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Bouchard: Connor McDavid fait la leçon

Notre chroniqueur se penche sur la prestation de la jeune sensation lors de son premier match de la saison

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Commencer la nouvelle saison par un duel albertain, c'était certainement une excellente idée. Ceci dit, le pauvre Mike Smith a rapidement dû se demander dans quel pétrin il venait de se placer : avec seulement 35 secondes d'écoulées au match, il stoppait in extremis Connor McDavid en échappée.

Tout est dans la manière. À peine arrivé sur la glace, le capitaine des Oilers prend la rondelle au centre et ouvre la machine. Attaquant, en pleine accélération, le milieu de la glace entre Mark Giordano et Dougie Hamilton, il déborde l'un des meilleurs duos défensifs de la ligue pour ensuite se présenter seul devant le gardien des Flames.

La soirée, que McDavid a terminée avec un tour du chapeau, a été parsemée d'autres séquences du genre. La plus absurde est certainement cette stupéfiante accélération, au terme de laquelle il a non seulement atteint une vitesse de pointe (40,9 km/h) que l'auteur de ces lignes peine à toucher en vélo, mais en plus, il réussit à obtenir un tir au but sans pour autant se catapulter dans le pauvre Smith, reculé sur la ligne des buts.

Video: CGY@EDM: McDavid inscrit son deuxième

Le plus ahurissant, dans tout ça c'est que McDavid n'a probablement pas fini de s'améliorer. Les meilleures années d'un attaquant sont, dans la LNH contemporaine, celles qu'il joue entre l'âge de 22 et 25 ans. C'est dire qu'on voit, encore cette saison, le joueur le plus électrisant de la ligue monter une autre marche. Rare spectacle, dont il faut savoir profiter pleinement.

Un autre spectacle moins apparent à l'œil nu, mais tout aussi fascinant, a été celui donné par l'entraineur des Oilers, Todd McLellan. Le trio offensif de pointe des Flames de Calgary est sans conteste celui formé de Johnny Gaudreau, Sean Monahan et Michael Ferland, alors que le fameux 3M, formé de Michael Frolik, Mikael Backlund et Matthew Tkachuk est l'unité appelée à lever de la fonte en couvrant les meilleurs éléments adverses. Or, le détail des confrontations nous indique à quel point McLellan a su éviter ces pièges et donner au trio de McDavid une formidable poussée.

Premièrement, des 17 minutes 12 secondes passées par McDavid sur la glace à cinq contre cinq, il n'a vu le trio 3M que pendant 1 minute 50 secondes. Il a joué 3m20s contre le troisième trio composé de Kris Versteeg, Troy Brouwer et Sam Bennett et 7m30s contre Monahan, Gaudreau et Ferland.

À cinq contre cinq, les Oilers ont dominé en présence de McDavid et fait jeu égal sans lui: ils ont terminé la soirée avec un avantage de 36 tirs tentés contre 19 lorsque McDavid est sur la patinoire, 35 contre 34 lorsqu'il n'y est pas. Et le premier centre du club avait des souffre-douleurs désignés. Dans le détail, McDavid fait 9 à 8 contre Monahan, 1 à 2 contre Backlund et (roulement de tambours) 15 à 3 contre le pauvre Bennett. Des trois buts de McDavid, un est marqué dans un filet désert, l'autre contre Bennet et le troisième contre Glass, Stajan et Ferland (le quatrième trio, si on veut, qui n'a pourtant joué que 18 secondes contre lui!).

C'est un peu la même chose du côté défensif. Giordano et Hamilton, outre cette ébouriffante poussée initiale, ont tenu vaille que vaille, McDavid faisant 11-10 aux tirs contre eux sans pouvoir marquer. Glen Gulutzan a aussi su éviter presque entièrement d'exposer Michael Stone et Matt Bartkowski au no 97, ne les laissant trainer que 1m18s face à lui (McDavid en profite quand même pour faire 6-0 aux tirs). C'est la deuxième paire défensive qui a, encore ici, mangé la volée de bois vert. Les deux buts à cinq contre cinq de McDavid sont marqués contre TJ Brodie et Travis Hamonic, son trio obtenant de plus un avantage de 14-6 aux tirs contre eux.

McDavid n'est pas invincible, mais un entraineur ne peut vraiment pas l'échapper contre les éléments plus faibles de sa formation.

L'autre élément qui m'a fasciné dans ce match est la façon dont McLellan a géré le temps de glace de Kailer Yamamoto. Le diminutif attaquant est explosif et doté d'un rare talent de buteur, on l'a beaucoup répété. Reste qu'il est surprenant de le voir commencer la saison avec le grand club. Âgé de 19 ans depuis quelques jours à peine, on peut lui faire disputer neuf matchs avant que son contrat professionnel ne commence réellement. C'est dire qu'il est présentement entre deux eaux.

Dans ce contexte, on cherche manifestement à y aller tranquillement tout en lui donnant toutes les chances de réussir. Concrètement, cela se traduit par une utilisation restreinte (à peine 6m33s), mais avec des joueurs de talent : Yamamoto a presque exclusivement joué avec Ryan Nugent-Hopkins et Milan Lucic, soit 5m56s.

Il n'est pas rare de voir un jeune se faire les dents sur un quatrième trio. Ces expériences, pour un joueur offensif, sont rarement concluantes. Un attaquant plus créatif tend naturellement à garder la rondelle une fraction de seconde de plus pour anticiper une ligne de passe et va chercher dans les axes transversaux des ouvertures qui permettent de déboîter la structure défensive de l'adversaire. Ou bien il va trainer un instant de plus du côté offensif de la rondelle après un revirement contre son équipe, l'idée étant que si un deuxième revirement survient alors que l'adversaire se rue en attaque, il soit alors en position de tailler des croupières à ceux qui se mettent dans son chemin.

Mais ces tactiques ne sont utilisables qu'avec parcimonie dans la LNH, où les temps de réaction sont instantanés et les erreurs rarissimes. On ne les autorise qu'aux meilleurs talents offensifs dans la mesure où ceux-ci ont démontré non seulement qu'ils savent ne pas en abuser, mais aussi qu'ils sont suffisamment habiles pour en profiter.

Sur un quatrième trio traditionnel, le jeu nord-sud, les décisions à haut taux de succès avec la rondelle et le jeu sûr sans la rondelle sont de mise. Les jeunes talents offensifs sont donc, dans ce contexte, doublement dépourvus : de coéquipiers prêts à jouer à leur façon (pas qu'ils en sont incapables, tous les attaquants de la LNH ont été des étoiles dans les rangs mineurs), mais aussi du savoir-faire stratégique qu'on attend de joueurs dans leur position. L'échec est trop souvent programmé d'avance.

Il est donc rassurant de voir McLellan refuser de jouer ce jeu avec Yamamoto. On ne lui donnera que peu de temps de jeu, mais avec des joueurs de qualité, qui savent y faire sur le plan offensif (et, en Lucic, qui peut au besoin tabasser les adversaires qui cherchent noise à ce joueur de 154 livres). La porte n'est pas grande ouverte, mais il y a bel et bien entrebâillement.

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