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Bouchard : Reconstruire à la façon des Bruins de Boston, sans tout détruire

La troupe de Claude Julien semblait destiné à une sombre saison

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Bruins de Boston semblaient engagés sur une drôle de voie de garage, l'été dernier. L'équipe venait en effet de manquer les séries éliminatoires pour la première fois depuis sept ans. Le noyau vieillissant de l'équipe laissait croire que les Bruins s'engageaient désormais sur la voie de la reconstruction. Mais on ne fonctionne pas comme ça à Boston et on a choisi, par un geste audacieux, de reconstruire à la volée.

L'échange de Milan Lucic, qui arrivait à sa dernière année de contrat à l'âge de 27 ans, pouvait se comprendre dans la mesure où, entre Brad Marchand et Loui Eriksson, les Bruins avaient en main des joueurs capables de le remplacer. C'était par contre moins évident dans le cas de Dougie Hamilton, âgé de 22 ans. Successeur attitré de Zdeno Chara au poste de défenseur numéro un, Hamilton ne semblait, selon les dires du DG des Bruins, pas intéressé à s'engager à long terme avec l'équipe.

 

À ces changements hors-saison s'est ajoutée la blessure grave subie par le vétéran Chris Kelly au mois de novembre (il a à peine recommencé à patiner au moment d'écrire ces lignes). Le centre de 35 ans est un de ces joueurs faciles à sous-estimer. Payé 3 millions $ par saison, un salaire identique à celui consenti aujourd'hui à un autre joueur du genre, Marcus Kruger, Kelly est en effet un spécialiste de la défensive, ayant systématiquement contribué à réduire la capacité de ses adversaires à menacer les buts de son équipe depuis près d'une décennie. Les spécialistes de la défensive sont plus rares qu'on ne le croit, mais Kelly en était encore un l'an dernier à l'âge de 34 ans. Sa perte était donc lourde à porter pour l'équipe.

Il est intéressant de constater que, dans ce contexte, on a choisi à Boston de faire confiance à un jeune centre réputé pour ses talents offensifs. Ryan Spooner est une denrée rare dans le hockey d'aujourd'hui : un attaquant qui s'est développé sur le tard, dans la Ligue américaine de hockey, après avoir connu une carrière junior honorable, sans plus. Ça n'est que cette saison, à l'âge de 24 ans et après avoir joué trois saisons dans la LAH, qu'on lui a enfin donné sa chance.

Spooner va saisir l'occasion graduellement et ne prendra sa place parmi les six attaquants les plus utilisés de l'équipe qu'à partir du 40e match de son équipe. Les histogrammes de hockeyviz.com nous permettent de bien saisir la progression de Spooner au fil de la saison. Surtout utilisé avec Jimmy Hayes cette année, il joue tout d'abord peu à forces égales, mais obtient dès ses premiers coups de patin beaucoup de temps de glace en avantage numérique. Sa progression globale au temps de jeu se constate donc d'abord et avant tout à forces égales, alors que son passage au centre de Loui Eriksson et Matt Beleskey marque, à la mi-saison, le moment où on commence définitivement à lui faire confiance.

Un des éléments les plus intéressants de la progression de Spooner se retrouve selon moi dans le fait qu'il a jusqu'ici cumulé seulement six mentions d'aide secondaires. Les mentions d'aide secondaires sont presque aléatoires dans la LNH, du moins elles sont plus un reflet du temps de jeu et de la qualité des coéquipiers d'un joueur que de ses capacités de fabricant de jeux. Un joueur qui, comme Spooner, joue beaucoup, mais ne joue que peu avec les meilleurs attaquants du club (David Krejci et Patrice Bergeron ont encore ce rôle chez les Bruins) est donc désavantagé sur ce point. Mais lorsqu'on ne compte que les passes primaires et les buts marqués, Spooner se hisse parmi les 40 meilleurs marqueurs de la LNH. Il n'est pas dit qu'il délogera bientôt David Krejci, mais quand bien même il reste au niveau atteint cette saison, il sera sans contredit l'un des centres de troisième trio les plus productifs de la LNH. Et si Krejci continue à se montrer fragile, Spooner a démontré pouvoir prendre la relève.

La reconstruction des Bruins n'est pas pour autant achevée. Je cherche encore, dans le groupe de jeunes défenseurs qu'on fait tranquillement graduer dans les grandes ligues, celui qui pourra appuyer Torey Krug le jour où Zdeno Chara et Dennis Seidenberg perdront définitivement en efficacité. Kevan Miller et Zach Trotman sont ceux à qui on a, au fil de l'année, demandé de s'essayer aux missions plus hardies, mais dans les deux cas, on doit constater que l'expérience n'a guère été concluante.

Trotman, qui a plus souvent joué avec Chara, paraît mieux lorsqu'on regarde les données brutes, mais on ne doit pas s'abuser : c'est parce que ces jeunes défenseurs n'ont pas su s'imposer qu'on a fait l'acquisition de John-Michael Liles. Un peu comme Brett Connolly, qu'on a remplacé par l'increvable Lee Stempniak à la droite de Patrice Bergeron et Brad Marchand.

La relève des Bruins se trouve donc plutôt du côté des attaquants. Il faudra donc surveiller Don Sweeney au cours de l'été. Le DG des Bruins cherchera probablement à frapper un grand coup sur le marché pour aller chercher un défenseur capable d'assurer la relève lors des 5 prochaines saisons, en attendant qu'on réussisse à développer d'autres jeunes défenseurs.

 

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