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Bouchard : Vesey aurait-il dû signer avec Nashville?

La situation est gênante chez les Predators, mais ils ont déjà trois bons trios d'attaquants

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

On a eu droit à un petit épisode des plus intéressants hier, impliquant les Predators de Nashville et l'espoir Jimmy Vesey. Repêché en 2012, l'ailier gauche a choisi de poursuivre son parcours universitaire jusqu'au bout. Et on a appris hier que Vesey a décidé de ne pas signer de contrat avec les Predators, préférant se prévaloir de son statut de joueur autonome en date du 15 août 2016.

Le chroniqueur de Yahoo.com, Greg Wyshynski, dans un article résumant les doléances des dirigeants de l'équipe, rappelle que l'équipe avait basé son approche attentiste à la date limite des transactions sur l'arrivée imminente de Vesey. Dès le 29 février, le directeur général du club, David Poile, soulignait qu'une place attendait Vesey sur l'un des deux premiers trios de l'équipe. Poile, on s'en doute, est aujourd'hui livide.

Les Predators ont poussé fort pour s'assurer de ses services et ont échoué. Se retrouvent-ils aujourd'hui le bec à l'eau? Pas tout à fait. Premièrement, la valeur de Vesey est présentement à son maximum. Il n'a pas voulu signer, les autres équipes savent qu'il veut commencer sa carrière professionnelle ailleurs. On peut certainement échanger les droits que l'équipe possède encore sur lui jusqu'à la mi-août.

Parce que Vesey est âgé de 22 ans, son premier contrat sera obligatoirement de deux saisons. C'était là un des arguments des Predators. En signant dès maintenant, Vesey était dans les faits soumis à ce contrat initial pour une saison et des poussières et aurait pu négocier une nouvelle entente plus payante dès l'été 2017. En attendant à l'été pour signer, il remet la négociation de ce deuxième contrat à l'été 2018.

Chez les Predators, on s'explique mal cette décision. À court terme, Vesey perd de l'argent, purement et simplement. David Poile, sur ce point, n'y va pas avec le dos de la cuiller : selon lui, Vesey a tout simplement été mal conseillé.

Bien honnêtement, les Predators se donnent ici le beau rôle. Pour Vesey, le fait de repousser d'une année la première renégociation de contrat n'est pas un bien gros sacrifice, surtout lorsqu'on commence à regarder le contexte de l'histoire.

Tout porte à croire que le jeune ailier gauche n'est pas du genre à se laisser emporter inutilement. Ce texte publié dans The Player's Tribune fin février, où il explique les raisons pour lesquelles il a renoncé à se joindre aux Predators l'an dernier, est sur ce point des plus instructif. La dernière phrase (« la LNH est encore aujourd'hui là où elle était l'an dernier ») tout comme le texte laisse entendre que Vesey pense à long terme et ne se voit pas comme un simple buteur.

C'est loin d'être une mauvaise chose. Vesey, en quatre saisons dans les rangs universitaires, termine à trois points du meilleur de son équipe lors de sa saison recrue (il est le deuxième plus jeune de son équipe) et mène la danse lors des trois saisons suivantes. C'est fort bien, mais à 22 ans, on ne peut anticiper une progression similaire à celle d'un jeune de 18 ans.

Parce qu'il serait arrivé dans la LNH sans être passé par les rangs professionnels mineurs, la marche était haute pour Vesey. Au-delà des garanties initiales données par Poile et compagnie, le fait est qu'on le catapultait d'emblée dans un rôle majeur, qu'il n'était peut-être pas en mesure de garder d'emblée.

Les trios des Predators sont relativement stables depuis l'arrivée de Ryan Johansen . James Neal et Calle Jarnkrok accompagnent Johansen, Craig Smith et Filip Forsberg flanquent Mike Ribeiro, Colin Wilson et Viktor Arvidsson accompagnent Mike Fischer.

Neal, Smith et Wilson sont dans la force de l'âge et disposent de contrats à long terme. Forsberg est le meilleur pointeur du club (et signera probablement une entente à long terme cet été). On a donc quatre ailiers fermement installés dans des postes où on attend d'eux qu'ils produisent. Je suppose qu'à la limite on pourrait croire que, sur les flancs de Ribeiro et Johansen, les postes de Wilson et Jarnkrok sont possiblement ouverts à Vesey, mais le fait est que si on les laisse jouer sur ces trios depuis un bon moment déjà, c'est que l'on considère que ces deux joueurs font le travail.

Et je n'ai pas encore parlé d'Arvidsson. Le petit ailier, lui aussi âgé de 22 ans, a une saison complète d'expérience dans la Ligue américaine et s'installe tranquillement dans le top-9 de Nashville, où on attend beaucoup de ses talents de buteur (il a notamment fait ça au pauvre Martin Jones ).

Bref, quand bien même on lui promet la lune, la place de Vesey est tout sauf assurée et la marche est haute. Dans ce contexte, a-t-il vraiment intérêt à précipiter le moment où il aura à négocier son prochain contrat? Je ne le pense pas.

Vesey, comme tous les joueurs faisant leurs débuts après l'âge de 19 ans, atteindra l'autonomie complète (le vrai moment payant de sa carrière) à l'âge de 27 ans. Si on accepte que son acclimatation à la LNH risque fort de se faire graduellement, il n'est pas dit que, s'il négociait un contrat dès l'été prochain, son salaire serait beaucoup plus élevé.

Plus encore, ce premier contrat est négocié avec d'importantes restrictions : Vesey ne peut accepter d'offre d'autres équipes que si celles-ci décident de formuler une offre hostile (ce qui n'arrive pour ainsi dire jamais) et n'a pas droit à l'arbitrage s'il n'est pas d'accord avec l'offre de l'équipe. Son seul recours? La grève. C'est plutôt mince. La valeur de ce contrat sera donc entièrement déterminée par les performances qu'il aura affichées au cours de sa seule première saison dans la LNH.

Par contre, s'il signe avec une équipe ayant moins de profondeur à l'attaque l'été prochain, Vesey pourra établir sa valeur sur deux saisons, dans un contexte qui lui est plus favorable (la qualité des coéquipiers est extrêmement importante) et il sera une saison plus proche de l'autonomie complète. En tout et pour tout, ce sera alors une position de négociation bien plus avantageuse.

En procédant comme il le fait présentement, Vesey se donne du temps. À lui de livrer la marchandise. Quant aux Predators, à moins de réussir à échanger ses droits à une équipe qui se sent capable de le mettre sous contrat, ils se retrouveront le bec à l'eau. La situation est gênante dans l'immédiat, parce que Poile et ses associés ont ouvertement affirmé avoir basé leurs choix sur une signature qu'ils n'avaient toujours pas obtenue. Mais si Vesey ne signe pas avec eux, c'est parce qu'ils ont déjà de bons joueurs aux ailes de leur top-9. Au bout du compte, l'équipe voit simplement un troisième choix d'un repêchage déjà distant ne pas aboutir. Si ce n'est de quelques égos froissés, la perte est insignifiante.

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