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Bouchard : Les Penguins ont triomphé des meilleurs

Pittsburgh a eu raison des Sharks en les battant à leur propre jeu

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Penguins de Pittsburgh n'ont pas simplement gagné la Coupe Stanley. Ils y sont arrivés en obtenant leur principal avantage sur les Sharks de San Jose là où ceux-ci étaient en droit de se sentir les mieux outillés. C'est dans le choc entre les éléments les plus stables de chaque équipe (les quatre trios des Penguins et les duos défensifs des Sharks) que Pittsburgh a su trouver et exploiter la confrontation à la fois gagnante et impossible à refuser pour leur adversaire.

Cette confrontation, ce fut celle entre le trio le plus productif des Penguins pendant les séries, celui de Carl Hagelin, Nick Bonino et Phil Kessel et le tandem défensif des Sharks le plus dynamique offensivement parlant, constitué de Brent Burns et Paul Martin.

Il faut y voir l'aboutissement d'un long processus d'adaptation de la part des champions. Les Penguins n'ont trouvé que tardivement, quelque part au milieu de la série contre Tampa Bay, la configuration de trios susceptible de mettre pleinement en valeur les talents de leurs trois attaquants de pointe. Plus encore, on n'a réellement senti la défensive enfin se remettre de la perte de Trevor Daley qu'au quatrième match de la série finale.

Les Sharks ont eu leurs chances, donc. Mais ils n'ont jamais su trouver le moyen de relancer le trio de Joe Thornton une fois Tomas Hertl blessé. Pire, on n'a jamais semblé capable de brasser la soupe sans démantibuler l'autre combinaison gagnante du groupe d'attaquants, celle entre Logan Couture et Joonas Donskoi. Lors des matchs no 5 et 6, certains beaux élans d'un trio composé de Couture, Patrick Marleau et Melker Karlsson ont laissé entrevoir une ébauche de solution, mais encore là, on n'a pas semblé capable de s'en tenir à ce qui fonctionnait. Les Sharks ont bénéficié, tout au long des séries, d'un alignement épargné par les blessures et capable de traverser chaque adversaire sans avoir à trop sortir de leurs patrons de jeu bien établi. Arrivés contre des Penguins capables de leur rendre la monnaie de leur pièce en contre-attaque, ils ont semblé pris au dépourvu, incapables de s'adapter à leur tour.

Une machine neuve et bien huilée

Revenons un instant sur l'assemblage offensif des Penguins. À regarder la distribution du temps de glace, on y décèle, au fil des six matchs de la série, à peine de légères variations concernant le quatrième trio, qu'on tasse graduellement au profit de combinaisons ad hoc permettant de donner des présences supplémentaires à Evgeni Malkin, Sidney Crosby ou encore Kessel.

Ce peu d'empressement à chambouler les choses s'explique par les bons résultats affichés, évidemment. Les combinaisons ad hoc, pourtant utilisées systématiquement, n'ont jamais vraiment fonctionné! C'est plutôt du côté des unités habituelles que les résultats arrivent. Si le trio de Crosby connaît une fin de série du tonnerre, celui de Kessel tire le traîneau dès le premier match.

 

Face à cet assaut, le formidable top-4 défensif des Sharks encaisse de plus en plus difficilement au fur et à mesure que les adversaires prennent la mesure l'un de l'autre. Le surplus d'entrées de zone en possession de rondelle obtenues par les Penguins s'obtient en effet au détriment des meilleurs éléments adverses, les forçant de manière toujours plus évidente à concéder la ligne bleue défensive.

 

Éventuellement, c'est le tandem Burns-Martin qui finit par casser, sous la pression de Crosby, mais, surtout, du trio de Kessel. À eux seuls, ils collent 15 chances de marquer à ce duo défensif, en plus de la dizaine collée par Crosby. Marc-Edouard Vlasic et Justin Braun accordent de leur côté à peine plus de chances (18) à la totalité de l'équipe adverse. Pourtant, appelés à jouer contre Crosby plus souvent qu'à leur tour, ceux-ci avaient une tâche d'autant plus ardue!

 

 

 

Je le souligne au passage : les deux graphiques ci-dessous montrent bel et bien que le trio de Crosby collait pas loin d'une chance à la minute contre le duo Burns-Martin!

C'est à mon sens la leçon la plus intéressante de cette série finale. Peu de défenseurs savent tenir le coup lorsqu'ils sont systématiquement opposés aux meilleurs éléments adverses. Les Sharks ont su, lors des rondes précédentes, contourner les carences défensives de Brent Burns et Paul Martin en les jumelant plus souvent qu'à leur tour au trio de Joe Thornton.

Cette combinaison faisait flèche de tout bois parce que Thornton, Pavelski et Hertl étaient capables de tenir la rondelle en zone adverse pour de très très longues périodes de temps. Quand bien même cette unité donnait beaucoup à l'adversaire si celui-ci réussissait à s'aventurer en zone des Sharks, on limitait les dégâts en réduisant ces occasions à la racine : la meilleure défensive, c'est l'attaque. Mais le trou laissé par Hertl n'a jamais été comblé. Celui-ci jouait un rôle bien particulier : plus que Thornton (trop lent et plus enclin aux mouvements étudiés en milieu de zone) et Pavelski (qui jouait le rôle d'appui défensif lors des transitions), le jeune tchèque jouait un rôle essentiel en échec avant.

L'efficacité remarquable démontrée par Hertl dans cette phase du jeu se traduisait par un grand nombre de rondelles libres récupérées en zone ennemie et on n'a jamais trouvé un attaquant susceptible de reproduire, ne serait-ce qu'imparfaitement, ce genre de contribution. On doit bien sûr reconnaître ici en partie l'effet du système défensif des Penguins, qui ramassaient systématiquement leurs attaquants en fond de zone défensive pour appuyer leurs défenseurs.

Mais le fait est que Joel Ward et Patrick Marleau ont été, sur leurs trios respectifs, les plus efficaces à récupérer des rondelles libres en échec avant, et ce autant en finale qu'en demi-finale. En donnant ce rôle à Karlsson, Couture ou même Donskoi, on désarmait le deuxième trio sans pour autant donner à Pavelski et Thornton ce qui leur manquait.

Il est probablement injuste de regarder tout ça à rebours pour relever un seul aspect en particulier et d'en conclure « voici où on a erré ». Cette série fut remarquablement serrée (merci à Martin Jones, quand même), mais on ne peut ignorer le fait qu'au bout du compte, si les Penguins ont su transformer en faiblesse ce qui, à l'orée de l'affrontement, semblait être la plus grande force de leur adversaire, c'est que les Sharks n'ont jamais réussi à redonner à quatre des cinq joueurs concernés l'élan qu'ils avaient su maintenir contre une suite d'adversaires extrêmement coriaces. On a peut-être, à San Jose, sous-estimé Hertl à défaut de sous-estimer l'adversaire.

 

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