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Bouchard : Changement de cap à Nashville

Les Predators semblent avoir trouvé les bonnes combinaisons en défensive, mais il reste beaucoup de travail à faire à l'attaque

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

On attendait des Predators de Nashville qu'ils fassent flèche de tout bois dès le début de la saison. Mais il n'en fut rien et, 17 matchs plus tard, ils se classent 10es dans leur conférence. En fait, l'équipe se replace tranquillement, alors qu'on semble enfin avoir trouvé les bonnes combinaisons en défensive. Mais à l'attaque, c'est encore le chantier.

Si les mauvais débuts de saison sont parfois une illusion basée sur des pourcentages invivables, les Predators ont bel et bien dérapé sur la ligne de départ. Une moyenne sur cinq matchs des tirs accordés et obtenus à forces égales nous le montre clairement, le déficit est important et ne commence à se résorber qu'autour du dixième match.

Depuis, l'équipe s'est replacée sans pour autant être devenue dominante. On comprend mieux l'ajustement si on garde à l'esprit qu'à l'échelle de la LNH, la moyenne est d'environ 55 tirs tentés par heure jouée. Après avoir échappé 5 tirs des deux côtés de la moyenne en début de campagne, on est revenus à une position plus enviable grâce à une baisse drastique du nombre de tirs accordés. Si l'attaque a aussi pris du mieux, à Nashville, l'avantage du jeu passe par la capacité à empêcher l'adversaire de menacer le filet de Pekka Rinne.

Signe que les ajustements étaient à faire à l'échelle de l'équipe, on retrouve le même mouvement du côté des unités spéciales. Encore ici, l'amélioration défensive est la principale responsable de la relance de l'équipe.

En désavantage numérique, le volume de tirs accordés par heure jouée en début de saison est astronomique. Tout ça se tasse graduellement et, avec un taux variant entre 80 et 90 tirs accordés à la minute à partir du dixième match de la saison, on est revenus sous les moyennes de la LNH. C'est par contre un peu moins évident en avantage numérique, où on est aussi en régression.

J'ai parlé de mouvements de personnel pour expliquer ces variations. Au sein de la brigade défensive, c'est assez évident, on cherchait le bon partenaire pour P.K. Subban. Après avoir commencé avec Roman Josi lors des cinq premiers matchs, on l'a graduellement associé à Mattias Ekholm, Josi jouant plutôt avec Ryan Ellis.

Deuxième changement, après avoir commencé la saison en utilisant seulement Josi sur la première vague d'avantage numérique et le tandem Subban-Ellis sur la deuxième, on a graduellement commencé à utiliser plus systématiquement deux défenseurs sur chaque vague, Josi jouant alors avec Ekholm sur la première vague. Les avantages numériques à quatre attaquants sont plus risqués mais, surtout, plus productifs. Il semble donc que le tassement de la production dans cette situation soit le résultat d'un retour à un choix de personnel plus conservateur. La tendance est nette : on veut bien produire à l'attaque, mais on ne veut pas donner de buts gratuits.

On l'a vu dans les tendances à l'échelle de l'équipe, tout ça a porté fruit. À forces égales, les deux défenseurs vedette du club, Subban et Josi, obtenaient lorsque réunis 46 pour cent des tirs vers le filet. Dans leurs nouveaux tandems, ils obtiennent respectivement 53 et 51 pour cent des tirs. Un aménagement simple (les membres du top-4 demeurent les mêmes), mais nécessaire.

Les choses ne sont pas encore complètement placées pour autant. À l'attaque, on cherche encore les combinaisons gagnantes, notamment avec Filip Forsberg, qui se balade allègrement d'un trio à l'autre. On a commencé par l'associer systématiquement à Ryan Johansen et Kevin Fiala, une unité à qui on a donné beaucoup de responsabilités défensives (presque deux mises en zone défensive pour chaque prise en zone offensive), ce qui n'a pas très bien tourné. Si on continue depuis à voir Forsberg associé épisodiquement à Johansen, c'est désormais avec un surplus de mises en zone offensive.

En fait, et c'est assez particulier comme constat, on semble avoir trouvé deux trios offensifs stables desquels Forsberg semble d'emblée exclu. Ça ne veut pas dire qu'on le relègue aux oubliettes, il obtient encore énormément de temps de jeu dans toutes les situations, mais il n'est pas encore installé.

James Neal et Ryan Johansen forment maintenant le premier tandem offensif, à qui on joint ces jours-ci le jeune Viktor Arvidsson. Craig Smith et Mike Ribeiro forment l'autre duo régulier du top-6, et c'est à eux qu'on a joint Forsberg au cours des derniers matchs. Fait à noter, on revient ainsi à une combinaison qui fut fort fréquente lors de la saison précédente. Reste à voir combien de temps la chose va durer, mais il est intéressant de voir qu'on utilise le jeune Suédois comme troisième joueur flottant alors qu'on veut manifestement donner la chance à d'autres joueurs de se faire valoir sur le premier trio.

Mais les choses sont encore plus fluctuantes sur le troisième trio, et c'est pourquoi je pense qu'on n'a pas fini de voir le top-6 bouger.

C'est en partie dû au fait que Mike Fisher semble de plus en plus fragile. On le retrouve ces jours-ci entre Pontus Aberg et Calle Jarnkrok, dans un rôle beaucoup plus défensif. Or, il n'est pas dit que le centre de 36 ans, qu'on a nommé capitaine en début de saison, peut encore se charger de pareil travail, et le départ de Paul Gaustad le prive d'un appui défensif important (pensez à ce que Torrey Mitchell fait en appui à Tomas Plekanec à Montréal) en provenance de la quatrième ligne.

Ça n'est donc pas pour rien qu'on semble avoir tenté de donner plus de tâches ingrates à Forsberg et Johansen en début de saison. On est depuis retourné à des schémas plus classiques (le top-6 joue un rôle offensif, les troisième et quatrième trios sont plus défensifs), mais ces deux jeunes leaders de l'attaque n'auront peut-être pas le choix de retourner dans les tranchées.

Les Predators ont donc encore, à ce stade-ci de la saison, toutes les allures d'un chantier qui va bon train, mais qui est loin d'être complété. La structure défensive du club, le resserrement rapide des taux de tirs accordés et une configuration de top-4 bien arrêtée en témoignent, on a un plan et on sait l'appliquer. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire à l'avant, où les deux premiers trios changent presque à tous les matchs et où les appuis défensifs ne sont pas encore évidents. En fait, il n'est pas clair qu'on possède présentement les outils nécessaires pour arrimer tout ça.

Or, un survol du groupe d'attaquants de cette équipe nous rappelle que, contrairement à la défensive, il a essentiellement été construit par le truchement du marché des échanges. On ne devrait donc pas se surprendre de voir le directeur général David Poile s'activer bientôt.

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