Skip to main content
Site officiel des Canadiens de Montréal

Le pionnier

par Staff Writer / Montréal Canadiens

BROSSARD – Le bureau de Pierre Gervais au Complexe sportif Bell est un véritable musée.

Sur les murs s’entrecroisent des photos de lui en compagnie d’étoiles de la LNH, des artéfacts divers provenant non seulement des Canadiens, mais également des formations canadiennes qu’il a aidées lors des nombreux Jeux olympiques auxquels il a participé, le tout entremêlé de photos de ses enfants et de trophées soulignant ses innombrables années de service dans le monde du hockey.

Parmi tous ces éléments se retrouvent également des souvenirs remontant aux deux expériences de matchs extérieurs auxquels il a pris part. En fait, ils occupent une proportion assez grande de l’espace, le gérant de l’équipement du Tricolore ayant participé aux Classiques Héritage de 2003 et de 2011.

«La première fois à Edmonton, nous étions les pionniers de matchs extérieurs. C’était le tout premier événement de la sorte pour la LNH. Nous étions un peu comme des cobayes à ce moment», reconnaît celui qui en est à une 29e saison au sein de l’organisation des Canadiens.

Vivant au Québec depuis toujours, Pierre Gervais savait très bien à quel point il pouvait faire froid en novembre… mais pas à ce point-là. Si au début de décembre 2015 il faisait encore bien au-delà du point de congélation, le soir du 22 novembre 2003, à Edmonton en Alberta, il faisait -18 degrés Celsius auxquels il faut également bien sûr ajouter (ou plutôt soustraire), le facteur vent. C’est donc sous un mercure de -30°C que les Canadiens et les Oilers ont croisé le fer.

«Je me souviens que M. Gillett à l’époque m’avait donné carte blanche au niveau de mes dépenses pour cet événement. Il fallait que tout soit parfait, peu importe combien ça coûterait », se souvient le Trifluvien. «C’est ce que j’ai fait. Personne n’avait d’expérience là-dedans. On partait de zéro. »

C’est à ce moment qu’il a décidé de s’inspirer de ce qui se fait dans un autre sport «hivernal», le football, où les joueurs doivent parfois jouer dans des conditions extrêmes.

«J’avais contacté mon bon ami Red Batty, le gérant d’équipement des Packers de Green Bay. On sait qu’il fait très froid là-bas et même si ce n’est pas le même sport, il m’a donné de très bons conseils sur des éléments à quoi on ne pense pas nécessairement », explique Gervais. «L’important est de garder les joueurs au sec. Ce que tu achètes, tu dois l’acheter en trois exemplaires pour qu’ils puissent se changer entre les périodes.»

Si la Classique Héritage de 2003 est passée à l’histoire de façon aussi iconique, ce n’est pas seulement parce que c’était la première. C’est aussi en raison d’une décision prise par un des adjoints de Gervais.

«Tout le monde se souvient de la fameuse tuque de José Théodore. À l’époque ça avait été l’idée de mon adjoint Bobby Boulanger », se rappelle le gérant de l’équipement au sujet de la tuque qui a donné lieu à quelques clichés légendaires. «Théo lui avait dit qu’il avait le dessus de la tête froide, alors Bobby lui a arrangé ça comme il pouvait. On ne pourrait pas faire quelque chose comme ça aujourd’hui. »

Si de garder les joueurs au chaud sur la glace est une chose, les garder au chaud sur le banc est une opération qui peut paraître simple, mais qui s’avère d’une relative complexité.

«À Edmonton il y avait des gros tuyaux qui envoyaient de l’air chaud sur le banc. Tu ne pouvais rester devant le tuyau parce que c’était trop chaud et dès que tu te tassais de quelques centimètres, tu étais frigorifié », soutient celui qui compte plus de 2 500 matchs d’expérience au hockey professionnel. «C’est aussi un peu bizarre d’avoir des boissons chaudes sur le banc. L’équipe médicale s’assure d’avoir des breuvages comme du bouillon de poulet, du thé, ce genre de choses. Ça fait vraiment changement du traditionnel Gatorade.»

À ce sujet, il avoue ne pas avoir vraiment reçu de demandes spéciales de la part des joueurs de l’édition actuelle des Canadiens,

«Les gars ont du plaisir. Avant de jouer, les gars ont des craintes. Ils doivent quand même performer. Il y a un match de hockey à gagner au final. Ils sont nerveux, mais quand c’est fini ils sont soulagés et ils se rendent compte de ce qu’ils viennent de vivre», confesse celui qui a trois médailles d’or olympiques à son actif. «Les joueurs de hockey sont très conventionnels. C’est très dur de les faire changer de leur routine. Si un gars est habitué à ne pas changer de bas entre les périodes, il risque bien plus d’endurer d’avoir froid aux pieds que de changer ses habitudes.»

Il reste à voir maintenant quel genre de température attend les Canadiens à la Classique Hivernale 2016. Après Edmonton à -30°C et Calgary à -25°C, disons qu’un petit -4°C ne serait pas de refus.

«On est prêt à toute éventualité », conclut Gervais, qui admet qu’il transportera au moins deux à trois caisses de matériel supplémentaire lors de ce voyage, ne serait-ce que pour traîner les chandails de match et les chandails de pratique qui seront différents pour l’occasion. «À Edmonton j’étais très nerveux. À Calgary un peu moins. Aujourd’hui, je ne le suis pas du tout. »

Vincent Cauchy écrit pour canadiens.com.

En voir plus