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Bouchard : Kings contre Sharks, un duel révélateur

Notre chroniqueur analyse l'utilisation du personnel des deux équipes

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

C'est un duel à finir et, après trois matchs, les Kings de Los Angeles et les Sharks de San Jose nous montrent graduellement leurs faiblesses respectives. Pour tout dire, il semble bien qu'à moins de miracles à répétition de Jonathan Quick, les Sharks aient manifestement l'avantage de la série.

Du côté des brigades défensives

Chez les Kings, on a dû faire avec les solutions de rechange dès le deuxième match. Après avoir terminé la première rencontre avec un différentiel de tirs de -11 à 5-contre-5, Alec Martinez a été retiré de l'alignement au profit de Jamie McBain. Ce dernier, jumelé au vétéran Rob Scuderi, donne aux Kings une troisième paire de défenseurs qu'on cherche manifestement à tenir loin des ennuis.

Ce petit virage donne une idée de ce que pense Darryl Sutter de la hiérarchie des trios des Sharks. On voit en effet son troisième duo jouer principalement contre Patrick Marleau, Melker Karlsson et Matt Nieto, ou encore contre Nick Spaling, Chris Tierney et Tommy Wingels. Et encore, peu ou pas de mises en zone défensive et on ne les voit jamais braqués « durement » contre qui que ce soit, ces trios restant malgré tout plus exposés aux deux premières paires défensives des Kings qu'à la troisième unité.

On comprend donc que Sutter mise tout, absolument tout sur ses deux premières paires défensives. Jake Muzzin et Luke Schenn sont assignés à la couverture du top-6, alors que Drew Doughty travaille plutôt avec deux partenaires. S'il a passé plus de temps avec Brayden McNabb sur trois matchs, Rob Scuderi est devenu son principal associé dans le troisième match, notamment lorsque le trio de Joe Thornton est sur la glace. Ça n'est pas nécessairement l'idéal. Doughty et Scuderi n'ont pas réussi à aider leur équipe à aller chercher l'avantage aux tirs

Le contraste est net avec les saisons précédentes. La principale faiblesse des Kings, c'est donc le manque d'équilibre de la défensive, qui fait qu'on se retrouve incapable de donner à Doughty un partenaire capable de l'aider à pousser le jeu du bon bord pour au moins 15 minutes par match. C'est pourquoi les Sharks ne sont probablement pas inquiets de le voir encore et toujours assigné à couvrir Thornton. Si formidable soit le numéro 8, il est souvent paralysé par le manque d'appui de son compagnon de duo.

C'est plus simple du côté des Sharks. Marc-Edouard Vlasic et Justin Braun ont peiné à garder la tête hors de l'eau lors des deux matchs à Los Angeles, avant de prendre le dessus lors du troisième match. Au fil des trois duels, en jouant 46 pour cent du temps à 5-contre-5 contre Anze Kopitar et 32 pour cent contre Jeff Carter, Vlasic et Braun affichent des différentiels de tirs de -3, -4 et +7. Paul Martin et Brent Burns, qui jouent quant à eux un peu moins contre Kopitar (32 pour cent de leur temps), mais tout autant contre Carter (33 pour cent), affichent des différentiels de +3, -2 et +10 au fil de la série.

C'est lorsque Roman Polak et Brenden Dillon mettent le patin sur la glace que les choses se gâtent. Quand bien même on les isole de Kopitar et Carter (8 pour cent de leur temps de jeu contre l'un ou l'autre), les différentiels sont gênants : +1, -10 et -8. Et dans le troisième match, c'est l'unité composée de Vincent Lecavalier, Dustin Brown et Tanner Pearson qui a réussi à les enfoncer (-7 aux tirs, un but accordé).

Si Sutter manque d'éléments pour contrer les meilleurs des Sharks, il semble bien que le troisième duo de San Jose ne soit pas capable de tenir le coup contre le fond d'alignement des Kings.

Du côté des attaquants

Les quatre trios les plus utilisés des Sharks ont accaparé 78 pour cent du temps de jeu à 5-contre-5. Du côté des Kings, les quatre unités les plus fréquemment utilisées ont gobé… 32 pour cent du temps de glace total de l'équipe! Darryl Sutter est un fanatique de la moulinette, disons-le d'emblée.

Dans toutes ces séquences de moulinette, les Kings vont chercher leur avantage dans les trios construits autour de Tanner Pearson. Outre son association fructueuse avec Lecavalier et Brown dans le troisième match, il a aussi fait la pluie et le beau temps en compagnie de Tyler Toffoli et Jeff Carter. Au-delà des confrontations contre les trios adverses, c'est lorsqu'on réussit à sortir Pearson contre la troisième paire défensive des Sharks que l'avantage des Kings se manifeste.

C'est dire, dans ce contexte, l'audace du pari de Sutter. À domicile, fort du dernier changement, il a fait et gagné le pari d'accompagner Pearson de deux vétérans franchement moins efficace. Le numéro 70 tire suffisamment fort sur l'attelage pour permettre aux deux autres de suivre le rythme.

Du côté des Sharks, il semble que ce soit surtout une question d'éviter un croisement précis : lorsque le tandem Dillon-Polak se retrouve sur la glace en compagnie du trio de Karlsson, de très mauvaises choses surviennent. Autrement, les Kings n'ont pas suffisamment de munitions pour menacer constamment San Jose. Des joueurs comme Toffoli, Kopitar et Carter sont exceptionnels et, par conséquent, capables de donner des buts à leur équipe même s'ils sont dans une position de faiblesse, mais on comprendra que la marge d'erreur, du moins à forces égales, est plus grande pour les Sharks. Le nombre de pièges à éviter est tout simplement moins grand.

De la discipline

Les Kings ont gagné le troisième match là où, justement, ils risquent de tout perdre s'ils continuent comme ça, soit sur le plan de la discipline. Les hommes de Sutter prennent de plus en plus de pénalités et, s'ils ont jusqu'à présent obtenu plus de buts en avantage numérique, ne sont pas moins en train de jouer avec le feu. L'avantage numérique des Sharks n'a aucun problème à obtenir des chances de marquer (50 tentatives de tirs en un peu moins de 16 minutes de jeu à 5-contre-4, c'est énorme!) et la discipline des Kings va en empirant au fil de la série. Jonathan Quick ne pourra monter la garde éternellement.

 

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