bryan Murray, on n'entend pas faire de cadeaux à Hoffman cet été.

Mais est-ce à dire que Hoffman a, après un excellent début de saison, perdu de son efficacité de buteur? Rien de moins évident. À 5 contre 5, Hoffman a bien connu deux passages à vide depuis le début de la saison, le premier se concluant lorsqu'il subit une blessure au bas du corps au mois d'octobre. Une deuxième séquence plus difficile se déclare entre les 45e et 55e matchs de la saison. Dans les deux cas, Hoffman voit son taux de tirs obtenu par heure jouée baisser brièvement autour de 12 à l'heure. Ça ne dure pas et il passe le reste de la saison dans ses zones habituelles, soit entre 15 et 20 tirs tentés par heure jouée (ce qui, soit dit en passant, le classe parmi l'élite de la LNH).

Les buts, par contre, ne viennent plus aussi régulièrement. Il est peu probable que Hoffman ait oublié purement et simplement comment tirer au filet. Après tout, c'est son pain et son beurre. Mais quand même, il semble que ce mal qui affecte Hoffman ne soit pas totalement incompréhensible. Si on se fie aux décomptes de War-on-ice, il ne récolte en effet plus autant de chances de marquer qu'à ses bonnes heures.

La chute est quand même importante, que se passe-t-il? Un attaquant de 26 ans ne perd pas ainsi tous ses moyens du jour au lendemain, à moins qu'il cache une blessure. Hoffman n'est pas le genre de joueur qui pousse le jeu sur le plan de la possession de rondelle. Il fait plutôt de cette catégorie de marqueurs qui vont profiter des situations en zone offensive créée pour leurs coéquipiers. Un joueur de ce type est intéressant parce qu'il rajoute, par son habileté offensive, une couche supplémentaire de buts une fois rendus en zone offensive. Mais encore faut-il qu'on l'y pousse. Et, sur ce point, Hoffman souffre comme le reste de son club de la perte de Kyle Turris, son joueur de centre régulier.

Turris forme, avec Erik Karlsson, le véritable fer de lance de l'attaque des Sénateurs à forces égales. Depuis deux ans, c'est lorsqu'il est jumelé au no 7 que Karlsson va chercher ses meilleurs avantages au taux de tirs obtenus. Or, comme le montre le graphique ci-dessous, Turris disparait graduellement de la carte.

La part des tirs obtenus sans Turris augmente parce qu'on le remplace par un mélange des meilleurs éléments restants. Mais globalement, Karlsson plafonne désormais autour de 52 pour cent de tirs obtenus, loin derrière les 60 pour cent qu'il ramassait en compagnie de Turris.

L'impact sur Hoffman est des plus intéressants. Il joue lui-même encore et toujours avec Karlsson, mais l'impact de ce dernier sur le taux de possession du club avec Hoffman sur la glace disparaît presque complètement.

Combiné au fait que, depuis le début de la saison, les Sénateurs sont excessivement dépendants de Karlsson pour pousser le jeu du bon côté, on comprend mieux comment Hoffman se retrouve soudainement incapable de produire autant que par le passé. Le temps qu'il passait loin de Karlsson le voyait la plupart du temps enferré hors de la zone offensive et les minutes qu'il joue désormais en compagnie de son capitaine ne rapportent plus autant d'occasions de créer en zone offensive.

On peut vérifier la chose avec Mark Stone. Lui aussi voit l'impact de Karlsson diminuer dramatiquement à partir du moment où Turris disparaît de la carte. Seulement, Stone, qui est un joueur qui a un impact clair sur les taux de possession de son équipe, réussit à garder la tête hors de l'eau plus souvent que Hoffman, et ce bien qu'on l'associe désormais à Jean-Gabriel Pageau et Zack Smith , deux joueurs honnêtes, mais sans plus.

Les buteurs comme Mike Hoffman sont efficaces dans la mesure où on leur donne du temps de jeu avec des joueurs talentueux. Ça n'est pas un défaut; peu de joueurs peuvent prendre ces minutes de qualité et offrir à leur équipe une telle production offensive. Mais si le jeu de possession de l'équipe décline, l'efficacité de ce genre de buteur a forcément du plomb dans l'aile.

On brasse un peu Hoffman, ces jours-ci, notamment en l'associant à Curtis Lazar, Chris Neil ou encore Alex Chiasson. C'est pittoresque, mais c'est surtout le club qui en souffre. À regarder les Sénateurs couler alors que le repêchage approche, tout ça laisse une bien drôle d'impression. Il est de ces messages qui se perdent si le contexte ne s'y prête pas. On est peut-être animé des meilleures intentions en procédant comme on le fait ces jours-ci à Ottawa, mais c'est à se demander si on n'est pas tout simplement en train de se mettre à dos un joueur fort utile, au sommet de ses capacités, avec qui on a justement à négocier une nouvelle entente.

Hoffman va recevoir son dû, sa feuille de route le garantit. Les buteurs de son espèce sont trop rares pour qu'il en soit autrement. Mais il est bien possible que ce soit ailleurs qu'à Ottawa. Les Sénateurs devraient alors immédiatement se mettre à la recherche d'un joueur équivalent. Dur de croire qu'ils sortiront gagnants de l'affaire.

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