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Mark Recchi : Bienvenue au Temple

Mark Recchi a effectué plusieurs arrêts dans la LNH avant que son parcours ne se termine au Temple de la renommée du hockey. Mais son séjour à Montréal demeurera l'un de ses plus marquants.


Par Hugo Fontaine | @canadiensmtl | 13 NOVEMBRE 2017 |  


Mark Recchi s'est gardé bien occupé dans son après-carrière jusqu'à maintenant. Après avoir profité de la vie une fois qu'il a pris sa retraite comme joueur en 2011, il est revenu dans le monde du hockey au cours des dernières années, remportant notamment la coupe Stanley au cours des deux dernières saisons à titre d'entraîneur au développement des joueurs des Penguins de Pittsburgh.

La dernière image de lui en patins qu'avaient les amateurs de hockey était lorsqu'il avait la coupe à bout de bras, dans l'uniforme des Bruins de Boston. Cette scène a laissé un goût amer dans la bouche de certains partisans des Canadiens, qui avaient de la difficulté à voir l'une de leurs anciennes vedettes dans l'uniforme de leurs grands rivaux.

Mais c'était surtout pour les déclarations incendiaires que Recchi avait faites à la suite de l'incident Zdeno Chara / Max Pacioretty - lorsqu'il avait laissé entendre que le franc-tireur du Tricolore n'était pas blessé si sérieusement par le capitaine des Bruins à la suite de sa mise en échec le long de la bande en mars 2011.

Soudainement, aux yeux des Montréalais, ses deux coupes Molson remises à titre de joueur de l'année du Tricolore ne semblaient plus avoir existé.

«C'était difficile (d'entendre ces critiques), mais vous savez quoi? C'est l'esprit de compétition des partisans montréalais. Ce sont des personnes compétitives et ils aiment leur équipe. Je comprends très bien. C'est une des plus grandes rivalités du monde du sport», admet le principal intéressé.

«On ne m'a jamais appelé Docteur Recchi en personne, mais on l'a fait sur les médias sociaux, poursuit-il en riant. Je respectais tous les partisans à Montréal. Je me suis présenté chaque soir pour eux et j'ai savouré chaque minute ici.»

Le natif de Kamloops, en Colombie-Britannique, est sincère lorsqu'il affirme avoir adoré ses quatre années passées dans la métropole montréalaise. Il est arrivé chez les Canadiens en février 1995 avec beaucoup de pression, alors que l'équipe connaissait des hauts et des bas et tentait de remonter la pente après avoir remporté la coupe Stanley deux ans plus tôt. Sachant que sa nouvelle équipe comptait beaucoup sur lui, il se sentait prêt à relever cet imposant défi. D'ailleurs, il a rapidement compris dans quel environnement il avait été parachuté dès les premiers instants qui ont suivi son arrivée à Montréal.

«Je me rappelle qu'il y avait tellement de journalistes et de caméras de télévision qui m'attendaient malgré une tempête à l'extérieur. Je me souviens de ma première journée et du moment où je suis entré dans le vestiaire au Forum de Montréal. J'y étais allé lors du Match des étoiles en 1993, mais cette fois, je savais que ce serait mon vestiaire. C'était incroyable et excitant, connaissant l'histoire du hockey et la tradition des Canadiens de Montréal», atteste Recchi, qui avait partagé ses sept premières campagnes dans la LNH entre Pittsburgh et Philadelphie avant de représenter le Tricolore.

«Je me suis adapté assez facilement et c'est ce qui est incroyable du hockey en général, poursuit-il. Dès que tu arrives au sein d'une nouvelle équipe, tu es accueilli à bras ouverts. C'est une très grosse famille et tout le monde s'entraide. Je me suis senti à l'aise immédiatement et ç'a été très important.»

Parmi ses nouveaux coéquipiers qui l'ont aidé à ses débuts ici, son nouveau capitaine, Kirk Muller, s'est retrouvé en tête de file. Alors que les deux se connaissaient surtout pour avoir été au beau milieu de l'intense rivalité qui existait entre les Penguins et les Devils lors des années antérieures, «Capitaine Kirk» respectait beaucoup Recchi pour ce qu'il avait accompli . Le fait de le côtoyer lui a permis de découvrir un autre côté de l'homme qui jadis était son ennemi sur la patinoire.

«J'avais entendu beaucoup de belles choses à son sujet avant son arrivée. On a été cochambreurs sur la route et c'était un excellent coloc. On a passé beaucoup de temps ensemble à l'extérieur de la glace. Il adorait le vin rouge, c'était un de ses passe-temps. C'était amusant cohabiter avec lui», dévoile Muller, qui a été le coéquipier de Recchi durant quelques mois à Montréal, avant d'être échangé aux Islanders en avril 1995.

Adversaire de Recchi durant de nombreuses années dans la LNH, Jean-Jacques Daigneault a été épargné d'affrontements contre le numéro 8 pendant presque deux campagnes à Montréal, n'ayant à se soucier de lui que lors des entraînements. Comme la majorité des gens, l'actuel entraîneur des défenseurs du Bleu-Blanc-Rouge garde un excellent souvenir de celui qui a terminé parmi les trois meilleurs pointeurs de l'équipe à chacune de ses saisons au Québec.

Ce ne sont pas nécessairement les prouesses offensives de son ancien coéquipier qui ont marqué Daigneault. L'impact de Recchi allait beaucoup plus loin selon lui, notamment par son ardeur au travail et par les efforts qu'il y consacrait pour obtenir ces résultats, et ce, durant de nombreuses années.

«Il avait beaucoup de leadership et il le projetait bien. Il travaillait très, très fort. Quand tu joues avec un gars comme lui, que tu vois le temps qu'il consacre à sa préparation sur la glace et hors glace et à quel point il est discipliné, tu réalises pourquoi il obtient ces résultats-là. Oui, il était talentueux, mais le talent sans l'effort ne mène pas loin, mentionne Daigneault, qui a évolué aux côtés de Recchi à Montréal en 1994-1995 et en 1995-1996.
 
«Il était le genre de joueur que tu oubliais facilement sur la glace, ajoute-t-il. Un peu comme Mike Bossy, si tu le perdais des yeux deux secondes, il marquait. Il était toujours au bon endroit pour générer des lancers.»

Mark Recchi

En plus d'occuper le 12e rang actuel des pointeurs de l'histoire du circuit grâce à une récolte de 577 buts et 956 mentions d'aide pour un total de 1533 points, Recchi a également été reconnu comme un des joueurs les plus durables de l'histoire de la LNH. Dans un sport aussi exigeant sur le corps que le hockey, ne pas manquer un seul match en presque huit ans est considéré comme un exploit. 

Malgré tous les coups et les risques du métier, il a toujours donné tout ce qu'il avait pour les partisans des Canadiens et s'est présenté à chaque partie pour eux. La seule fois que Recchi a été incapable de le faire, c'est lorsqu'une pneumonie l'a mis sur le carreau le 12 décembre 1998, mettant fin à une séquence de 570 matchs disputés par . Passer son tour a été difficile, mais il n'avait tout simplement pas l'énergie pour jouer de manière efficace.

«J'avais perdu 20 livres en raison de ma pneumonie et j'ai essayé de jouer quand même. Mais je n'étais pas efficace sur la glace. J'étais très fier de ma séquence et d'avoir été un joueur fiable pour mes coéquipiers, mes entraîneurs et mon équipe. Je soutirais beaucoup de fierté d'être là chaque soir et d'avoir été quelqu'un sur qui on pouvait compter pour donner tout ce qu'il a chaque match. Pas seulement pour jouer, mais pour jouer fort et de la bonne manière, souligne celui qui, avant de rater son premier match avec les Canadiens en décembre 1998, n'avait pas sauté son tour depuis le 31 mars 1991.

«Réaliser une séquence comme celle-ci est incroyable. J'ai été chanceux en jouant malgré plusieurs blessures. Mais en même temps, je voulais être sur la glace avec mes coéquipiers et je voulais les aider.»

Même s'ils n'a porté le même uniforme que Recchi que pour 24 matchs, Muller a rapidement compris à quel point ses succès sur la glace et sa présence dans la formation tous les soirs n'étaient pas le fruit du hasard.

«Il s'entraînait fort et se gardait en très bonne forme physique. Il n'était pas grand; plutôt trapu. Lorsque tu es intelligent et que tu sais comment jouer au hockey, tu évites de te placer dans des situations difficiles, mentionne Muller, qui a également évolué au sein du même trio que Recchi durant leur courte période ensemble. Il n'avait pas peur d'aller dans les endroits restreints, où il obtenait la majorité de ses points.»

Bien qu'il ait connu ses meilleures saisons avec d'autres équipes et qu'il ait remporté la coupe Stanley à trois reprises comme joueur avec les Penguins, les Hurricanes et les Bruins, celui qui est maintenant âgé de 49 ans a vécu le 11 mars 1996, un moment qu'il se sent très privilégié d'avoir vécu.

Avec plusieurs légendes de la glorieuse histoire du Bleu-Blanc-Rouge sur place, Recchi a fait partie du tout dernier match disputé au légendaire Forum. Les émotions vécues cette soirée-là, ainsi que les cérémonies qui ont suivi la victoire des siens resteront gravées à jamais dans sa mémoire.

«Je vais toujours me souvenir de la fermeture du Forum. Jouer le dernier match là-bas et ensuite le premier au Centre Molson, ça ne s'oublie pas. C'était tellement spécial, souligne Recchi, qui avait amassé deux points dans le gain de 4 à 1 du Tricolore contre les Stars lors de cette soirée historique. 

Ce qu'il vivra lundi soir lorsqu'il fera officiellement son entrée au Temple de la renommée du hockey à Toronto deviendra assurément le fait saillant de sa brillante carrière de 22 saisons dans la LNH. Mais de son propre aveu, les 346 rencontres disputées dans l'uniforme bleu, blanc et rouge ne se trouveront pas très loin derrière.

«Je n'oublierai jamais la riche histoire des Canadiens et d'avoir fait partie de quelque chose d'aussi incroyable. Jouer pour les Canadiens a été tout un honneur», conclut Recchi.