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Les innovateurs

par Staff Writer / Montréal Canadiens

MONTRÉAL - Bien que les matchs en plein air de la LNH soient rendus communs de nos jours, cela n’a pas toujours été le cas. Des hommes braves ont donné le ton à cette tradition lors d’une froide soirée à Edmonton.

Des parties de hockey sont organisées en plein air depuis plus d’un siècle. Voulant revenir aux sources, la LNH a choisi de reprendre ce concept pour célébrer les origines du sport. Vingt joueurs du Tricolore et des Oilers sont donc passés à l’histoire, le 22 novembre 2003.

Après avoir vu le succès retentissant du match organisé en plein air entre les universités Michigan et Michigan State en 2001, la Ligue a décidé d’explorer à son tour la possibilité d’organiser un match de saison régulière au stade du Commonwealth d’Edmonton.

Faits saillants de la Classique Héritage 2003

« Je me souviens lorsque ça a été annoncé que nous jouerions contre les Oilers à l’extérieur, je m’étais dit : ‘Wow ! Ça va vraiment être cool’ », se rappelle l’ancien défenseur des Canadiens et actuel entraîneur au développement des joueurs de l’équipe, Patrice Brisebois. « C’est comme si j’étais retombé en enfance alors que nos pratiques aux niveaux atome et pee-wee étaient à l’occasion organisées dehors sur les patinoires du quartier. Mais après l’excitation de l’annonce, je me suis demandé ce qu’il arriverait s’il faisait trop froid. Nous savions tous que les hivers d’Edmonton sont coriaces. »

Brisebois et ses coéquipiers n’étaient pas les seuls à se poser des questions concernant la météo. Avec un seul match de la LNH organisé en plein air dans son histoire, Gary Bettman et ses collègues dans les bureaux de la Ligue naviguaient vers l’inconnu eux aussi. Lors de ce match présenté à Las Vegas en 1991, les Kings avaient affronté les Rangers au cours d’un duel du calendrier préparatoire dans une température frôlant les 30ºC. Une situation bien différente de celle qui attendait les Canadiens et les Oilers à Edmonton.

Alors que des techniciens apprenaient sur le terrain en travaillant jour et nuit pour créer la meilleure glace possible, les préposés à l’équipement de leur côté cherchaient des armes qui permettraient aux joueurs de combattre le froid de l’Alberta.

« Malgré le fait que nous allions dans l’inconnu, je ne dirais pas que nous étions nerveux. Nous comptions sur les meilleurs préposés à l’équipement de toute la Ligue », affirme avec conviction Brisebois au sujet de Pierre Gervais et de son équipe.

« Ils étaient tellement bien préparés », a avoué Brisebois. « Ils nous avaient fourni des combinaisons que les joueurs de la NFL enfilent lorsqu’ils doivent jouer dans des conditions hivernales difficiles. Nous étions prêts à aller à la guerre ! »

Dans le but justement de tester cette nouvelle artillerie dans l’environnement hostile, le Tricolore a sauté sur la patinoire du stade du Commonwealth 24 heures avant le grand jour pour une séance d’entraînement. Sans surprise, certains se sont bien adaptés alors que d’autres ont eu certaines difficultés.

« Il y avait de l’excitation dans l’air au cours de la semaine qui précédait le match. Nous avions vraiment hâte d’aller nous entraîner en plein air », partage l’attaquant des Coyotes de Phoenix et ancien porte-couleur du bleu-blanc-rouge, Mike Ribeiro. « Mais sans nommer personne, il y en a quelques-uns qui se sont plaint du froid. »

Encore aujourd'hui, Mike Ribeiro refuse de dévoiler le nom de ses coéquipiers qui se plaignaient le plus du froid à Edmonton.

Brisebois, pour sa part, confirme que le Tricolore ne pensait qu’à survivre ce premier entraînement avant de s’attarder sur comment ils demeureraient au chaud lors du match du samedi soir.

« Contrairement à la rencontre face aux Oilers où nous retournions au banc après chaque présence, nous n’avions pas le temps d’aller nous réchauffer durant l’entraînement », a admis Breezer. « Nous sommes restés sur la glace durant l’heure au complet ! Tout allait bien lorsque nous étions en mouvement, mais c’était tout le contraire lorsque nous attendions notre tour pour faire un exercice. »

Mais avant que les deux équipes ne croisent le fer, les joueurs ont délaissé le confort de leurs chambres d’hôtel pour combattre le froid quelques heures plus tôt que prévu. La raison : certains des plus grands noms de l’histoire des deux clubs ont rechaussé les patins pour cette occasion spéciale.

« Le match entre les anciens des Canadiens et des Oilers était très spécial. Avoir l’occasion de regarder jouer des gars comme Gretzky, Messier, Lafleur et Carbonneau n’arrive pas à tous les jours », raconte Ribeiro. « Les voir à l’œuvre tous en même temps était unique. Je n’ai pas eu la chance d’aller leur parler pour connaître leurs impressions sur la glace et le froid parce que nous devions nous concentrer sur le match qui nous attendait. »

Certains pouvaient peut-être l’oublier en raison de l’atmosphère festive qui régnait à Edmonton, mais deux points très importants au classement étaient à l’enjeu le même soir. Bien qu’ils tentaient de rester concentrés sur cet objectif, les joueurs du Tricolore étaient renversés par le tableau qui se présentait à eux.

« Lorsque nous sommes arrivés au stade et que nous avons aperçu les estrades remplies à capacité, nous étions renversés par l’ampleur de la foule », explique Brisebois. « C’était toute une sensation. Malgré le fait que c’était organisé dans un stade ouvert, l’atmosphère était survoltée. À couper le souffle. »

En réalité, la fumée provoquée par le souffle des joueurs est devenue un élément mythique de cette journée puisqu’elle devenait très visible lorsque le mercure a commencé à chuter. Si bien que lors de la mise en jeu initiale, les thermomètres oscillaient autour de -15ºC. Voyant l’intensité du froid et les prévisions qui annonçaient un refroidissement, les dirigeants de la Ligue présents sur place avaient offert aux joueurs la possibilité d’annuler le match. Le tout s’est amorcé sans pépins et les joueurs ont fait de leur mieux pour braver le froid.

Francis Bouillon est l'un de deux membres de l'édition actuelle des Canadiens ayant participé à la Classique héritage en 2003.

« C’était difficile de respirer normalement. Quand tu fais une activité physique à l’extérieur et qu’il fait très froid, ça demande beaucoup d’efforts », se souvient le défenseur Francis Bouillon, qui avait pris part à la Classique Héritage en 2003. « Par contre, nous avions hâte de jouer parce qu’il faisait trop chaud sur le banc en raison des chaufferettes. Lorsque l’on revenait sur la patinoire, nos présences étaient courtes parce qu’il faisait tellement froid. »

Ce fameux froid était aussi percutant que les hockeyeurs l’appréhendaient. Particulièrement en troisième période alors que le mercure avait dégringolé jusqu’à -28ºC. Contrairement au reste de ses coéquipiers, le gardien José Théodore a pu poser un geste qui lui permettait de conserver sa chaleur : porter une tuque. Bien que les joueurs étaient protégés de la tête aux pieds, le vent trouvait tout de même le moyen de se faufiler.

« J’ai très bien ressenti le refroidissement en troisième période. Après 30 secondes sur la glace, je sentais que mon cou était très vulnérable. Disons que l’on avait hâte de revenir au banc », raconte Brisebois en riant. « Je me souviens que José retournait au banc à chaque pause publicitaire pour changer son gant et son bouclier. Il ne pouvait plus fermer sa mitaine après cinq minutes tellement elle était gelée.»

Pour d’autres par contre, le fait d’avoir été confronté aux hivers québécois leur avait donné un excellent avant-goût et les avaient préparé adéquatement à ce match.

« Oui c’était très froid à Edmonton, mais j’ai déjà vu pire que ça à l’époque où je jouais à Rouyn-Noranda où il pouvait faire -50ºC », se rappelle Ribeiro de ses années où il évoluait pour les Huskies dans la LHJMQ. « Même s’il faisait froid, nous buvions comme d’habitude du Gatorade et de l’eau. Les entraîneurs par contre buvaient du café ou peut-être quelque chose d’autre que de l’eau en arrière du banc ! »

Reconnu pour ses solides mises en échec et pour sacrifier son corps pour le bien de l’équipe, Bouillon a dû changer ses habitudes malgré lui lors de ce match.

« Ce n’était pas un match très physique puisque les deux équipes se respectaient », a confié Bouillon. « Le fait que c’était disputé en plein air rendait l’atmosphère plus détendue et le climat était plus amical qu’à l’habitude. Même si les contacts n’étaient pas plus douloureux en raison du froid intense, les gars ne voulaient pas se blesser puisqu’il y avait beaucoup de fissures sur la glace. »

L’absence du jeu robuste et des nombreuses infractions ont donné droit à du jeu ouvert et rapide. Seulement cinq punitions ont été décernées par les arbitres et sept buts ont été inscrits au total. Menés par Richard Zednik et Yanic Perreault qui ont chacun trouvé le fond du filet à deux reprises, les visiteurs ont remporté ce match historique par la marque de 4 à 3. Zednik gardera à jamais la distinction d’avoir marqué le premier but lors d’un match en plein air en plus d’avoir réussi celui de la victoire. Les membres du Tricolore étaient fiers de ce qu’ils venaient d’accomplir et ne pouvaient cacher leur joie suite à cet exploit.

« Dès que la partie s’est terminée, j’ai été le premier à me diriger vers Théo pour le féliciter. Au moment où j’allais lui donner l’accolade, mon patin est demeuré coincé dans une fissure. J’ai ensuite perdu l’équilibre avant de me retrouver sur le derrière », admet Brisebois, qui a mené les joueurs du CH au chapitre du temps d’utilisation avec 24:21. « Il n’y a pas beaucoup de personnes qui m’ont vu, mais moi je m’en souviens très bien et j’en ris encore aujourd’hui. Disons que le fait d’avoir gagné ce match historique rendait la chose beaucoup plus drôle. »

Alors que la perspective de participer au premier match en plein air dans de rudes conditions hivernales pourrait être intimidante pour certains, ceux qui y ont goûté voudraient à tout prix y retourner. Un des innovateurs à cette Classique Héritage inaugurale a même déjà commencé à offrir ses services comme consultant aux joueurs craintifs.

« Plusieurs joueurs m’ont demandé comment ça c’était passé lors du match puisque j’étais de la première édition », atteste avec fierté Ribeiro. « C’est une expérience que je vais me rappeler toute ma vie et je me sens privilégié d’y avoir participé. »

Hugo Fontaine écrit pour canadiens.com.

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