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Bouchard : La fin d'une époque à Boston

Malgré une apparente malchance, les Bruins ont décidé de congédier leur entraîneur Claude Julien

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Ça flotte dans l'air du temps depuis le printemps 2011 : Claude Julien a été congédié, cette semaine, par les Bruins de Boston. En plus de travailler pour un directeur général, Don Sweeney, qui ne l'a pas embauché (jamais bon signe), Julien se dirigeait vers une troisième saison consécutive sans participation aux séries éliminatoires. On l'a donc limogé.

Les Bruins ont connu leur part de hauts et de bas au cours des 10 dernières saisons, et l'équipe a vécu tour à tour les faveurs et les courroux de dame chance. Depuis 10 ans, les équipes de Julien ont eu des saisons plus ordinaires de la part de leurs gardiens, de leurs tireurs, et ce à forces égales comme sur les unités spéciales. Mais jamais on n'a vu les Bruins casser comme cette saison.

En gros, les gardiens ont sous-performé et les tireurs n'ont pas su profiter de leurs chances de marquer à 5-contre-5. Seule l'unité d'avantage numérique a surpassé les attentes, produisant 0,2 but de plus que prévu par match, ce qui ne compense certainement pas le 0,8 but perdu par match dans les autres phases du jeu.

Les données de la présente saison nous montrent que Claude Julien a été trahi par ce qui fût l'une des grandes forces de son équipe tout au long de son règne, les gardiens de but. Plus précisément, Tuukka Rask connaît une saison ordinaire et ses adjoints sont abominables : si on se base sur les formules du site corsica.hockey, ils ont, en 815 minutes de jeu, accordé 48 buts, contre 31 prévus. Au cours des 17 matchs auxquels ils ont participé, les adjoints de Rask ont donc accordé 17 buts en trop!

Peu d'équipes peuvent survivre à ce genre de contre-performances, mais le manque d'opportunisme des tireurs des Bruins à 5-contre-5 a coûté 23 buts. Julien est donc en grande partie victime des pourcentages.

Ces mêmes formules de buts prévus nous permettent de voir quelle part des buts une équipe devrait normalement obtenir et, sur ce point, les Bruins ont cette saison donné l'impression d'une forte progression. À 5-contre-5, les Bruins ont obtenu 45 pour cent des buts marqués, le septième pire score de la ligue, alors que leur taux prévu est de 56 pour cent, le meilleur de la ligue.

On congédie habituellement un entraîneur parce que l'on considère qu'un renouveau s'impose et que l'homme en place (souvent parce qu'il sent la soupe chaude) se base sur des joueurs établis, des vétérans qui ne le feront pas mal paraître en faisant des erreurs idiotes. Cette crispation des entraîneurs qui se sentent menacés est souvent délétère pour l'avenir de l'organisation parce qu'elle ralentit l'intégration des jeunes espoirs au noyau en place, mais aussi parce qu'elle empêche l'équipe de performer à son plein potentiel.

Or, les données que nous avons en main nous indiquent plutôt que Julien a surtout été malchanceux. Et l'intégration des jeunes joueurs était et demeurait, encore cette saison, l'un des traits forts de cet entraîneur.

Il est fascinant de voir à quel point Julien a, tout au long de son règne, fait confiance à des joueurs encore verts. Certes, il dispose d'un noyau solide dès son arrivée, mais sa volonté de pousser des jeunes dans les tâches importantes ne s'est jamais démentie. Une liste sommaire au fil des saisons témoigne à la fois de la qualité du repêchage de l'organisation, ainsi que de la volonté de son entraîneur de renouveler constamment son groupe de joueurs-clés.

En 2007-08, Phil Kessel (20 ans) et Dennis Wideman (24 ans) montent en grade. En 2008-09, David Krejci s'installe dans le top-9 et Milan Lucic, l'année suivante, prend place dans le top-6 avec Blake Wheeler. En 2010-11, Adam McQuaid, que Julien va développer patiemment pendant plusieurs saisons, apparaît régulièrement dans l'alignement. Surtout, Brad Marchand monte en grade, alors que Julien l'associe à Patrice Bergeron, un duo qui fait la pluie et le beau temps encore à ce jour. Tyler Seguin, quant à lui, obtient peu de temps de glace, mais systématiquement avec des joueurs de talent.

En 2011-12, Tyler Seguin monte en grade et Julien découvre à Benoit Pouliot des talents d'homme à tout faire. En 2012-13, Dougie Hamilton entre en scène, aux côtés de Zdeno Chara, rien de moins. 2013-14 est probablement la seule saison où Julien ne fait pas « monter » de joueurs dans son alignement. L'équipe, il faut le dire, obtient 54 victoires et 117 points. La machine est bien rodée. Quand même, soulignons l'intégration de Carl Soderberg, un vétéran de 27 ans de la Ligue élite de Suède.

Le plafond salarial va enrayer tout ça dès la saison suivante. Le départ de Johnny Boychuk ouvre la porte du top-4 à Torey Krug en 2014-15, saison que Ryan Spooner termine dans le top-6 et au cours de laquelle on voit David Pastrnak, 18 ans seulement, émerger sur le troisième trio.

Puis, la source semble se tarir. Outre Pastrnak, Krug et Spooner qui prennent du galon, la saison 2015-16 est difficile, avec la baisse de régime de Dennis Seidenberg et le départ de Dougie Hamilton. Cette saison, Pastrnak a explosé, mais seul Brandon Carlo, à son tour envoyé aux côtés de Chara, s'est imposé comme nouveau visage. Ce qui n'a pas empêché Julien de parier sur un autre jeune : l'entrée en scène de Frank Vatrano à la fin décembre correspond au moment où le temps de glace de David Backes diminue. Vatrano lui a tout simplement volé sa place dans le top-6.

Il est impossible de savoir pourquoi, exactement, un entraîneur perd son emploi. Mais dans le cas de Julien, pour peu que les Bruins soient au fait des indices encourageants montrés par l'équipe au cours de cette saison de misère, il semble qu'on ait décidé de profiter d'une séquence de malchance (et de contre-performances de joueurs, les gardiens substituts, sur qui Julien n'a aucun contrôle) pour faire maison nette.

La pression est forte sur Bruce Cassidy, mais il semble que la reconstruction, amorcée il y a trois ans, est maintenant sur le point d'arriver à terme. Il y a pire façon d'arriver dans la grande ligue.

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