Skip to main content

Bouchard : Un point tournant pour les Hurricanes ?

Une séquence victorieuse de cinq matchs suggère que des meilleurs jours sont à venir en Caroline

par Olivier Bouchard / Chroniqueur LNH.com

On l'oublie parce que les Oilers d'Edmonton sont, sur ce point, les champions incontestés, mais les Hurricanes de la Caroline n'en finissent plus de finir leur traversée du désert, ayant manqué les séries éliminatoires de la Coupe Stanley à chaque saison depuis 2009. La récente série de cinq victoires, avant la défaite de 2-1 contre les Canadiens de Montréal jeudi soir au Centre Bell, annonce-t-elle enfin des jours meilleurs?

 

On voit bien, depuis quelques saisons, des signes encourageants. La saison passée, le club a obtenu plus de tirs vers le filet qu'il n'en a concédé pour la troisième campagne consécutive. Mais c'était aussi la quatrième saison consécutive au cours de laquelle cette équipe obtenait à 5 contre 5 un taux de conversion inférieur à 7 pour cent.

Dans une ligue où ce taux oscille en moyenne autour de 8 pour cent, c'est un déficit énorme qu'on creuse année après année. Les Hurricanes sont depuis un bon moment déjà un groupe discipliné et efficace, mais manifestement mal pourvu en talent.

Or, il semble qu'on soit enfin sur le point d'assembler un noyau de joueurs capables de faire parler la poudre à l'intérieur de cette structure efficace. Certains noms sont bien connus : Jordan Staal, meneur de jeu suite au départ de son frère Eric; Ron Hainsey, qui s'est mine de rien fait une niche comme défenseur de top-4 versatile et efficace; mais aussi de jeunes vétérans, notamment l'attaquant Jeff Skinner (enfin en santé) et le défenseur Justin Faulk.

Vient ensuite une fournée de jeunes (à peine moins âgés que Skinner et Faulk…) qui s'imposent tranquillement. Outre Noah Hanifin, que tous observent avec attention, mais qui n'a que 20 ans, Jaccob Slavin et Brett Pesce s'imposent en défensive, alors qu'à l'attaque Sebastian Aho et Tuevo Teravainen apportent un réel influx de talent.

On s'inquiète bien du mauvais début de saison d'Elias Lindholm, mais je pense qu'on a tort de s'en faire. Lindholm obtient, comme par le passé, un peu plus de deux tirs par match, mais ne convertit que 3 pour cent de ses tentatives, alors qu'il affiche en carrière un taux supérieur à 8 pour cent. Si on croise ce constat avec le fait qu'il aide son club à obtenir 55 pour cent des tirs lorsqu'il est sur la glace, on comprend que les dés vont bientôt recommencer à rouler pour lui. Lindholm a marqué son deuxième but en trois matchs contre les Canadiens, et a obtenu un point dans quatre matchs de suite. S'agit d'être patient.

Mais, trêve d'observations individuelles, revenons à un portrait plus global des performances de l'équipe.

Les Hurricanes continuent à s'affirmer à 5 contre 5. Sur une moyenne de cinq matchs, on constate même une amélioration notable du taux de possession, principalement grâce à une amélioration dramatique du nombre de tirs obtenus (les statistiques n'incluent pas le match de jeudi contre Montréal).

C'est moins glorieux sur les unités spéciales, alors qu'au volume, l'unité de désavantage numérique affiche un différentiel de tirs concédés supérieur à celui obtenu en avantage numérique. On note un resserrement, à partir du dixième match, de l'écart entre les deux, mais l'adversaire garde l'avantage.

C'est lorsqu'on observe les taux de conversion, bête noire historique de cette formation, que la présente séquence s'explique un peu mieux. Sur les unités spéciales, les gardiens des Hurricanes sont, depuis dix matchs, sur une séquence torride. Avant le match joué contre les Canadiens, les Hurricanes en étaient à 10 matchs de file sans avoir concédé de but en désavantage numérique ! De même, en avantage numérique les choses s'animent et l'équipe affiche dans la même période un taux de conversion largement supérieur à la moyenne de la LNH.

 On constate une même tendance dans les performances des gardiens des Hurricanes à forces égales. Leurs adversaires ne parviennent plus à convertir à un taux égal à celui de la LNH, alors que les attaquants de la Caroline sont à peu près (si on n'est pas trop pointilleux) sur la moyenne. Ça n'est pas glorieux, mais parce que le club obtient 53 pour cent des tirs, c'est largement suffisant.

La question est de savoir ce qui, dans tout ça, constitue un réel acquis. Je souligne deux éléments. À l'attaque, on enlève beaucoup de minutes à Joakim Nordstrom pour les donner à Teravainen. Nordstrom n'est pas un pied de céleri, mais il obtient depuis le début de sa carrière une moyenne 1,25 tir par match, alors que Teravainen, de deux ans son cadet, en a obtenu 1,75.

Mais c'est en défensive que quelque chose de majeur est survenu. On s'est, depuis quelques années maintenant, essentiellement appuyé sur une ribambelle de vétérans pour appuyer l'émergence de Faulk. Ce dernier continue à jouer des minutes de « top-4 » en compagnie de Hainsey.

Mais ils sont désormais accompagnés, pour ne pas dire supplantés par le tandem de Pesce et Slavin. Ces deux joueurs, selon mes propres calculs, passent un peu plus de temps contre les top-6 adverses que Hainsey et Faulk, aident leur club à générer un nombre similaire de tirs vers le filet (57 à l'heure, contre 59 pour les deux vétérans) et concèdent 10 tirs de moins par heure (43 contre 53). Tout ça en disputant autant de mises en zone défensives que leurs collègues.

Sachant que Hanifin n'a pas encore réellement émergé (les signes sont là), que Faulk n'a que 24 ans et que Pesce et Slavin ont 22 ans, on peut croire que cette brigade défensive ne fait que commencer à s'établir. Impact immédiat : Cam Ward, gardien moyen s'il en est un, n'est désormais plus laissé à lui-même une fois la première paire de défenseurs retournée au banc.

Même si Hanifin ne devient jamais une étoile, les signes sont plus que prometteurs. Sa production offensive a augmenté par rapport à l'an dernier (il obtient presque un point aux deux matchs). Et il a probablement encore deux bonnes années à faire ses classes avant qu'on ne sache ce qu'il a vraiment dans le ventre sur le plan défensif. Entre cette progression et le fait que les trois autres sont bien établis, il n'a pas besoin de devenir le prochain Drew Doughty pour s'installer de plein droit dans ce top-4 et en faire une unité largement supérieure à la moyenne.

L'émergence de Teravainen et Aho va-t-elle suffire à pousser les taux de conversion de l'équipe vers les moyennes de la LNH? Ça reste à voir. Mais il me semble clair qu'on est enfin arrivé à assembler une fondation saine et durable en défensive. Si Ward est capable de profiter de ce soutien accru pour approcher sa propre contribution de la moyenne de la ligue, les Hurricanes pourraient enfin venir à bout de cette interminable traversée du désert.

 

 

 

En voir plus