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Site officiel des Canadiens de Montréal

La promotion 1993

Les joueurs de la dernière édition championne de la coupe Stanley avec les Canadiens reviennent sur leur victoire

par Hugo Fontaine @canadiensmtl / canadiens.com

MONTRÉAL - Aucun partisan du Tricolore n'oubliera où il était lorsque les Canadiens ont remporté la coupe Stanley en juin 1993, du moins, ceux qui l'ont vécu. Plus de 20 ans après ce triomphe, certains des éléments importants de cette conquête se sont réunis pour partager quelques-uns des faits saillants.

Bien des choses peuvent se passer en deux décennies. À l'image d'anciens élèves du secondaire qui se retrouvent dans leur ancien gymnase après plusieurs années sans s'être vus, la promotion 1993 du Tricolore a constaté d'elle-même que le temps passe très vite.

«Je n'avais pas réalisé que ça faisait déjà 20 ans qu'on a remporté la coupe, admet Brian Bellows, qui est aujourd'hui courtier dans une firme d'investissements et de placements à Minneapolis, au Minnesota. Mon Dieu que ça nous fait sentir vieux!»

«Ça fait déjà 20 ans, c'est la moitié de ma vie! J'ai 46 ans aujourd'hui», mentionne Patrice Brisebois, qui disputait en 1992-1993 sa première saison complète dans la LNH.

Ce ne sont pas seulement les joueurs qui ont vieilli au cours de cette période, mais également les fidèles partisans qui les ont suivis au cours de ce printemps fort en émotions, qui s'est conclu par un défilé sur la rue Sherbrooke. Alors que certains pourraient vous donner un résumé complet du match no 1 du premier tour du Tricolore face aux Nordiques de Québec, d'autres n'étaient encore qu'au berceau et n'avaient sûrement pas encore appris à prononcer le mot «hockey».

«Ce que je remarque, c'est que les jeunes d'aujourd'hui ont entendu parler de moi par leurs parents, confesse en riant Vincent Damphousse, qui a troqué son bâton pour un micro en analysant maintenant les matchs des Canadiens à RDS. C'est là que tu réalises que ça fait 20 ans et que nous ne sommes plus dans la même génération.»

La saison 1992-1993 marquait également le début d'une nouvelle ère alors qu'un nouveau pilote faisait ses débuts derrière le banc du Tricolore. À la suite du départ de Pat Burns pour Toronto, le directeur général de l'époque, Serge Savard, avait confié à Jacques Demers la mission de ramener les Canadiens vers la terre promise. Héritant d'une formation qui n'avait pas franchi le deuxième tour des éliminatoires au cours des trois années précédentes, le vétéran entraîneur connaissait les capacités de son groupe et y est allé d'une déclaration plutôt inhabituelle à sa première rencontre avec l'équipe en entier.

«À l'ouverture du camp d'entraînement, j'avais dit aux joueurs que nous allions surprendre le monde du hockey et remporter la coupe Stanley, avoue Demers, qui a siégé au Sénat du Canada au cours des dernières années. J'avais confiance en ce groupe de joueurs. Il faut dire que j'avais le meilleur gardien de but de la LNH, un capitaine extraordinaire en Guy Carbonneau, mais j'avais surtout une équipe avec beaucoup de caractère.»

Malgré ce vent de fraîcheur qui soufflait sur l'équipe, certains joueurs ne savaient pas trop comment réagir face à de telles attentes.

«Je me souviens que lorsque Jacques est embarqué sur la patinoire lors de notre premier entraînement de la saison et qu'il nous a dit ça, on s'est tous regardés avec des points d'interrogation en se disant qu'on avait peut-être manqué quelque chose dans ce qu'il avait dit», confesse à la blague le membre du Temple de la renommée et ancien entraîneur-chef de l'Avalanche du Colorado, Patrick Roy.

«Je ne pensais vraiment pas que nous avions une équipe pour aller jusqu'au bout cette année-là. Les années précédentes oui, mais pas en 1993», indique pour sa part Jean-Jacques Daigneault, qui a effectué un retour chez le Tricolore en 2012 à titre d'entraîneur adjoint

Son équipe a peut-être connu des hauts et des bas, mais Demers semblait avoir du flair puisque le Bleu-Blanc-Rouge a terminé cette campagne avec une récolte de 102 points, bonne pour le cinquième rang dans l'Association Prince-de-Galles.

Mais une fin de calendrier difficile ponctuée de cinq défaites lors des sept derniers matchs a semé des doutes parmi les troupes à l'aube du tournoi printanier. Alors qu'il était dans sa voiture à quelques jours du début des séries, Demers a eu un éclair de génie pour souder l'esprit d'équipe par l'entremise de ses haut-parleurs.

«Quand les séries éliminatoires ont commencé, j'ai entendu une chanson du groupe Starship,
Nothing's Gonna Stop Us Now, se souvient Demers. Je suis allé voir mes capitaines, Carbo, [Kirk] Muller, Damphousse, Roy et [Mike] Keane, et je leur ai demandé ce qu'ils pensaient de faire jouer cette chanson avant chacun de nos matchs. Comme le dit la chanson : on va bâtir ça ensemble, rien ne va nous arrêter. Les gars ont embarqué.»

La sélection musicale de leur entraîneur-chef en a peut-être surpris quelques-uns, surtout que cette chanson avait vu le jour un peu plus de six années plus tôt, mais les paroles transmises par le groupe américain ont eu l'effet désiré.

«Avant chaque match, deux minutes avant d'embarquer sur la patinoire, mon Jacques Demers nous faisait jouer cette chanson pour nous motiver, témoigne Brisebois sur l'une des tactiques utilisées par son ancien entraîneur. Encore aujourd'hui quand je l'entends à la radio, ça me replonge dans le temps et je me rappelle des beaux moments.»

L'unité du groupe était la principale raison pour laquelle il était si difficile à arrêter. Mais cette chanson n'était pas le seul élément que Demers avait instauré pour leur rappeler la promesse qu'il avait faite quelques mois auparavant. Ayant plus d'un tour dans son sac, il avait remis à ses joueurs une inscription leur rappelant son engagement pour la cause.

«Jacques nous avait donné un petit carton sur lequel il était écrit : "Teamwork: coming together is the beginning, keeping together is progress, working together is success." (Travail d'équipe : s'assembler est le début, rester ensemble est un progrès, travailler ensemble est le succès) Chacun d'entre nous avait ses initiales dans le coin du carton et il fallait l'avoir sur nous en tout temps, explique Guy Carbonneau, qui a précieusement gardé ce carton et qui l'a toujours en sa possession 20 ans plus tard. Quand tu vas en séries éliminatoires, ce sont deux mois de travaux forcés et les joueurs sont tout le temps ensemble.»

Ils étaient en effet toujours ensemble, pratiquement 24 heures sur 24. Cela explique peut-être pourquoi les victoires se sont empilées et qu'ils étaient invincibles en prolongation. À l'exception de leur première série contre les Nordiques qui s'est conclue en six rencontres, les joueurs du Tricolore ont eu à patienter à chaque ronde pour connaître l'identité de leur prochain adversaire.

«Je me souviens que tous les soirs d'avant-match, nous restions à l'hôtel. Après avoir éliminé les Sabres de Buffalo au deuxième tour, nous avions tous regardé le septième match entre les Islanders de New York et les Penguins de Pittsburgh. Lorsque les Islanders ont marqué en prolongation, 75 % des joueurs sont sortis de leur chambre pour fêter dans les couloirs, dévoile Daigneault. Nous savions que nous n'aurions pas à affronter une des plus grosses machines de la LNH avec les [Mario] Lemieux, [Jaromir] Jagr, [Ron] Francis, [Rick] Tocchet, etc.»

Mais la plupart du temps, les occasions de célébrer de la sorte dans les hôtels étaient plutôt rares. Les nombreuses soirées passées loin de leurs proches pouvaient sembler longues, tous les moyens étaient donc bons pour chasser l'ennui. Lorsque vous laissez un groupe de garçons sans surveillance, tout peut arriver…

«Nous n'avions souvent rien à faire à l'hôtel. Nous avons donc commencé des batailles d'eau dans les couloirs de l'hôtel. C'était simple au début, je me chamaillais avec Rob Ramage, Mike Keane et Lyle Odelein avec un verre d'eau. Mais rapidement, d'autres gars se sont joints à nous. Nous étions comme des enfants. Pas seulement sur la route, mais à Montréal aussi puisque nous étions à l'hôtel les veilles de match. Nous devions nous divertir nous-mêmes puisque les séries étaient longues! Nous avons fait ça durant toutes les éliminatoires, confie l'actuel entraîneur associé des Canadiens, Kirk Muller.

«Pour la finale, Jacques a décidé de demeurer sur notre étage, poursuit-il. Il nous a surpris en plein milieu d'une intense bataille navale et il était très fâché contre nous le lendemain matin. Il nous a dit : "Les gars, nous sommes en finale. Nous n'avons rien gagné encore et vous agissez comme des enfants." Quand je lui ai dit que nous avions fait ça à chaque ronde, il nous a dit de continuer de le faire !»

Demers n'avait pas intérêt à mettre fin au passe-temps inhabituel de ses joueurs puisque le total de défaites subies par sa troupe au cours des trois premiers tours s'élevait à… trois. Le duel ultime face aux Kings de Los Angeles et un certain Wayne Gretzky, qui accumulait les points à un rythme effarant, ne s'annonçait pas de tout repos et allait compter son lot d'émotions.

Le tour du chapeau d'Éric Desjardins lors du deuxième match, le clin d'œil de Patrick Roy au cours de la quatrième partie ou même les gros buts de John LeClair en prolongation, augmentant du coup à 10 la séquence de victoires en surtemps, ne sont que quelques-uns des moments mémorables qui sont survenus contre l'équipe californienne. Mais s'il y en a un qui fait encore jaser le personnel des Kings de nos jours, c'est l'incident McSorley.

«Durant le premier match de la finale, quelques joueurs avaient remarqué que le bâton de Marty McSorley était illégal et m'en avaient fait part. Lors du deuxième match, alors que nous perdions 2 à 1 en fin de rencontre, nous avons fait vérifier son bâton, relate Demers sur le geste qui a mené au but égalisateur de Desjardins, alors que McSorley était au banc des punitions. 

«Ça a fait crier beaucoup de personnes à Los Angeles, mais je n'ai fait que mon travail. C'est la vigilance de gars comme Carbonneau et Damphousse qui m'ont permis de le savoir.»

Beaucoup a été dit sur les performances incroyables offertes par Patrick Roy il y a deux décennies et qui ont permis au Tricolore de remporter une 24e coupe Stanley. Mais s'il y a un élément que les membres de l'édition 1993 répètent encore aujourd'hui, c'est qu'ils n'auraient jamais réussi à soulever le précieux trophée si tout un chacun n'avait pas mis l'épaule à la roue.

«À chaque match, quelqu'un se levait, tout le monde remplissait son rôle, mentionne Damphousse, qui avait terminé en tête des pointeurs du Tricolore ce printemps-là. Jacques était le meilleur pour nous communiquer ce qu'il attendait de chacun d'entre nous et pour rendre tout le monde important. Que ce soit un Mario Roberge qui ne jouait pas beaucoup jusqu'aux gars comme Patrick ou moi qui étions beaucoup plus utilisés, nous jouions en équipe. C'est pour ça que nous avons gagné.»

Les partisans montréalais n'avaient pas eu l'occasion de célébrer une conquête depuis 1986. C'est peut-être pour cette raison que plusieurs se sont laissés emporter et ont fêté un peu trop fort, causant les regrettables émeutes à l'extérieur du Forum. Étant confiné à l'intérieur de l'amphithéâtre, Serge Savard n'a pas perdu de temps pour organiser une fête privée dans un des restaurants du Forum, permettant aux joueurs de se retrouver entre eux et avec leurs proches pour savourer ce qu'ils venaient d'accomplir.

«Les émeutes à l'extérieur du Forum étaient terribles, mais elles se sont avérées être bénéfiques pour nous, fait remarquer Bellows. Plutôt que d'aller dans un bar et d'être entourés de plein d'inconnus et de ne pas pouvoir passer du temps avec nos familles et les autres gars, nous nous sommes retrouvés dans un environnement où seuls nos proches et nous étions présents. Ce n'était pas planifié d'avance, mais c'était incroyable.»

Les célébrations se sont étirées jusqu'au petit matin, les événements extérieurs ont forcé les joueurs et le personnel à rester à l'intérieur du Forum jusqu'à l'aurore. Cela a permis à certains de pouvoir savourer pleinement leur exploit et de réaliser l'ampleur d'une telle performance. 

«Je me souviens d'être allé m'asseoir dans les estrades avec Mike Keane plusieurs heures après la fin victorieuse lors de la cinquième rencontre, raconte Muller. Nous étions assis avec chacun une bière dans une main et un cigare dans l'autre et nous regardions l'amphithéâtre vide en nous disant : "Oh mon Dieu, nous venons de gagner la coupe Stanley!"»

Après que le champagne eut fini de couler et que les confettis du défilé qui a suivi eurent été balayés, les joueurs ont poursuivi ensemble les célébrations durant toute la saison estivale. Les liens qui se sont créés à l'époque entre les membres de la promotion 1993 sont uniques, et 20 ans plus tard, ils sont toujours aussi forts.

«On va à la guerre ensemble, tu apprends à connaître un peu plus les autres gars et tu crées des liens un peu plus tissés avec ces gens-là, confirme Carbonneau. Au fil des années, j'ai eu de bons coéquipiers avec qui je n'ai jamais gagné la coupe, mais ils ne sont pas aussi proches que ceux avec qui je l'ai gagnée.»

«Je croisais souvent Vincent et Carbo à L'Antichambre et c'est un incontournable, admet Roy sur les souvenirs qu'ils partagent entre eux encore de nos jours. Ce ne sont pas des choses qui arrivent toutes les années. Sincèrement, ça représente un défi de taille pour les équipes qui veulent le relever. Il faut que la confiance du groupe soit inébranlable, c'est un peu ce qu'on avait réussi à faire.»

Si les joueurs aiment bien s'échanger des souvenirs du bon vieux temps, les partisans du Tricolore remercient encore, 20 ans plus tard, leurs idoles pour les beaux moments qu'ils leur ont fait vivre. Les fidèles des Canadiens sont uniques et ils savent démontrer leur appréciation lorsque leurs favoris se hissent au sommet. Tel un professeur fier de ses étudiants, l'entraîneur qui a mené cette bande de joueurs n'oubliera jamais les émotions qu'il a vécues après avoir réalisé la promesse qu'il leur avait faite.

«Il n'y a pas de meilleure ville au monde quand on gagne, affirme Demers. C'était l'euphorie ici en 1993. Partout où on allait, sur les terrains de golf, au restaurant, tout le monde voulait payer pour nous. On se faisait féliciter de toute part. Je n'ai jamais vécu un autre été comme celui-là. Parler de ça aujourd'hui me rajeunit!» conclut-il.

Quelques dates ont été mises à jour dans cet article, qui avait été publié à l'origine dans l'Annuel CANADIENS 2012-2013.

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