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Bouchard: Tomas Plekanec en chiffres

dimanche 2015-10-18 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard: Tomas Plekanec en chiffres
Bouchard: Tomas Plekanec en chiffres

On n’attendait pas vraiment un dénouement si rapide. Rien n’avait transpiré, cet été, de pourparlers entre Tomas Plekanec et les Canadiens de Montréal. Pierre Lebrun, chroniqueur de TSN, a certes effleuré le sujet en début de semaine, mais encore là, personne ne semblait pressé de signer. De toute évidence, une fois les discussions entamées, les parties en présence ont constaté être sur la même longueur d’onde.

Marc Bergevin, toujours soucieux de se donner de la marge de manœuvre sous le plafond salarial, a ici décidé de payer le prix fort pour ne pas avoir trop à charge à long terme. Lorsqu’on regarde l’échelle salariale des Canadiens, deux éléments ressortent d’emblée.

Premièrement, de tous les contrats venant à terme d’ici la fin de la nouvelle entente avec Plekanec, seuls ceux d’Alex Galchenyuk et de Nathan Beaulieu présentent un potentiel de forte hausse salariale. Tous les autres sont des vétérans ou des joueurs de soutien.

Deuxièmement, si on ne ramenait pas le centre tchèque l’an prochain, on devait alors redistribuer à d’autres les tâches de deuxième centre. C’est-à-dire un homme à tout faire, capable de jouer contre n’importe qui, dans n’importe quelle situation, en parallèle à ce que Galchenyuk deviendra.

S’il y a une relève intéressante qui pousse dans les rangs mineurs, il n’est pas dit qu’il y a là des joueurs capables de prendre des minutes de premier ou deuxième trio dès l’an prochain. Et il est fort probable que Galchenyuk, pour faire parler tout son talent offensif au sein d’un premier, ait encore besoin de l’appui défensif de Lars Eller sur son aile. En gardant Plekanec, Bergevin donne à son entraîneur la flexibilité nécessaire pour pouvoir donner de la place aux jeunes s’il y a lieu (les vétérans dont le contrat achève sont plus faciles à échanger) ou, sinon, continuer avec le même noyau de centres.

Cette stratégie est nécessaire : les étoiles du club, Carey Price, P.K. Subban et Max Pacioretty sont à l’apogée de leur carrière. On ne va pas brûler de leurs meilleures saisons à leur demander de monter la garde pendant qu’on développe de jeunes joueurs à la dure dans la LNH. Plekanec, à son époque, a un peu eu à subir ce sort ingrat. Désormais, il fait partie de ceux qui épaulent les vedettes du club.

Quand même, si Bergevin a les moyens de consacrer, dans les deux prochaines saisons, 6 millions $ par année d’espace sous le plafond salarial à un « joueur de soutien », encore faut-il que celui-ci en vaille la peine. À l’âge de Plekanec, on peut toujours redouter la chute brutale de performances. Mais la stabilité de sa contribution laisse entendre, sinon espérer qu’il soit en train de vieillir un peu de la même façon de celui qui fût à l’époque son capitaine, Saku Koivu.

« Ceux qui nous y amènent… »

Plekanec, tout d’abord, est un cas relativement rare dans la LNH. Si le phénomène est plus fréquent chez les défenseurs de pointe, peu d’attaquants peuvent prétendre comme lui apporter systématiquement une contribution dans toutes les facettes du jeu. Lorsqu’on considère ses présences sur les unités spéciales, on voit bien qu’on l’a la plupart du temps généreusement utilisé dans ces situations.

Ce qui rend la chose remarquable, c’est que Plekanec s’est vu confier ces rôles par pas moins de quatre entraîneurs différents. Tous ont d’emblée reconnu cette remarquable polyvalence et s’en sont abondamment servi.

Ce qui aide à prendre ce genre de décisions, pour un entraîneur, c’est qu’au-delà des statistiques de temps de possession, de batailles pour la rondelle ou tout autre indicateur qu’on pourrait apporter, Plekanec obtient encore et toujours sa part de points dans les trois situations. Peu importe les circonstances, il marque et passe à un rythme nettement supérieur à la moyenne des attaquants de la LNH. Lorsqu’on sait à quel point les unités spéciales sont, chez les attaquants, la province de spécialistes souvent rompus à ces disciplines dès les rangs juniors, les performances de Plekanec n’en sont que plus remarquables.



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« Ceux qui nous aident une fois rendus »

Le mot de Marc Bergevin est resté : il y a ces joueurs qui aident un club à se rendre aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley, et ceux qui aident le club une fois rendu dans le tournoi printanier. Initialement, l’expression avait été sortie pour expliquer l’importance donnée à Lars Eller, que Bergevin identifiait d’emblée comme de ces joueurs qui font la différence en séries.

Plekanec traîne un peu la réputation contraire : on dit de lui qu’il s’efface rendu en séries. En fait, à forces égales, le centre tchèque a généralement offert des performances supérieures à la moyenne. Ce sont surtout les avantages numériques qui semblent lui avoir nui au fil des tournois printaniers, notamment l’an dernier. Nombre d’observateurs ont souligné que sa performance contre le Lightning avait été en demi-teintes. Confronté plus souvent qu’à son tour au trio d’Ondrej Palat, Tyler Johnson et Nikita Kucherov, il n’avait en effet guère eu le dessus, même s’il était flanqué des deux meilleurs ailiers du club, Max Pacioretty et Brendan Gallagher.

Ces insuccès sur la feuille de pointage n’ont pas empêché Michel Therrien de reformer ce trio dès le camp d’entraînement, signe qu’à ses yeux, cette performance ne constituait pas un constat d’échec irrévocable. Le fait est que Plekanec est rarement blessé, toujours disponible. Ça ne l’a pas toujours servi au fil des ans, alors qu’on lui a associé à une quantité pratiquement infinie d’ailiers.

On reconnaît d’emblée cette contribution, mais ces questions quant à ses performances en séries restent. Plus encore, c’est toujours le même soupçon qui revient : est-ce que la fatigue finit par avoir raison de lui après 80 matchs? Je doute personnellement de la chose. Un joueur qui, comme Plekanec, performe soir après soir, évite systématiquement les blessures, ne sombre pas brutalement dans un état de fatigue avancé au 83e match de la saison. Le faible nombre de matchs joués en séries et les difficultés répétées de l’avantage numérique depuis quelques années contribuent à donner cette impression d’un joueur qui s’essouffle, mais dans les faits Plekanec est simplement égal à lui même au printemps. On semble simplement incapable d’accepter qu’il ne soit pas, qu’il n’ait jamais été, un joueur qui marque 80, 90 points par saison. Bref, les attentes quant à sa contribution sur une série de 4 ou 8 matchs donnés sont démesurées.

Les joueurs de hockey vieillissent souvent de manière rapide et brutale. Après une fin de saison et des séries remarquables, Mike Weaver avait obtenu l’an dernier une entente d’un an, 1,75 million $. Pourtant, dès le début du mois de décembre, désormais incapable de suivre la parade, on le reléguait sur la galerie de presse (il ne jouera que 5 matchs en deuxième moitié de saison). De toute évidence, Plekanec n’a pas encore connu pareil ralentissement. Pour peu qu’il ne tombe dans une trappe l’an prochain, le présent contrat représente un bien faible risque pour l’organisation, qui aurait autrement probablement besoin de deux joueurs différents pour combler le trou laissé si on l’avait laissé aller sur le marché des joueurs autonomes.


Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez consulter ses chroniques sur sa page Facebook et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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