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Bouchard : La course au trophée Norris

Notre chroniqueur explique que l'écart entre Karlsson et les autres finalistes n'est pas aussi massif qu'on pourrait le croire

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Drew Doughty, Erik Karlsson et Brent Burns ont été désignés cette semaine comme finalistes pour l'obtention du trophée Norris. Si les trois candidats ont connu des saisons remarquables, il est évident, lorsqu'on regarde les données d'un peu plus près, que les deux premiers se démarquent sensiblement. Si, à mon sens, Karlsson est le plus méritant, le fait est que son avantage sur Drew Doughty n'est pas aussi massif qu'on pourrait le croire.

Pourtant, Doughty est d'emblée celui qui semble désavantagé, parce qu'il n'a obtenu que 51 points, contre 73 par Burns et 82 par Karlsson. En termes relatifs, le désavantage de points de Doughty se constate à forces égales, où il n'obtient que 18 points, contre 34 pour Bruns et 45 pour Karlsson.

Pire, la moitié de ses points sont des deuxièmes passes, qui sont essentiellement le fruit de la qualité des coéquipiers, du hasard et du temps de jeu obtenu.

Cette faible quantité de points « primaires » a pour conséquence que Doughty n'a participé qu'à 15 pour cent des buts de son équipe, une baisse marquée par rapport à son taux en carrière, qui était jusque là de 25 pour cent. Erik Karlsson, lui, a obtenu des points primaires sur 38 pour cent des buts de son équipe à 5-contre-5, une saison remarquable même par rapport à son taux en carrière de 33 pour cent. Brent Burns, qui a pourtant passé une partie de sa carrière à l'attaque, a quant à lui obtenu des points primaires sur 30 pour cent des buts marqués par son équipe à 5-contre-5 au fil des ans. Son score de 40 pour cent cette saison est carrément sensationnel.

Mais les points ne peuvent être la seule mesure de l'excellence d'un défenseur. Premièrement, Hockeyviz.com nous rappelle que Brent Burns a tout au long de la saison été accompagné du sous-estimé Paul Martin, alors que Drew Doughty a essentiellement joué avec Brayden McNabb. Erik Karlsson a eu comme principal compagnon Marc Methot, un défenseur largement supérieur à McNabb, mais inférieur à Martin, du moins à forces égales.

Là où les choses deviennent vraiment intéressantes, c'est lorsqu'on regarde avec quels attaquants ces défenseurs ont principalement été déployés. J'ai sélectionné trois attaquants représentant les pierres angulaires des deux premiers trios des équipes de ces joueurs (en utilisant notamment les graphiques de déploiement du susmentionné hockeyviz.com). Je voulais des joueurs à l'impact manifeste sur le taux de possession qui avaient joué la grande majorité des matchs de leur équipe.

Pour les Sharks, j'ai sélectionné Joe Thornton, Joe Pavelski et Patrick Marleau. Pour les Kings, Jeff Carter, Anze Kopitar et Tyler Toffoli. Pour les Sénateurs, Mark Stone, Mika Zibanejad et Kyle Turris. À noter que j'ai un peu triché avec Turris, qui a manqué la fin de la saison de son équipe.

La première chose qui ressort lorsqu'on regarde le temps de jeu de ces joueurs en fonction de leur association aux meilleurs attaquants de l'équipe, c'est à quel point, en termes relatifs, Doughty n'est pas aussi favorisé que les deux autres. C'est à peine si ces attaquants sont présents plus souvent lorsqu'il est sur la glace, alors que pour Burns et Karlsson, l'association aux meilleurs éléments de l'équipe est systématique.

Si Doughty semble désavantagé au jeu de la qualité des coéquipiers, on doit garder à l'esprit que son équipe est, de manière générale, la meilleure à forces égales. Entendre par là qu'il est moins désavantageux de ne pas jouer avec un des deux premiers trios pour Doughty que pour Brent Burns et, surtout, que pour Erik Karlsson. En fait, cette comparaison est surtout désavantageuse pour Burns, qui joue lui aussi pour une des meilleures formations de la ligue.

Lorsqu'on regarde l'impact que ces défenseurs ont par rapport au reste de leur équipe en terme de tirs obtenus, Karlsson se démarque plus clairement. En gros, le différentiel de tirs par heure jouée augmente de 5 à 15 tirs lorsque le Suédois est sur la glace. Pour Burns, l'effet positif se fait essentiellement sentir lorsque deux attaquants de pointe sont avec lui sur la glace (surtout Pavelski et Thornton, qui forment un trio avec Tomas Hertl) alors que Doughty a un impact positif clair, sauf quand deux des trois meilleurs attaquants du club sont réunis!

Un dernier élément important à considérer pour bien mesurer le contexte dans lequel ces joueurs ont eu à travailler se retrouve du côté du temps de jeu obtenu en fonction du score. Il est normal qu'on les retrouve moins souvent sur la glace lorsque le match est hors de portée (pour ou contre l'équipe), mais lorsqu'on cherche à protéger une avance ou à créer l'égalité, que se passe-t-il? Je me suis surtout intéressé à la dernière tranche de cinq minutes de jeu de chaque match, où cet effet est particulièrement important.

Burns joue moins que les deux autres et on voit que cette moindre importance (ça reste relatif) se répercute dans toutes les phases de jeu.

Ce que le graphique ci-dessus illustre surtout, c'est l'extraordinaire importance de Karlsson et Doughty pour leur équipe respective. Et encore, Karlsson, qui n'a pas la réputation d'un pro de la défensive, est aussi utilisé que Doughty pour protéger une avance serrée (d'un seul but) dans les cinq dernières minutes. Lorsqu'on cherche à combler l'écart ou encore à briser l'égalité, il est en fait légèrement plus utilisé que Doughty.

Et dans ces différents contextes, quel est l'impact de ces défenseurs?

L'impact de Karlsson est encore ici extrêmement important et, fait à noter, dépasse surtout celui de Doughty lorsque le score est égal en fin de match. Sans lui, les Sénateurs n'ont aucune chance, alors que les Kings semblent au contraire en mesure de tenir le coup sans Doughty.

Si Brent Burns n'est pas un bête spécialiste de l'avantage numérique, le fait est que son rôle n'est pas aussi prédominant que celui des deux autres. Quant à Doughty, son importance considérable sur le plan du jeu de possession de rondelle dans toutes les situations ne compense pas son manque évident de production offensive, surtout à forces égales. Sachant qu'il n'est pas, même historiquement, dans la même classe que les deux autres, on ne peut excuser celle-ci par une saison malchanceuse.

C'est pourquoi l'exceptionnelle contribution offensive d'Erik Karlsson, dans un contexte défensif qui est similaire à celui d'un olympien réputé pour sa polyvalence comme Doughty, fait qu'il se démarque à mes yeux.

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