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La grâce et la dignité de Béliveau ont perduré, même après sa retraite

par Staff Writer / Montréal Canadiens

NEW YORK -- Réjean Houle a lui-même été un bon joueur de hockey, disputant 11 saisons et remportant la Coupe Stanley à cinq reprises avec les Canadiens de Montréal, mais il admet avoir été impressionné par sa première rencontre avec Jean Béliveau.

« Lorsque je suis arrivé avec l’équipe en 1970-71, je suis arrivé dans le vestiaire et je lui ai dit : "Bonjour M. Béliveau" », s’est rappelé Houle alors qu’il assistait à la Classique Héritage 2011 à Calgary. « Il m’a répondu : "Ne m’appelle pas M. Béliveau, nous allons jouer ensemble. Tu peux m’appeler Jean." J’ai toujours eu de la difficulté à l’appeler Jean. Pour moi, il a toujours été M. Béliveau. »

L’expérience de Houle n’est pas inhabituelle.

Ceux qui ont eu la chance de rencontrer Béliveau parlent de ces rencontres de manière similaire. Ils mentionnent son talent et sa présence légendaires sur la glace, mais aussi sa grâce, sa dignité et, par-dessus tout, la classe dont il faisait preuve. Par conséquent, il a été presque impossible de trouver des joueurs qui ont grandi en regardant jouer Béliveau et qui ne l’ont pas traité avec un immense respect lorsqu’ils l’ont rencontré.

Béliveau est décédé mardi à l’âge de 83 ans.

La réputation de Béliveau le précédait lorsqu’il jouait. En raison de ses impressionnantes statistiques et de ses nombreuses contributions à des œuvres de charité, cette réputation était justifiée. Il inspirait un tel respect à ses adversaires, que l’objectif de ceux-ci n’était pas seulement de gagner, mais de le faire d’une manière que Béliveau allait trouver acceptable.

« Un peu plus et nous disions : "Excusez-moi M. Béliveau, mais je vais tenter de vous enlever la rondelle" », a expliqué Bobby Hull au camp de rêve de Wayne Gretzky tenu à Las Vegas il y a quelques années. « C’était l’attitude que nous adoptions. Personne ne voulait neutraliser Jean Béliveau de la même manière que nous neutralisions tous les autres joueurs, soit en le mettant en échec. Nous tentions plutôt de patiner à côté de lui, et de lui soutirer la rondelle sans le frapper. C’est le genre de personne qu’il était.

« Nous, les joueurs qui l’affrontions, avions tellement de respect pour la manière dont il se comportait et pour la manière dont il agissait quand il jouait contre nous. »

L’expérience de Hull en tant que contemporain de Béliveau le place dans une position unique, car en plus de parler du respect que son héritage inspire, il peut aussi parler de désespoir ressenti en affrontant un joueur aussi talentueux. Les fameuses enjambées très longues de Béliveau, un centre gros et costaud, faisaient de lui un joueur très difficile à contenir.

De plus, sa grâce sur la glace n’était pas que belle à voir, elle était le reflet du style élégant qu’il conservait à l’extérieur de la patinoire.

« Il mesurait six pieds trois ou quatre pouces, il n’avait jamais un cheveu de travers, il portait toujours un complet trois-pièces, et il marchait la tête haute, c’est comme s’il regardait toujours au-dessus des gens, se rappelle Hull. Il jouait de la même manière, avec ces longues enjambées qui ressemblaient beaucoup à celles de Frank Mahovlich. Ce genre de joueurs était magnifique à voir jouer, et Jean en faisait partie : il accélérait avec de longues enjambées et il pouvait changer la rondelle de côté tout en prenant 12 ou 15 pieds d’avance sur nous… Et jamais au grand jamais, chaque fois que j’ai joué contre lui, il n'a semblé être troublé ou placé dans une position qui l’aurait rendu vulnérable. Il semblait toujours en contrôle; en contrôle du jeu et en contrôle de lui-même. »

Houle a indiqué que de voir Béliveau, qui est son aîné de près de 20 ans, patiner aussi fort à l’entraînement lui a procuré le modèle parfait à suivre en tant que joueur, et il a noté que Béliveau, dont l’héritage était déjà assuré, demeurait concentré sur le travail qu’il devait accomplir sur la glace.

Plus que cela, Béliveau semblait croire qu’il était de sa responsabilité de profiter de sa bonne situation pour aider les autres autour de lui, ce qui n’a pas échappé à Houle et à ses autres coéquipiers de Montréal.

« Tous les ans, dans les activités sociales organisées à Montréal et dans les événements sociaux destinés à amasser des fonds et des choses comme ça, M. Béliveau était toujours le premier à se présenter, a mentionné Houle. Je ne sais pas combien de soirs et de week-ends il a [passé] à donner de son temps à la communauté et aux personnes dans le besoin. »

L’ancien directeur général du Canadien Bob Gainey est l’une des personnes du milieu du hockey, et de l’organisation montréalaise en particulier, qui est devenu proche de Béliveau et qui l’a bien compris, autant en fonction des efforts qu’il déployait dans la communauté qu’en fonction de son jeu. Le travail de Béliveau à l’extérieur de la patinoire et les exploits qu’il a accomplis sur la glace n’ont pas, selon Gainey, provoqué chez lui une quelconque arrogance comme cela aurait pu être le cas pour d’autres.

« Je l’ai rencontré dans les bureaux du Forum au début des années 1970, lorsque j’ai déménagé ici et qu’il occupait toujours un poste avec les Canadiens, a raconté Gainey à la Classique Héritage 2011. Il n’était pas directement lié avec le département hockey ou aux joueurs, et alors que l’on parlait de moi quelque part dans le corridor, je me suis retrouvé dans son bureau et j’ai eu la chance de m’asseoir avec lui pendant quelques minutes. Il avait pris sa retraite peut-être quatre ou cinq ans auparavant alors que j’amorçais ma carrière, mais il a fait en sorte que la situation soit très confortable, et c’est quelque peu contradictoire pour une personne de cette stature. Au cours des années, il a créé cette aura, mais au même moment, les gens qui le rencontraient étaient très à l’aise en sa présence.

« Il maintenait ce bizarre équilibre entre royauté, et accessibilité. »

Plusieurs joueurs qui ont grandi en idolâtrant Béliveau ont eu des réactions similaires la première fois qu’ils l’ont rencontré, et l’âge et la maturité ne semblaient pas avoir une grande importance pour Béliveau. Gainey et Houle avaient tous deux prouvé qu’ils étaient assez bons pour au moins avoir la chance de jouer dans la LNH lorsqu’ils ont rencontré pour la première fois celui qui pourrait bien avoir été le meilleur joueur du Canadien de tous les temps.

La situation a été différente pour le joueur qui est généralement considéré comme le meilleur de l’histoire, tous uniformes confondus. Wayne Gretzky a rencontré Béliveau pour la première fois alors qu’il avait 12 ans au cours d’un tournoi pee-wee à Québec.

« Il était venu dans le vestiaire et je me rappelle avoir été impressionné par sa gentillesse, sa taille et son gabarit, a évoqué Gretzky à son camp de rêve en 2012. Je ne sais pas si notre sport pourra un jour compter sur une autre personne comme lui. Il y a tellement d’importance qui est placée sur la victoire, et cet homme a gagné tellement souvent. Nous rêvons toujours de remporter la Coupe Stanley, et à des joueurs comme Gordie Howe ou Bobby Orr qui soulèvent ce trophée, mais l’une des images qui est demeurée gravée dans la mémoire des enfants de ma génération, car il semblait qu’il remportait la Coupe une année sur deux, est celle de Jean Béliveau qui soulevait la Coupe Stanley.

« Je ne sais pas s’il a existé un joueur aussi gracieux que Jean Béliveau sur la glace et à l’extérieur de celle-ci. »

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