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Site officiel des Canadiens de Montréal

Une victoire historique

par Staff Writer / Montréal Canadiens

MONTRÉAL – Il y a vingt ans aujourd’hui, Michel Therrien, Francis Bouillon et les Prédateurs de Granby écrivaient une page d’histoire du hockey junior québécois.

[De gauche à droite] Michel Therrien, Francis Bouillon, Georges et Jean-Claude Morrissette ont raflé tous les honneurs avec les Prédateurs de Granby en 1995-1996. (© Archives - LHJMQ)

Après avoir pris contrôle des Bisons de Granby dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) au terme de la saison 1994-1995, Jean-Claude et Georges Morrissette entreprirent de changer complètement l’image de l’équipe. D’abord en changeant le nom et les couleurs de l’équipe et ensuite en amenant à la barre de leur club l’entraîneur-chef qu’ils avaient embauché quelques années plus tôt avec le Titan de Laval, Michel Therrien.

Therrien n’est pas arrivé seul en provenance de la Rive nord de Montréal puisque quelques-uns de ses joueurs l’ont suivi, avec en tête Francis Bouillon. Le connaissant déjà depuis quelques années, Therrien n’a pas hésité longtemps avant de choisir son défenseur de 20 ans comme capitaine de sa nouvelle formation. Mais c’est lors d’une rencontre avant le début du camp d’entraînement que le fougueux entraîneur lui a donné un objectif précis. Et cette discussion, Bouillon s’en souvient encore très bien aujourd’hui – elle l’avait d’ailleurs ébranlé sur le coup.

« Michel m’a dit : ‘Frank, tu vas être mon capitaine et tu vas être le premier depuis Guy Lafleur à ramener la coupe Memorial au Québec.’ C’était un moment très spécial et touchant. En me disant ça, il me disait qu’il avait confiance en moi et qu’on avait un défi à relever ensemble. Ça va rester gravé dans ma mémoire pour le reste de ma vie », raconte Bouillon, qui a côtoyé Therrien durant ses quatre saisons dans la LHJMQ, avant de le retrouver dans l’AHL à Fredericton et Québec et éventuellement dans la LNH à Montréal. « C’était tout un vote de confiance. Il m’a surpris en disant ça. J’étais un leader avec le Titan et quand je suis arrivé à Granby, j’étais un vétéran de 20 ans. Il savait qu’il y avait beaucoup de talent à Granby, mais il voulait amener une attitude gagnante, l’attitude que nous avions à Laval. La grosse force à Michel est qu’il est tout un motivateur. C’est pourquoi il a toujours été à la tête d’équipes gagnantes. »

Comptant déjà sur une formation talentueuse, les Prédateurs ont effectué de nombreuses transactions au cours du calendrier régulier pour se renforcir davantage – faisant l’acquisition notamment des futurs portes-couleurs du Tricolore Georges Laraque et Benoit Gratton. Ces nouveaux éléments se sont rapidement intégrés à leur environnement et ont permis à leur club de mettre la main sur le championnat de la saison régulière et éventuellement sur la coupe du Président au terme des séries éliminatoires. Malgré ces belles récompenses, l’objectif final n’était pas encore atteint et il se trouvait à Peterborough, où les Petes, le Storm de Guelph et les Wheat Kings les attendaient de pied ferme.

N’en étant pas à sa première participation au rendez-vous par excellence du hockey junior canadien, Therrien savait à quoi s’attendre puisqu’il avait beaucoup appris de son expérience précédente vécue deux ans plus tôt.

« Les propriétaires et les entraîneurs voulaient une seule chose : la coupe Memorial. Je me rappelle qu’une année avec le Titan – ma toute première année en tant qu’entraîneur-chef – nous nous étions rendus en grande finale, mais nous avions perdu. Nous étions autant déçus que si nous n’avions pas fait les séries éliminatoires », se souvient Therrien, qui s’était incliné 5 à 3 aux mains des Blazers de Kamloops lors du match ultime de la coupe Memorial en 1994, devant leurs partisans à Laval.

Le 19 mai 1996, Bouillon est devenu le premier capitaine d’une équipe de la LHJMQ à soulever la coupe Memorial depuis Guy Lafleur en 1971. (© Getty Images)

Mieux armés autant psychologiquement que sur glace, les Prédateurs se sont présentés en Ontario avec une mentalité différente et prêts à mettre fin à plus d’un quart de siècle d’échecs pour la LHJMQ. Terminant la ronde préliminaire avec deux victoires en trois sorties et un différentiel de plus-7 au chapitre des buts, les Granbyens ont rapidement démontré qu’ils n’étaient nullement impressionnés par les autres formations.

«Je me souviens d’avoir parlé à d’autres joueurs du Québec qui étaient allés à la coupe Memorial avant nous et qui disaient qu’ils avaient choké, malgré le fait qu’ils avaient l’équipe pour gagner. De notre côté, nous étions préparés physiquement et mentalement et nous savions que nous avions tous les éléments pour gagner », poursuit Bouillon, qui a amassé deux points en quatre parties durant le tournoi. « Nous portions cette réputation – que ce soit nous ou n’importe quelle autre équipe – que les Québécois n’arriveraient pas au tournoi avec une attitude de gagnants. Cette réputation était pesante. On voulait la mettre de côté en démontrant que c’était une nouvelle ère et qu’on allait tout faire pour gagner. »

La commande ne s’annonçait pas de tout repos pour les Prédateurs qui, après avoir obtenu leur laissez-passer en grande finale à l’issue des trois premiers matchs, se préparaient à affronter l’équipe hôtesse, les Petes, contre qui ils s’étaient inclinés 6 à 3 quelques jours plus tôt. Rajoutez à cela que le Peterborough Memorial Centre allait être rempli à craquer en très grande majorité de partisans de l’équipe adverse, Granby donc était attendu de pied ferme.

Mais malgré tous ces facteurs qui jouaient contre eux, les visiteurs ont été intraitables à l’endroit de leurs hôtes en l’emportant par blanchissage de surcroît, par la marque de 4 à 0. Si les spectateurs étaient bouche bée face au résultat final, les membres de Prédateurs ont célébré cette victoire en grand. En plus d’achever la mission amorcée neuf mois plus tôt, les Prédateurs criaient haut et fort que les années de vache maigre au Québec étaient terminées. À ce jour, six autres équipes provenant du circuit Courteau ont réussi à soulever le précieux trophée depuis cette soirée du 19 mai 1996.

« Les premières images qui me viennent en tête lorsque je pense à cette conquête, c’est de voir Francis Bouillon en train de pleurer au banc. Ça faisait quatre ans qu’on était ensemble et on réussissait finalement à atteindre notre but », conclut Therrien, qui a fait son entrée au Temple de la renommée de la LHJMQ en 2015, 19 ans après sa saison de rêve en Estrie qui a préparé son ascension vers les rangs professionnels, deux saisons plus tard. « J’étais entouré de gens déterminés et la conquête de 1996 a ouvert la voie, mais elle a également enlevé le complexe d’infériorité que les clubs du Québec avaient quand ils arrivaient à ce tournoi. »

Hugo Fontaine écrit pour canadiens.com.

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