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Atkinson joue du gros hockey malgré sa petite taille

L'attaquant de 5 pieds 8 pouces des Blue Jackets mise sur ses habiletés plutôt que sa taille pour exceller

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Journaliste NHL.com

Cam Atkinson admire son ami et mentor Martin St-Louis. Durant la saison morte au Connecticut, ils jouent au golf ensemble… ou plutôt l'un contre l'autre. Quand Atkinson s'est fiancé l'été dernier, St-Louis a organisé une fête. Atkinson et St-Louis ont rivalisé d'adresse pour voir qui allait réussir le prochain coup à la table de billard - et ils ont cherché à savoir qui était le plus grand des deux.

Qui l'a emporté ?

« Vous savez quoi ?, a lancé le père d'Atkinson, Tom, en riant. Ils sont très proches. »

Selon leurs données biographiques officielles, ils mesurent tous les deux 5 pieds 8 pouces. Et sur la glace, ils ont tous deux élevé leur niveau de jeu au-delà des attentes en raison de leur talent et de leur détermination.

St-Louis n'a jamais été repêché mais il a disputé 16 saisons dans la LNH à l'aile droite, remportant la Coupe Stanley, le trophée Hart en tant que joueur le plus utile à son équipe dans la Ligue, ainsi que deux championnats des marqueurs avec le Lightning de Tampa Bay. Maintenant âgé de 41 ans, il verra son no 26 être retiré par le Lightning avant le match que Tampa Bay disputera aux Blue Jackets de Columbus, vendredi au Amalie Arena (20h HE ; TVA Sports, SN, SUN, FS-O).

Atkinson, qui a été réclamé au sixième tour (157e au total) du repêchage 2008 de la LNH, en est à sa sixième saison au poste d'ailier droit avec les Blue Jackets. L'athlète de 27 ans a 40 points (20 buts, 20 aides) en 40 matchs ; à ce rythme, il se retrouverait avec 41 buts et 82 points en fin de campagne, ce qui lui permettrait de faire voler en éclats ses sommets personnels de 27 filets et 53 points.

Avant les matchs de jeudi, il était au sixième rang de buteurs de la Ligue, à égalité avec l'attaquant des Blues de St. Louis Vladimir Tarasenko. Ses neuf buts en avantage numérique lui donnaient une égalité au premier rang dans la LNH, en compagnie du capitaine des Penguins de Pittsburgh Sidney Crosby et de l'attaquant des Flyers de Philadelphie Brayden Schenn. Ses deux buts en désavantage numérique lui valaient une égalité avec 14 autres joueurs au premier rang.

Il a le même entraîneur personnel que St-Louis avait avant, Ben Prentiss. L'entraîneur de son équipe est le même que St-Louis avait quand il a commencé à faire sa marque à Tampa Bay, soit John Tortorella.

« Il a travaillé extrêmement fort et il mérite ce qui lui arrive, a écrit St-Louis dans un message texte. Il a trouvé un entraîneur qui comprend le hockey et il a atteint un niveau supérieur. »

Comme St-Louis, Atkinson a dû faire la preuve qu'il pouvait rivaliser avec des plus grands que lui dans les rangs juvéniles. Comme son mentor, il a joué pour une université américaine (St-Louis est allé à l'Université du Vermont et lui, à Boston College), a passé du temps dans les ligues mineures au début de sa carrière dans les rangs professionnels et il joue avec détermination et confiance, comme s'il cherchait à montrer à tout le monde que les dépisteurs avaient tort de le sous-estimer.

« Après tout, j'ai été le troisième choix… au sixième tour », a lancé Atkinson, s'arrêtant quelques secondes entre les deux parties de sa phrase pour amplifier l'effet de sa boutade. « C'est ce que je dis aux gens. »

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Il s'est mis à rire.

« C'est vrai que je suis comme ça, a reconnu Atkinson. Dans toutes les catégories d'âge, à tous les niveaux où j'ai joué, tout le monde me disait que je ne réussirais pas à aller plus loin. Ç'a nourri le feu, c'est certain. Et, évidemment, quand tu es plus petit que les autres, il doit y avoir un peu d'arrogance dans ton jeu. C'est ce qui a fait de moi la personne et le joueur que je suis aujourd'hui. »

Les doutes à l'endroit d'Atkinson ne sont pas un mensonge. Son père a raconté que son fils était « de loin le plus petit enfant, toujours, partout où il allait ». Ses adversaires lui lançaient des insultes, le ciblaient physiquement. S'il n'a été repêché qu'au sixième tour, c'est qu'il y avait une raison.

« Tout ça, c'est pas mal en raison de sa petite taille », a reconnu le directeur général des Blue Jackets Jarmo Kekalainen, qui était adjoint au d.g. et directeur du dépistage amateur chez les Blues quand Atkinson a été repêché. « C'est pour ça que certains très bons joueurs sont moins bien classés. Tu n'es jamais certain s'ils vont être capables de bien gérer les gros gaillards, la circulation lourde et le jeu robuste dans la LNH. »

Atkinson a toutefois été un joueur de premier plan à tous les niveaux. Son père, qui est originaire de Vancouver et a joué dans les rangs juniors, l'a dirigé et l'a fait travailler avec des spécialistes en patinage et en habiletés techniques, sachant qu'il allait quand même devoir être plus intelligent, plus fort et plus rapide que ses rivaux.

Atkinson a disputé son hockey dans les rangs juvéniles avec et contre des enfants qui allaient ensuite accéder à la LNH. Il a souvent joué dans une catégorie d'âge supérieure à la sienne. Il a souvent voyagé au Canada pour prendre part à des tournois. Il a notamment joué pour l'équipe de son école secondaire à Avon Old Farms à Avon, au Connecticut, qui a développé des joueurs tels que le membre du Temple de la renommée Brian Leetch et le gardien des Kings de Los Angeles Jonathan Quick. L'attaquant des Penguins de Pittsburgh Nick Bonino a été un de ses coéquipiers.

C'était évident qu'il était bourré de talent.

« J'ai beaucoup joué contre lui et j'ai joué avec lui durant ma jeunesse, dans des équipes d'été, des choses comme ça, a fait savoir son coéquipier chez les Blue Jackets Sam Gagner. Il a toujours eu le sens du but. Il sait comment se libérer de son opposant et trouver les espaces libres. »

Son ardeur au travail ne faisait pas de doute non plus.

« Je suis certain que des gens doutaient de lui en raison de sa taille, mais ils ne faisaient pas partie de notre personnel, a affirmé l'entraîneur associé de Boston College Greg Brown. Il était tellement affamé, il voulait tellement exceller. Je crois que c'est son attitude et sa volonté de tout faire ce qu'il fallait faire qui nous a fait croire en lui. Je crois que c'est naturel chez lui de vouloir travailler aussi fort. »

Atkinson a mené la NCAA pour les buts (30) à sa deuxième saison, en 2009-10, et il a pris le deuxième rang avec 31 filets à sa troisième campagne en 2010-11, quand il été nommé finaliste pour le trophée Hobey Baker, remis au joueur de hockey de l'année dans les rangs universitaires. Mais ses réalisations vont bien au-delà de tout ça.

« Il se replie toujours, il patine toujours d'une ligne de but à l'autre pour rattraper un opposant, a dit Brown. Il y a bien des marqueurs à ce niveau-ci qui ne font pas ça. Mais ça faisait partie de son identité. Tu n'avais pas besoin de lui dire de le faire. Il s'apercevait qu'on avait besoin de lui en repli et il donnait tout pour aider l'équipe de cette manière. Son désir de gagner et sa détermination à exceller nous a convaincus ; nous nous disions que pas tous les joueurs de cinq pieds huit pouces se rendent jusqu'en haut, mais s'ils y en a qui y arrivent, il y a de bonnes chances qu'il fasse partie de ce groupe. »

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Dans la Ligue américaine de hockey, Atkinson a récolté 87 points (49 buts, 38 aides) en 89 matchs disputés sur l'ensemble de trois saisons avec Springfield. Une fois installé dans la LNH, il a fait preuve d'une belle constance et il a sans cesse amélioré ses statistiques au fil des trois dernières saisons : il a totalisé 21 buts et 40 points en 2013-14; 22 et 40 en 2014-15; 27 et 53 l'hiver dernier.

Il s'est entraîné très fort avec Prentiss durant l'été et il a suivi un régime alimentaire très strict.

« Je ne crois pas qu'il va laisser sa taille être un obstacle, a noté Kekalainen. Il est bâti solide. Il est rapide. Il est vif. Il est bon à un contre un. Il peut se défaire d'une couverture serrée. Mais d'abord et avant tout, je crois qu'il est bâti de la bonne façon pour un joueur de petite taille, il est assez explosif pour être capable de se détacher d'un opposant. »

Atkinson a eu maille à partir avec l'entraîneur Todd Richards quand les Blue Jackets ont connu des difficultés au début de la saison dernière. Il a été rayé de l'alignement lors du septième match ; Richards a ensuite été remplacé par Tortorella après que Columbus eut subi un septième revers en autant de matchs pour amorcer la campagne.

« Quand Torts s'est amené, Cam a appelé Martin et Martin lui a dit, 'Il va t'adorer. Continue de jouer comme tu joues et ce gars-là va te récompenser pour ton travail acharné', a raconté le père d'Atkinson. Et effectivement, par la suite les gens se demandaient, 'Comment tu fais pour t'entendre avec ce gars-là ?' Et Cam leur répondait, 'Je n'ai jamais eu de meilleur entraîneur'. »

L'éclosion d'Atkinson est attribuable à trois facteurs.

Premièrement, Tortorella l'a utilisé plus que jamais et ce, à toutes les sauces.

« J'adore ça, a lancé Atkinson. Il croit en moi, il me fait confiance. Donc ça va dans les deux sens. Je dois lui rendre la pareille. Je dois être prêt à livrer la marchandise. »

Deuxièmement, Tortorella et son adjoint Brad Larsen, qui a dirigé Atkinson dans les ligues mineures, l'ont placé dans le cercle gauche des mises en jeu, plutôt qu'au milieu de la patinoire, pendant les avantages numériques. C'est là qu'Atkinson avait l'habitude, dans les rangs juvéniles et universitaires, d'exploiter son tir en tant que droitier pour tirer sur réception et mettre à profit son sens du hockey pour trouver des espaces libres ; et voilà qu'il peut enfin faire la même chose dans la LNH.

Atkinson a contribué aux succès, et il a aussi bénéficié de l'efficacité du jeu de puissance des Blue Jackets, le premier dans la Ligue avant les matchs de jeudi (25,8 pour cent).

Troisièmement, Tortorella a trouvé le bon équilibre dans sa façon de gérer Atkinson, c'est-à-dire en lui témoignant de la confiance sans toutefois lui laisser prendre ses aises. Et ce, pour éviter qu'il devienne trop arrogant et qu'il se satisfasse trop vite, et pour s'assurer qu'il se concentre sur sa préparation et continue de s'améliorer.

« Je crois qu'il commence à comprendre », a indiqué Tortorella, en mettant l'emphase sur le mot 'commence'.

« Je crois que parfois, quand ça va bien pour lui, il oublie de faire certaines choses avant un match. Il n'est pas bon à ce point qu'il puisse se le permettre. C'est un très bon joueur quand il est à son affaire, et je crois qu'il y en a encore plus à aller chercher chez lui. Je crois qu'il peut être encore meilleur et c'est ça qu'il doit garder en tête.

« Il se trouve dans une situation où il commence à avoir une certaine reconnaissance. Il a fait preuve de constance. Maintenant, il a des responsabilités plus lourdes, il a l'obligation d'être meilleur, parce que c'est comme ça que ça fonctionne pour les joueurs appelés à devenir très bons dans cette ligue. Il est rendu à ce stade, je pense. »

Le message semble passer. La question qui demeure, c'est : jusqu'à quel point Atkinson peut-il s'améliorer ?

« J'ai toujours su et cru que je pouvais être ce genre de joueur, a dit Atkinson. Mais les meilleurs joueurs au monde le font régulièrement. C'est ce que j'essaie de faire. »

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