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Aussi calme qu'on peut le trouver devant le filet du Tricolore match après match, il est difficile d'imaginer Carey Price plus chez soi qu'entre les poteaux. C'est difficile certes, jusqu'à ce qu'il tombe sur quelque chose qui lui rappelle son autre chez soi.

Manny Almela
Magazine CANADIENS


Cet article est tiré du magazine Canadiens (Vol. 23.3 - Février 2009)

  

C'est vêtu d'un authentique habit de cowboy et en marchant d'un pas lent que Carey Price s'est présenté à sa séance de photos. Le gardien a autant de facilité à se déplacer avec son lourd pantalon et ses bottes de cuir que s'il portait un pantalon de jogging et ses pantoufles préférées.

«C'est certain que ça peut paraître étrange pour quelqu'un de Montréal d'être accoutré de la sorte, mais à la maison, tout le monde porte ça, affirme Price, en faisant tournoyer son lasso pour saisir une poubelle à l'autre bout du vestiaire des Canadiens. Je suis arrivé à l'entraînement habillé comme ça l'autre jour et les gars me regardaient comme si je débarquais d'une autre planète.»

Le faux pas vestimentaire occasionnel de Price ne passe pas inaperçu dans le vestiaire du Tricolore.

«Disons qu'il a certainement un style bien à lui, a admis Ryan O'Byrne, un coéquipier de longue date qui a vu Price évoluer depuis leur séjour commun à Hamilton. À l'époque, il arrivait à l'entraînement avec une veste de chasse, des chemises à carreaux et il était très fidèle à son " uniforme" canadien. Il portait des jeans et une veste en jeans tous les jours.»

Tout cela est maintenant chose du passé et maintenant, Price a acquis quelques notions vestimentaires et il a succombé au chic de Montréal.

«J'ai beaucoup changé ma garde-robe depuis mon arrivée. Disons que je n'ai pas trop eu le choix, admet Price. Les gars se seraient moqués de moi et m'auraient eu à l'usure si je ne l'avais pas fait. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je ne suis pas trop préoccupé par mon apparence.»

Il avait raison sur ce point, à moins que son chapeau, ses pantalons et ses bottes dont il est question. Même si n'importe quel autre vieux vêtement western aurait fait le travail pour illustrer le rodéo qui gronde en Price pour cette séance de photos, ça n'aurait pas été son style.

C'est là où le cousin de Price, Shaun Holte, entre en jeu. Attendu pour une visite avant Noël à Montréal, Shaun était plus qu'heureux de mettre l'équipement de Carey dans ses valises avant de sauter å bord d'un avion qui partirait de la Colombie-Britannique pour traverser le pays.

«Il habite sur un ranch tout près de ma maison, alors ce n'était pas un détour pour lui, raconte Price. Je lui ai juste dit de prendre les clés dans la boîte aux lettres et de ramasser mes choses.»

C'est ainsi que les bottes, les pantalons, le chapeau, les gants, les jeans et la ceinture (ornée de la boucle surdimensionnée d'usage) et bien sûr le lasso, comme tout bon cowboy, ont traversé le pays dans un sac en toile.

Prêt à passer devant la lentille, Price semblait tout droit sorti du plateau de tournage des films Unforgiven ou Tombstone. La plupart de ses articles faits sur mesure ont une histoire bien à eux.

«Voyons voir, a commencé Price, dont la mère Lynda est le chef de bande autochtone de la nation Ulkatcho. Les gants sont un cadeau du chef de bande de Williams Lake, Willie Alfonse. La plume d'aigle m'a été donnée cet été par une femme de notre village et ç'a une grande importance pour moi.»

Price a ainsi passé chaque couture de ses vêtements avant d'arriver à ses pantalons, très détaillés, qui ont un symbole spécial sur chaque jambe.

«Ça représente l'histoire de ma famille pour ensuite former les armoiries de ma famille», a expliqué Price à propos du A et du H stylisés.«Ça représente mon arrière-grand-père Andy Holte. C'était la marque de son fer à marquer à l'époque. C'est très important pour moi et c'est une partie importante de qui je suis.»

Price est loin de cacher ses profondes racines de l'Ouest : son iPod est rempli de musique country et son masque est couvert d'images de cowboys de rodéo.

«Le hockey a toujours été mon premier amour et j'avais de la difficulté à attendre chaque hiver que le lac gèle, mais comme enfant j'ai toujours porté un chapeau de cowboy avec des pistolets en plastique dans chaque main, se souvient Price.J'ai dû porter ces choses partout où j'allais quand j'étais petit jusqu'à l'âge de huit ou neuf ans.»

Après avoir porté son chapeau favori ou ses étuis de pistolet, la prochaine étape pour Price était logique pour tout aspirant cowboy.

«J'ai vécu avec des chevaux toute ma vie. Mes parents ont Honey-Q et Mister depuis que je suis petit. Ils sont presque aussi vieux que moi et nous les avons encore, révèle le gardien de 21 ans.

«Honey-Q a 20 ans et Mister doit maintenant être âgé de 22 ans», raconte Price avec émotion.«J'étais plus près de Honey-Q parce que c'est le premier cheval que j'ai monté. Ils sont plus âgés maintenant, alors on ne les monte plus. Ils sont comme des animaux de compagnie.»

La famille Price est aujourd'hui propriétaire de cinq chevaux, avec l'ajout récent de Fuzz, un cheval acheté par Carey lui-même pour compléter un quintette qui compte aussi des chevaux nommés Coco et Aqua.

«Ça vient de ma mère, elle est la passionnée des chevaux dans notre famille et c'est elle qui m'a tout enseigné à propos d'eux, raconte Price. Mon père souhaitait probablement davantage monter une moto ou un quatre roues qu'un cheval. Maman est vraiment passionnée par les chevaux et elle a transmis cette passion à ma sœur Kayla et à moi. Ma mère et ma grand-mère utilisaient les chevaux dans leur emploi. Elles regroupaient le bétail et attelaient des chariots. C'est incroyable quand on y pense, elles se fiaient littéralement à la force des chevaux pour réaliser des choses.»

Dans une de ses chansons, Willie Nelson raconte qu'il n'est pas bon de laisser son bébé devenir un cowboy, mais il était un peu trop tard pour Lynda et Jerry Price pour suivre les conseils du vieux Willie. Leur fils était né pour chevaucher et la passion de Carey pour ces bêtes puissantes l'a conduit tout droit vers une fascination grandissante pour le rodéo.

«J'ai toujours été un grand amateur de rodéo et quand tu viens de l'Ouest, ça fait partie de la réalité. Je ne crois pas connaître quelqu'un de mon coin de pays qui n'ait jamais assisté à un rodéo dans sa vie. Tous mes oncles y prenaient part et j'ai quelques cousins et plusieurs amis qui y participent aussi, mentionne Price.

«Je dois quand même dire que je n'ai jamais voulu trop m'engager dans ce sport - je n'aime pas les concours trop violents comme ceux où l'on monte un taureau. Je ne monte pas de chevaux sauvages sans mettre de selle, ni rien du genre, clarifie Price, qui est aussi à l'aise avec le sujet que s'il nous parlait de son style papillon devant le filet.

«J'ai toujours aimé le concours de lasso, qui est plus sécuritaire. Au fil des ans, j'ai commencé à prendre cette discipline un peu plus au sérieux.»

Bien qu'il ne soit pas question pour lui de quitter son emploi régulier, Price n'est pas trop dépaysé dans un rodéo.

«Ma spécialité est le lasso par équipe, explique Price. Il y a deux cowboys qui travaillent ensemble pour attraper un bouvillon, pas un veau. Les gens sont souvent confus à ce sujet pour une raison quelconque. Un gars entre et attrape l'animal par les cornes, puis l'autre arrive et attache les pattes arrière. Ça, c'est mon rôle.»

Accompagné de ses bons amis et grands amateurs de rodéo Earl Carl, Wade McNolty, Brett Fraser, Roy Call et Evan Fuller, Price participe à diverses compétitions pour améliorer ses aptitudes.

«C'est vraiment plus difficile que ça en a l'air, admet-il. Il se passe un tas de choses que les gens ne remarquent pas. Si vous avez l'occasion de regarder un rodéo à la télévision, vous pourriez penser que c'est assez simple, mais c'est loin d'être le cas. Tout se passe très rapidement quand on est sur le dos du cheval à s'exécuter. C'est comme toute autre chose, il faut de l'entraînement.»

Étudiant de son sport quand on parle du travail de gardien de but, Price applique la même attention méticuleuse aux détails dans sa carrière montante au rodéo.

«La corde est recouverte de cire et elle tourne d'une certaine façon, poursuit Price. Quand on prend une corde pour la première fois, c'est un peu comme si on balançait un ressort slinky. On doit comprendre comment fonctionne et comment réagit la corde. Avec le temps, on découvre comment elle plie et comment on peut la faire réagir. On la lance pour qu'elle forme une porte où le bouvillon entre. Les gens pensent qu'il faut qu'elle soit à plat, mais ce n'est pas vrai. Quand la corde passe autour de l'animal, elle entoure ses jambes et il faut la soulever avec l'animal.»

Le rodéo est une des raisons qui ramène Price chez lui chaque été à Anahim Lake. Les grands espaces procurent une paix à l'étoile montante du hockey. Au lendemain de l'élimination difficile aux mains des Flyers au deuxième tour des séries, l'endroit s'est à nouveau avéré très réparateur.

Bien qu'il ait obtenu le poste de gardien numéro un à Montréal à sa première saison, qu'il se soit taillé une place au sein de l'équipe d'étoiles des recrues de la LNH et qu'il ait mené toutes les recrues chez les gardiens avec 24 victoires, Price ressentait toujours le besoin de s'éloigner des projecteurs à la fe la saison.  Price a reconnu avoir été épuisé après avoir goûté pour la première fois au hockey de la LNH et il donc a éteint son téléphone cellulaire et a tout fait pour ne pas le lancer dans la Corkscrew Creek, la rivière qui coule tout juste derrière la maison familiale.

«Je n'aime même pas répondre au téléphone pendant l'été. Je n'aime pas non plus les entrevues pendant la saison morte. L'été est un temps où je m'occupe de moi et ç'a toujours été le cas. Je rentre chez moi, éteins le téléphone et c'est comme ça que je fonctionne, confesse Price.

«Je n'ai pas porté mes jambières avant le mois d'août. Je n'en voyais pas la raison. C'est tout ce qu'on fait, patiner toute l'année. Il faut prendre une pause pendant l'été, sinon tu te brûles et tu perds de l'intérêt pour le hockey. J'aime les autres choses que je fais dans la vie. J'aime me retirer complètement du jeu pendant l'été. Ainsi quand je reviens, j'ai refait le plein d'énergie et je suis prêt à recommencer.»

La pêche, les randonnées sur le dos de Fuzz et l'amélioration de sa technique au lasso ont fait beaucoup plus pour Price que de se questionner sur ce qu'auraient pu être les séries éliminatoires 2008 pour le Tricolore.

Un regard sur les photos du terrain autour de la maison des Price et on comprend pourquoi la version de Carey de la forteresse de solitude de Superman est importante pour qu'il puisse exceller.

«Quand je franchis le pas de la porte à la maison, je n'ai pas à impressionner personne et je n'ai pas à donner de spectacle pour personne. C'est l'endroit parfait pour refaire mes forces et retourner à la base.»

Pour ajouter de l'intrigue au lieu de rêve de Price, aucun coéquipier n'a encore pu visiter la résidence été de Carey. À entendre Price en parler, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose.

«Disons simplement que je m'imagine mal Ryan O'Byrne sur le dos d'un cheval, lance Price en secouant la tête. En fait, je n'arrive pas à m'imaginer aucun d'eux là-bas, mais ils sont quand même des athlètes professionnels, alors certains pourraient me surprendre. Comprenez-moi bien, je ne sais pas tout, mais je connais pas mal plus de choses qu'eux.»

Si une éventuelle excursion à Anahim Lake pouvait servir de suite à la série cinématographique City Slickers, Price comprend que de passer du temps dans la nature n'est pas fait pour tout le monde.

«On a perdu un chien cet été - un couguar l'a probablement mangé», laisse tomber Price en soulevant les épaules.

«Ça arrive tout le temps. On avait des lapins une année et on les a tous perdus. Tu ne sais jamais ce que tu vas croiser là-bas. Des coyotes, des ours noirs, nommez-les. Quand j'étais en cinquième année, mon voisin a tiré sur un ours qui se trouvait à une centaine de mètres de sa maison.»

De la nature à l'état pur à la jungle de béton du centre-ville de Montréal, on peut se demander comment Price a pu s'adapter à son nouvel environnement.

«Je n'ai pas été capable ou je n'ai pas pu trouver le temps de faire les choses que je fais à la maison depuis que je suis ici, déclare le gardien de but.

«C'est ce qui rend mes étés si spéciaux et importants à mes yeux. C'est différent ici, pas de doute. À la maison, on n'entend pas de sirènes d'ambulance au beau milieu de la nuit. En fait, on n'y entend rien du tout, même en plein jour, tellement c'est tranquille.»

Une fois son chapeau et ses pantalons de cowboys retirés et après avoir de nouveau enfilé ses jeans et son T-shirt à la mode, Price a l'allure d'un jeune citadin branché quand il prend le temps de vérifier son BlackBerry. Sa tête est clairement et entièrement à Montréal et elle est concentrée sur la tâche à accomplir.

Si son temps passé à la maison cet été a fait le travail, le téléphone de Price sera éteint beaucoup plus tard le printemps prochain. Les poissons de Corkscrew Creek et son fidèle cheval Fuzz pourraient devoir l'attendre plus longtemps.

Pour ce cowboy, il n'y aura pas de randonnée vers le soleil couchant jusqu'à ce que son lasso ait attrapé un gros trophée argenté qui ne peut être remporté dans un rodéo.