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Bouchard: Le dilemme chez les Ducks d'Anaheim

mercredi 2016-01-13 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard: Le dilemme chez les Ducks d'Anaheim
Bouchard: Le dilemme chez les Ducks d'Anaheim

Les Ducks d’Anaheim étaient, aux yeux de nombreux observateurs, promis à une excellente saison. Or, il n’en est rien. Englués dans les bas-fonds de l'Association de l’Ouest, les Ducks sont au moment d’écrire ces lignes à quatre points d’une place en série et… à quatre points du dernier rang de l’association! L’équipe a-t-elle simplement cessé de répondre aux ordres de son entraîneur? Est-on en train d’assister au déclin de ses joueurs étoiles?

On est, encore une fois, en train d’assister à un dérapage fondé sur une guigne soutenue aux pourcentages. Fait d’autant plus saisissant que, dans ce cas-ci, la chose arrive à une équipe qui, sous la gouverne de Boudreau, a justement démontré au fil des ans une réelle capacité à se démarquer sur ce plan.

L’équipe n’est pas parfaite, loin de là. En avantage numérique, on se fend d’un taux de conversion et d’un nombre de chances obtenues dans le bas de la grosse moyenne, ce qui explique qu’avec 20 buts marqués, on traîne déjà significativement de la patte à la mi-saison. Contrairement à des formations comme Philadelphie ou encore Toronto, qui se détachent franchement de la moyenne des clubs quant au nombre de chances de marquer générées, Anaheim ne peut, à moins d’un ajout significatif, espérer une contribution plus importante de l’attaque sur ce plan.

Pour les 3 prochains graphiques, les versions interactives sont au bout de ce lien.

En désavantage numérique les Ducks font présentement fort belle figure, ayant accordé seulement 14 buts dans cette situation. Ici, un certain retour vers la normale est à anticiper. Équipe ordinaire quand vient le temps de retenir les ardeurs de l’adversaire, ses excellentes performances sont lourdement appuyées sur les exploits des gardiens de l’équipe. À plus de ,920 de pourcentage d'arrêts collectif, on est très, très largement au-delà de ce qu’on peut normalement attendre.

On n’a donc guère de salut à espérer, chez les Ducks, d’un éventuel des unités spéciales. S’il y a présentement une lueur d’espoir, c’est du côté du jeu à 5-contre-5 qu’elle se trouve. L’équipe affiche dans cette situation un effroyable différentiel de -23, le pire de la ligue avec les Oilers d’Edmonton. Mais à la différence de leurs compagnons d’infortune, qui peinent encore cette saison à obtenir la part du lion des chances de marquer lors des matchs qu’ils disputent, les Ducks ont jusqu’à présent affiché un des meilleurs différentiels en cette matière.

On est ici, donc, coincés entre des gardiens qui traînent un pourcentage d'arrêts faiblard et, surtout, des tireurs absolument, intégralement incapables de convertir les chances qu’ils obtiennent. Parce qu’il faut le répéter : les Ducks ne sont pas simplement dominants aux différentiels de tirs, les ajustements effectués par le site war-on-ice montre clairement qu’ils investissent systématiquement la zone payante en territoire ennemi. Mais les tireurs sont assaillis d’une malchance cosmique.

Observez la distribution des taux de réussite des tireurs des Ducks cette saison : seul Rickard Rakell (qui connaît une excellente saison) touche à la moyenne des Ducks depuis 2011-12. Si on ne retient que les trois saisons complètes passées sous Boudreau, les tireurs des Ducks ont converti en moyenne 8,5 pour cent de leurs tirs en buts.

C’est la performance de Ryan Getzlaf et Corey Perry qui doit présentement inquiéter diablement Bruce Boudreau. Ces deux joueurs continuent à aider le club à conserver un avantage considérable sur le déroulement du jeu lorsqu’ils sont sur la glace (Corey Perry affiche un taux de chances obtenues de 52 pour cent, Ryan Getzlaf de 56 pour cent). Mais leur taux de conversion est présentement abyssal, à peine de 6 pour cent, alors qu’ils ont depuis de nombreuses années démontré leur capacité, du moins à l’intérieur du système de Boudreau, à toucher la cible plus de 10 pour cent du temps.

Pour retrouver une performance aussi misérable de ces deux joueurs, on doit remonter à la saison 2011-12, alors que Randy Carlyle avait perdu son poste au profit de Boudreau. C’est ça qui doit inquiéter l’entraîneur : ils sont nombreux, ceux de sa profession à avoir perdu leur emploi parce que leurs vedettes connaissent un passage à vide. Dans ce cas-ci, c’est d’autant plus embêtant que, de toute évidence, ils continuent à tirer le traîneau. On n’est pas en présence de joueurs faisant la grève du zèle.

Boudreau peut espérer des renforts, obtenus sur le marché des échanges. On ne peut pas, à ce stade-ci de la carrière de Getzlaf et Perry, simplement croiser les bras et regarder le bateau couler. Pour peu que la rondelle se remette à traverser les gardiens adverses, c’est une excellente nouvelle pour l’entraîneur, qui verra alors possiblement des éléments de qualité se greffer à un club déjà susceptible de rebondir sur ses seules ressources actuelles.

Mais encore faut-il tenir le coup, c’est-à-dire accumuler des victoires. C’est un peu le dilemme de l’entraîneur : son équipe est bonne et, techniquement, il n’a qu’à continuer et attendre que le vent tourne. Mais s’il ne fait rien, n’aura-t-il alors pas l’air d’avoir abandonné, au point de donner à son patron l’envie de le remplacer pour, justement, relancer la machine avant qu’il ne soit trop tard? Tout un dilemme.


Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez consulter ses chroniques sur sa page Facebook et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.