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Site officiel des Canadiens de Montréal

À l'extérieur de la patinoire… avec Louis-Philippe Ladouceur

On a jasé avec le vétéran spécialiste des longues remises de la NFL de sa passion pour les Canadiens

par Matt Cudzinowski. Traduit par Hugo Fontaine. @canadiensmtl / canadiens.com

Le spécialiste des longues remises Louis-Philippe Ladouceur amorcera prochainement sa 13e saison avec les Cowboys de Dallas. Le Montréalais d'origine s'est joint aux Cowboys au début de la saison 2005 et n'a pas raté un match depuis, disputant à ce jour 196 parties consécutives, incluant les éliminatoires. 

En cours de route, Ladouceur a réussi avec succès ses 1730 remises, demeurant parfait sur 833 bottés de dégagement, 523 conversions et 374 bottés de précision. Lorsque le vétéran joueur de ligne n'est pas occupé au sein d'«America's Team», il suit les activités de l'équipe de la LNH de sa ville natale, gardant même contact avec le capitaine Max Pacioretty. Nous nous sommes entretenus avec l'athlète de 36 ans pour en apprendre davantage sur sa passion pour les Canadiens et la vie au Texas.

Te considérerais-tu comme un gros fan des Canadiens?

LOUIS-PHILIPPE LADOUCEUR : Je suis originaire de Montréal, de Pointe-Claire. J'ai grandi en regardant les Canadiens. À l'époque, il y avait beaucoup de francophones dans l'équipe. Ç'a toujours fait partie de ma famille. Maintenant, je vis au Texas et ma femme, Brooke, et moi regardons les matchs ensemble. Mes enfants, Annabelle et Wyatt, ont leur chandail. J'ai le mien. Ma femme a un T-shirt. Chaque fois qu'on retourne à Montréal, on essaie d'assister à un match. Les Canadiens viennent en ville une fois par année et on est toujours là pour les voir affronter les Stars. Je crois que j'ai manqué ce match qu'une seule fois au cours de la dernière décennie. Je suis un gros fan. Même chose pour ma famille à la maison. On est Canadiens, donc notre premier amour est le hockey.

Quels étaient tes joueurs favoris dans ta jeunesse?

LPL : Mon joueur favori était Mats Naslund. C'était mon joueur. J'ai commencé à regarder le hockey dans les années 1980. Je regardais Naslund, Stéphane Richer, Patrick Roy, Guy Carbonneau, Bob Gainey et Larry Robinson. C'est l'époque où j'ai commencé à suivre. Je me rappelle aussi observer Mike McPhee, John Kordic et Lyle Odelein.

Pourrais-tu comparer pour nous le Centre Bell au AT&T Stadium?

LPL : Ce sont deux bâtiments différents. Dans la NFL, les «tailgates» sont très populaires. Je ne suis pas certain qu'il y en ait beaucoup à Montréal lorsqu'il fait -20°C dehors. (rires) À l'extérieur du stade, les terrains de stationnement sont remplis de gens. Ils ne vont même pas à l'intérieur. Ils s'assoient et regardent le match à la télé. Ils boivent, font du BBQ, mangent et jouent à des jeux. Il y a peut-être 100 000 personnes à l'intérieur du AT&T, mais il y en a un bon 200 000 autour du stade. Dès que le match commence, il y a les cheerleaders, la musique et l'atmosphère dans l'ensemble. C'est assez fou. Ça devient très, très bruyant lorsque l'attaque adverse est sur le terrain, surtout lors du troisième essai. Le niveau de décibels augmente incroyablement.

Une chose que j'adore des partisans des Canadiens est leur dévouement. Ginette Reno chante l'hymne national et une immense vidéo est présentée sur la glace. Durant le match, ça demeure bruyant et les spectateurs chantent. C'est une expérience vraiment amusante. Pour nous au football, lorsque notre attaque est sur le terrain, on veut que ce soit très silencieux dans le stade. Au hockey, c'est toujours bruyant. C'est plutôt cool.

En tout et partout, ce sont des atmosphères similaires. Les partisans aiment leur équipe respective. Ils veulent la voir gagner.

Puisque tu étais un fervent partisan - de longue date - des Canadiens dans un marché comme celui de Montréal avant de déménager au Texas, apprécies-tu encore plus le niveau de passion des fans des Cowboys envers ton équipe?

LPL : Le sport n'existe pas sans passion. Impossible. Les partisans sont pareils. Ils ne peuvent aucunement apprécier le sport sans être des passionnés. En tant qu'athlète, on dispute nos matchs - que ce soit au football, au hockey ou au baseball - et si tu ne le fais pas par passion, je ne sais pas pourquoi tu le fais. Tu ne peux pas simplement le faire pour l'argent. Tu ne peux pas simplement le faire pour la célébrité. Tu dois le faire parce que tu aimes ça. On sait que beaucoup de gens sont intéressés par notre sport. Je crois que de voir le niveau de passion des fans pousse les joueurs à faire mieux, à performer et à tenter de gagner un championnat. Ça me donne une petite motivation de plus. Par exemple, lorsqu'on va à Philadelphie, on sait que 2000 de nos fans dans ce stade passeront un mauvais quart d'heure si on perd. Ça donne un petit boost et une motivation supplémentaire.

Après toutes ces années à Dallas, est-ce que la passion des fans des Cowboys t'impressionne encore?

LPL : En effet. C'est multigénérationnel. Les parents de ma femme sont originaires du Texas. Ils sont nés et ont grandi ici. Les dimanches, n'essayez pas d'appeler chez eux. Si on joue, ne leur parlez pas. C'est le football ou rien. Tu vas à l'église et tu regardes les Cowboys jouer. C'est ce qui se passe le dimanche. Ça démontre à quel point ils ont leur équipe de football à cœur.

Quels joueurs des Canadiens pourraient réussir dans la NFL selon toi?

LPL : Je pense à des gars casse-pieds qui peuvent vous faire perdre la tête et vous battre rapidement. On a un joueur comme ça dans notre équipe : Cole Beasley. Il mesure 5 pi 8 po et pèse 180 lb. Je pense à un Brendan Gallagher qui déconcentre tout le monde. Alex Galchenyuk aussi. Ils ont ce petit avantage et ils sont affamés. Ils veulent simplement aller plus vite que toi. Tu peux voir qu'ils ont ce petit quelque chose. C'est la nature du football. Tu dois remporter des batailles individuelles. C'est comme ça que tu gagnes des matchs de football. 

En fait, j'échange de temps en temps des textos avec Max Pacioretty. Son oncle Henry est un de nos recruteurs. Je lui ai envoyé un chandail et il m'a envoyé un des siens. Après leur match à Dallas en janvier, Carey Price a signé un bâton et l'a donné à Max. Le lendemain matin, il était dans mon casier. C'était très cool. Il est accroché chez moi maintenant.

Au niveau de l'endurance, qui peut en prendre le plus : les joueurs de hockey ou de football?

LPL : Wow! Tu me mets dans une situation délicate! (rires) C'est différent d'un sport à l'autre. Je le vois de deux façons. Je le vois comme quelqu'un qui survit dans 82 matchs par saison dans la LNH et qui joue tous les deux jours, parfois deux journées consécutives. C'est difficile. Mais j'ai aussi vu des joueurs de football jouer le dimanche et être incapables de sortir de leur lit avant le jeudi suivant. Ils se lèvent et bougent, mais ne bougent pas vraiment. Ils s'entraînent le mercredi, jeudi et vendredi et ils sont prêts à jouer le dimanche. Ils sont soudainement à 100%. Ils sont prêts à courir, à faire des jeux et à réussir des blocs. J'ai connu beaucoup de gars au fil des ans qui étaient des «tough». Un de ceux-là est avec nous présentement : Jason Witten. Il joue avec des côtes et des orteils cassés, des fractures partout - et il ne le laisse jamais paraître. Le dimanche, il joue et il se donne.

C'est un peu différent parce que je vois ces gars tous les jours. Je ne sais pas de quoi a l'air un joueur de hockey après un match ou comment il se sent. Je sais qu'au football, lorsqu'arrive le mois de novembre, on commence à pomper de l'huile. Je ne peux pas vraiment dire qui est le plus endurant parce que ce sont deux sports différents.

Jason et toi êtes les joueurs avec le plus d'ancienneté chez les Cowboys. Avez-vous une relation spéciale en raison de cela?

LPL : Je crois que tout le monde a du respect pour Jason et moi. C'est bien d'avoir cette relation avec les plus jeunes. J'ai 36 ans et Jason, 35 ans. On a des gars qui viennent d'être repêchés et qui ont 20 ans. L'écart est grand. Je suis certain que c'est la même chose au hockey. Les choix de premier tour arrivent de l'école secondaire. C'est un gros changement. Je parle avec des gars et je pourrais être leur père. Ces jeunes qui arrivent sont affamés. Ils veulent de l'attention, ils veulent la célébrité, ils veulent l'argent et ils veulent remporter un championnat - ce qu'on veut aussi toujours. On est sur la même longueur d'onde, même si on n'a pas le même âge. On croit toujours aux mêmes objectifs d'équipe. C'est amusant pour les jeunes de voir que des joueurs comme nous peuvent jouer aussi longtemps. Ça leur donne une bonne perspective.

Peux-tu expliquer pourquoi le Québec a su produire de bons spécialistes des longues remises comme Jean-Philippe Darche, Randy Chevrier et toi-même?

LPL : J.-P. était un secondeur de ligne et j'étais ailier défensif. J'évoluais à cette position à La Nouvelle-Orléans. J'ai simplement réalisé que Faire les longues remises était quelque chose que peu de joueurs voulaient faire. Lorsque j'étais à l'Université de la Californie, on avait peut-être deux ou trois joueurs qui étaient capables, mais personne ne voulait vraiment le faire. J'ai saisi ma chance et j'en ai profité. C'était facile pour moi. Y a-t-il quelque chose qui explique pourquoi trois Québécois ont évolué à cette position dans la NFL? Je ne sais pas. Je crois que c'est quelque chose que tu essaies et tu l'as ou tu ne l'as pas.

Puisque tu es si bon avec les remises, as-tu déjà voulu remettre le ballon à des gars comme Tony Romo ou à Dak Prescott?

LPL : Je n'ai jamais évolué à l'attaque. J'ai toujours été un joueur défensif. C'était ma force. Je pourchassais toujours les quarts-arrière. J'aime encore ça. Lors des entraînements, j'observe la ligne défensive lorsqu'elle fait des exercices à un contre un face à la ligne offensive. Ça m'a toujours intéressé de voir l'enseignement que ces gars reçoivent. C'est ce que je faisais avant. Je l'ai fait pendant 10 ans en plus de le faire deux années dans la NFL. C'est cool de voir qu'il y a une opportunité pour tout le monde.

Vas-tu initier tes enfants au hockey un jour?

LPL : J'ai déjà commencé. Lorsqu'on est venus à Montréal en février dernier, j'ai fait enfiler des patins à ma fille de quatre ans. On a patiné deux fois et elle a adoré. Elle l'a fait pendant environ 30 minutes en poussant une chaise. Mon fils est un peu trop jeune, il vient d'avoir deux ans. Lors d'une journée où on est allés patiner, il y avait un petit garçon d'environ le même âge qu'Annabelle. Il patinait avec son bâton de hockey et ma fille a dit qu'elle voulait être capable de faire ça. J'essaie de trouver des patinoires au Texas et j'en ai trouvé une où on pourrait aller pratiquer. Je ne sais pas s'ils vont jouer au hockey, mais j'aimerais qu'ils puissent patiner. 

Comment aimes-tu la vie au Texas?

LPL : On est vraiment bien au Texas! On habite à Aledo, en banlieue de Fort Worth. Là où on vit, il y a des pâturages, des vaches, des chevaux et des rodéos. On nourrit notre bétail, on l'abat et on le mange. Il y a les grosses boucles de ceinture, les chandails avec l'étoile du Texas et les bottes de cowboys, les gros camions et le diésel. C'est très différent de Montréal. Lorsque des membres de ma famille nous rendent visite, ils disent toujours : «Comment fais-tu pour vivre ici? Que fais-tu?» On vit au milieu de nulle part, vraiment. Mon voisin d'en face a un terrain de 80 hectares et celui d'en arrière a 100 hectares. On habite sur un terrain d'un hectare à 10 minutes de l'autoroute. C'est notre style de vie. Ma femme vient d'ici. Elle a grandi dans cet environnement. Les enfants aiment ça. C'est le cowboy en moi, on dirait.

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