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Site officiel des Canadiens de Montréal

Le dernier mot : Laurent Duvernay-Tardif

Une entrevue exclusive avec le joueur de ligne à l'attaque des Chiefs de Kansas City

par Hugo Fontaine @canadiensMTL / canadiens.com

Laurent Duvernay-Tardif en a parcouru du chemin depuis qu'il a vu le jour à Mont-Saint-Hilaire. Après un séjour fructueux avec les Redmen de l'Université McGill, Duvernay-Tardif a attiré l'attention des dirigeants des Chiefs de Kansas City, avec qui il est devenu un membre important de la ligne offensive en seulement trois saisons. Malgré ses succès dans la NFL et l'important contrat qu'il a signé au cours de l'hiver, le footballeur est en voie de compléter ses études en médecine et troquera d'ici quelques années ses crampons pour un stéthoscope. À l'approche de sa quatrième année dans la NFL, nous avons discuté avec l'athlète de 26 ans pour en apprendre un peu plus sur sa vie au sud de la frontière. 

Est-ce qu'il t'arrive de te pincer quand tu vois où tu es rendu aujourd'hui et après tout le chemin que tu as parcouru?
LAURENT DUVERNAY-TARDIF :
Chaque année, on franchit de nouveaux sommets quant à l'organisation de la gestion de soi-même. Il y a beaucoup de tâches à accomplir, mais en même temps, c'est ce qui est le fun. Je suis un gars qui carbure aux plans et aux projets, donc quand arrive la saison morte au football - qui dure quatre mois -, je ne vois pas ça comme une opportunité pour «chiller». (rires) L'hiver dernier, j'ai tout fait ce que je voulais faire, soit trois mois de médecine et ç'a bien été. On a mis sur pied une fondation qui a de l'allure et qui est bien structurée, avec des bons partenaires. Au travers de ça, j'ai été capable de m'entraîner de manière rigoureuse pour arriver en forme à Kansas City. J'arrive toujours un petit peu plus tard, Coach [Andy] Reid me donne une dérogation pour arriver un mois après les autres. Je suis toujours un peu stressé de voir comment je vais m'intégrer à ceux qui sont déjà là, en termes de volume d'entraînement et de préparation physique. Ça s'est super bien passé. 

Tu as passé l'hiver à étudier pour éventuellement compléter tes études en médecine. Est-ce que ç'a été dur d'une semaine à l'autre, de passe de protéger ton quart-arrière à replonger la tête dans tes livres?
LDT :
J'ai eu un bon trois semaines entre le moment où les Chiefs ont été éliminés des éliminatoires et le début de ma session en médecine cet hiver. Durant ce temps-là, j'ai eu l'occasion de me remettre dans mes études et de me dérouiller un peu avec les concepts médicaux. Par contre, je ne m'attendais pas à signer une prolongation de contrat pendant mon premier mois de médecine. Cette année, ce n'était pas si pire comme retour, car il m'était déjà arrivé de n'avoir que six jours de pause entre la fin de ma saison et le retour à la médecine. Une saison de football, c'est très exigeant pour le corps. Donc la transition entre les deux saisons permet de récupérer. On est super bien entouré dans la NFL pour optimiser nos performances. Quand tu arrives dans le monde de la médecine, tu es en bas de l'échelle. Tu n'es pas au sommet de ton art. Ça change vraiment la dynamique et la perspective, parce que toute notre attention est dirigée vers les patients. Ce sont deux dynamiques complètement différentes, mais en même temps, ça permet de garder les deux pieds sur terre. Quand tu reviens dans un département de médecine et que tu repars du bas de l'échelle, ton égo en prend un coup. 

Quand tu étais à Montréal durant l'hiver, est-ce que tu réussissais à passer inaperçu dans les rues ou les gens ont commencé à te reconnaître pas mal partout, comme à l'hôpital?
LDT :
Ça arrivait de plus en plus souvent. Aussi, quand je travaille en urgence, les patients sont un peu plus jeunes qu'à l'étage de médecine interne. Les gens me connaissent un peu plus et ça m'a fait beaucoup réfléchir sur les enjeux éthiques et le professionnalisme à avoir. Au bout du compte, je suis un étudiant en médecine, je ne suis pas une figure d'autorité, mais les gens parlent uniquement à moi parce qu'ils sont impressionnés. C'est une dynamique particulière à laquelle je dois faire de plus en plus attention. Au début, je trouvais ça drôle de prendre des selfies, mais ça m'a fait beaucoup réfléchir parce que c'est certain que cette tendance ne va que s'accentuer avec le temps. C'est sûr que j'aime rencontrer des gens; je sais qu'ils sont contents de me reconnaître et c'est pour ça que j'arrête pour leur parler un peu. C'est la moindre des choses de leur dire bonjour. 

À quel point est-ce une fierté pour toi de pouvoir représenter Montréal et le Québec sur une plate-forme aussi importante que la NFL?
LDT :
Ça me rend tellement fier et c'est pour cette raison que je veux réussir à transmettre mon message aux autres Québécois, soit que c'est possible de se rendre à la NFL. J'ai été capable de réussir et ça va en inciter d'autres à le faire. On voit depuis environ cinq ans qu'il y a de plus en plus d'intérêt lors du repêchage parce que des Québécois sont choisis. Ça va dans la bonne direction et je retire beaucoup de fierté de faire partie de ce mouvement-là. D'être le «French canadian» à Kansas City et de défendre mes valeurs, c'est important.

Pendant que tu étais en ville, as-tu suivi un peu les activités des Canadiens?
LDT :
J'ai surtout suivi les activités des Canadiens quand j'étais à la fin de mes études secondaires et au Cégep. J'aime regarder les matchs, mais je n'ai jamais eu de télévision dans mon appartement. Je n'en avais pas non plus chez moi dans ma jeunesse. Même à Kansas City, je n'ai pas le câble. Consommer sans arrêt les médias sportifs, ça n'a pas trop été dans ma culture. C'est la même chose pour la NFL. Je ne regarde pas les matchs du lundi soir ou du jeudi soir. Par contre, j'étudie beaucoup des vidéos des équipes adverses sur mon iPad. Je consacre beaucoup de temps à l'étude des tactiques de mes adversaires.

On entend souvent dire que l'Arrowhead Stadium est un des stades les plus bruyants de la NFL. Sachant que c'est à beaucoup plus petite échelle, comment comparerais-tu l'ambiance à Kansas City à celle du Centre Bell?
LDT :
Je suis allé au Centre Bell à quelques reprises et c'était super impressionnant comme ambiance. Je trouve que l'inclinaison des gradins est vraiment quelque chose. C'est comme si on tombait sur la glace! Même si l'Arrowhead Stadium a une capacité environ quatre fois plus grosse qu'à Montréal, le Centre Bell est impressionnant. Par contre, le Centre Bell est très bruyant de par sa forme. À Kansas City, c'est un stade immense ouvert et malgré ça, c'est très bruyant et énergisant. Chaque fois que l'hymne national se termine et que les jets passent au-dessus du stade, j'en ai des frissons. Cela dit, les deux expériences sont différentes.  

As-tu déjà joué au hockey dans ta jeunesse? Si oui, quel genre de joueur étais-tu?
LDT :
Un peu pour le plaisir dans la rue, mais je n'ai jamais joué dans une ligue organisée parce que j'étais trop gros! (rires) J'ai rapidement fait la transition vers le football. 

D'après toi, qu'est-ce qui fait le plus mal : être victime d'une solide mise en échec sur la glace ou se faire rentrer dedans par Von Miller, qui arrive comme un train? 
LDT :
Honnêtement, je crois que c'est une mise en échec au hockey. Ç'a l'air de faire tellement mal de se faire étamper dans la bande. Au football, ce sont deux corps humains qui se foncent dedans. Mais l'idée d'avoir mon corps coincé entre un humain et un mur, dans ma tête, ça fait plus mal. (rires) 

Quel est le joueur défensif le plus intimidant que tu as eu à affronter jusqu'à présent?
LDT :
Ça dépend. Certains joueurs sont bons dans un aspect du jeu tandis que d'autres le sont dans plusieurs aspects en même temps. Que ce soit un J.J. Watt, Von Miller, Aaron Donald, ou Michael Bennett, ce sont tous des joueurs extrêmement talentueux contre qui tu dois être très bien préparé. Il ne faut jamais que tu te relâches, parce tous les joueurs sont bons dans la NFL.

On entend souvent dire qu'il y a beaucoup de trash-talk sur la ligne de mêlée, est-ce que c'est si pire que ça, ce qu'on entend durant un match?
LDT :
Ça dépend vraiment des cas. Je me souviens que l'an dernier lorsqu'on jouait contre les Buccaneers de Tampa Bay. Après le premier quart, Gerald McCoy m'a donné une tape sur l'épaule et m'a dit «ça va? J'ai entendu dire que tu étudiais en médecine, c'est vraiment cool.» Quand il est reparti, je me suis dit que je ne pouvais pas être son ami, c'était vraiment bizarre. (rires) Mais mon anglais n'est pas encore suffisamment assez bon pour que je m'embarque là-dedans!

À quel point est-ce que ce sera différent de te présenter au vrai camp des Chiefs cet été, avec une certaine sécurité que tu n'avais jamais eue avant après avoir signé ton contrat à long terme hiver dernier?
LDT :
Je pense que rien n'a changé. Sur le terrain, je m'assure que ça reste pareil. Je sais que beaucoup de gars se battent pour huit postes sur la ligne offensive. Lors de mes journées de congé, je vais m'entraîner quand même. Garder ce petit sentiment d'insécurité est important, selon moi. Je suis considéré comme un vétéran et c'est rendu mon travail d'être parmi ceux qui gardent l'équipe soudée. C'est un honneur d'avoir le droit de faire ça.  

Est-ce que quelques-uns de tes coéquipiers ont commencé à t'appeler «Doctor»?
LDT :
Je dirais que ç'a commencé il y a trois ans quand personne n'était capable de prononcer mon nom et qu'on me donnait des surnoms à gauche et à droite. «Doctor» n'est qu'un parmi tant d'autres. (rires)

À quel genre de saison doit-on s'attendre des Chiefs en 2017?
LDT :
À ma première saison avec les Chiefs en 2014, on n'avait pas fait les éliminatoires. La saison suivante, on y avait accédé de peine et de misère et l'an dernier on a remporté le championnat de notre section, qui est reconnue pour être l'une des plus difficiles de la Ligue. On est sur la bonne voie et avec les nouveaux ajouts, tant à l'attaque qu'en défense, on a plus de profondeur et d'expérience.

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