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Bouchard : La traversée du désert chez l'Avalanche

Le directeur général Joe Sakic pourrait être contraint de retenir l'attaquant Matt Duchene en espérant que ce dernier rebondira cette saison

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Le directeur général de l'Avalanche du Colorado Joe Sakic est ces jours-ci dans une situation qui doit, à plusieurs égards, lui rappeler le contexte de son arrivée dans la LNH, il y a près de 30 ans. Après sept participations consécutives aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley, les Nordiques de Québec ont raté le tournoi printanier lors de six des sept saisons suivantes. Sakic, arrivé en 1988-89 dans le grand circuit, a dû attendre cinq ans avant de participer aux séries et n'a franchi la première ronde que huit ans plus tard, lors de la première saison jouée au Colorado (la Coupe Stanley gagnée ce printemps-là a probablement pansé bien des plaies).

L'Avalanche a l'an dernier manqué les séries pour la sixième fois en sept ans et, après deux saisons de 39 victoires, le club a coulé corps et biens, n'obtenant que 22 gains. Sakic rame désormais pour sortir l'équipe du tourbillon, mais rien ne semble passer. En gros, on semble être coincé dans un cercle vicieux depuis le départ du joueur de centre Paul Stastny en 2014. Ryan O'Reilly en 2015 et, si on en croit les rumeurs, Matt Duchene cet été s'en vont sous d'autres cieux sans qu'on puisse faire mieux que les remplacer. Certes, Nathan McKinnon a émergé comme le nouveau leader de l'équipe, et Tyson Jost s'annonce comme le prochain jeune joueur prometteur de la franchise, mais ces jeunes qui poussent remplissent simplement, dans le meilleur des cas, un trou laissé par un joueur qu'on a laissé partir dans la force de l'âge.

Et il semble bien que rien n'annonce un revirement de situation rapide. Si Matt Duchene est sur le marché et qu'il n'a toujours pas été échangé, on peut soupçonner que c'est parce qu'il n'attire tout simplement pas des offres intéressantes. Après avoir été excellent lors de sept de ses huit premières saisons, Duchene, 26 ans seulement, a encore beaucoup d'essence dans le réservoir, et ce malgré une campagne 2016-17 qu'il a achevée avec des statistiques officielles affreuses (41 points seulement et, surtout, un différentiel de moins-34). La tendance, si elle se maintient, est inquiétante : auteur, selon hockeyviz.com, de 1,6 point primaire (buts + passes menant directement à un but) par heure jouée à 5 contre 5 lors des trois dernières saisons, il se tenait dans le peloton des joueurs de premier trio. L'an dernier, sa production horaire dans cette situation a dramatiquement chuté jusqu'à 1,3 point. Le mouvement peut sembler insignifiant, mais elle le ramène au niveau des joueurs de troisième trio dans la LNH. De même, sa production en avantage numérique, qui n'a jamais été transcendante, a stagné en deçà du niveau des joueurs de deuxième vague, à 1,9 point primaire par heure jouée.

Duchene représente en quelque sorte le nœud du problème de l'Avalanche. Peu productif alors même qu'il est à l'âge où il devrait être à son zénith, il n'a plus que deux saisons à écouler à son actuel contrat, après quoi il sera libre de faire sauter la banque sur le marché des joueurs autonomes. Pire encore, il semble bien que la mauvaise saison de Duchene soit en partie le fait de la malchance.

Historiquement, l'Avalanche convertit 9 pour cent de ses tirs à 5 contre 5 en buts lorsque Duchene est sur la glace. L'an dernier, ce taux a chuté à 7 pour cent. Duchene a connu une autre saison difficile de ce genre il y a quelques années, lors de la campagne 2011-12. Il n'y a pas, selon moi, lieu de croire qu'il ne sera pas capable de rebondir une fois de plus.

De même, toujours à 5 contre 5, les gardiens de l'Avalanche ont historiquement arrêté 90,4 pour cent des tirs de l'adversaire en présence de Duchene. Encore ici, le score de l'an dernier est un des pires de sa carrière, à 87,7 pour cent. Et une fois de plus, l'évolution de cette statistique d'une année à l'autre laisse entendre que l'on n'est pas tant en présence d'un joueur dans la force de l'âge que d'un attaquant doublement malchanceux.

Cela ne fait pas de Duchene un joueur exceptionnel caché par les circonstances, un attaquant de concession qu'on ne doit jamais échanger. Mais on voit bien ce que cela peut avoir de disruptif pour les plans de Joe Sakic. S'il échange Duchene maintenant, il le fera assurément à un prix exagérément réduit.

Et l'Avalanche ne peut pas se permettre de faire ça. Avec seulement trois défenseurs ayant un contrat de la LNH pour l'an prochain, la brigade est effroyablement dégarnie. Tyson Barrie et Erik Johnson peuvent constituer une bonne fondation pour deux duos d'un top-4; tous deux droitiers, ils sont capables d'apporter une contribution dans toutes les phases du jeu. Mais on ne parle pas de Ryan Ellis et P.K. Subban. Leur présence ne permet pas d'assurer le jeu avec un joueur de qualité inférieure à leurs côtés. Cale Makar, fraîchement repêché, est extrêmement prometteur, mais il n'a que 18 ans et joue lui aussi à droite. Et on ne l'a pas encore mis sous contrat, ce qui implique qu'on ne cherche pas à l'amener dans le grand circuit dès l'an prochain.

Or, outre Barrie et Johnson, seul Mark Barberio est présentement sous contrat, alors que le jeune Nikita Zadorov passe encore des négociations de contrat avec le Colorado.

Si on échange Duchene, donc, ce doit idéalement être contre de jeunes défenseurs capables de jouer aux côtés de Barrie et Johnson et d'assurer la transition lorsque (si) Makar sera prêt à assumer un plus grand rôle. Ces jeunes défenseurs coûtent les yeux de la tête à acquérir et la meilleure monnaie d'échange dont dispose Sakic est dépréciée. Il semble donc que l'Avalanche, pour arriver à ses fins, doit envisager de commencer la saison avec une défensive raboudinée et espérer que Duchene reprendra du poil de la bête pour ensuite le vendre à gros prix en mars prochain. Vaste programme, qui suggère que la fin de la traversée du désert n'est présentement, pour l'Avalanche, qu'un simple mirage.

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