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Bouchard: Retour sur la transaction de Phil Kessel

mercredi 2015-07-08 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard: Retour sur la transaction de Phil Kessel
Des nombreux rebondissements à être survenus depuis la séance de repêchage du 26 juin, la transaction de Phil Kessel, passé des Maple Leafs de Toronto aux Penguins de Pittsburgh, fut probablement un des plus spectaculaires. On s’y attendait quand même un peu, et le toujours pertinent James Mirtle, du Globe and Mail, a su résumer de belle façon les raisons qui ont mené le club à échanger son joueur vedette.

Des nombreux rebondissements à être survenus depuis la séance de repêchage du 26 juin, la transaction de Phil Kessel, passé des Maple Leafs de Toronto aux Penguins de Pittsburgh, fut probablement un des plus spectaculaires. On s’y attendait quand même un peu, et le toujours pertinent James Mirtle, du Globe and Mail, a su résumer de belle façon les raisons qui ont mené le club à échanger son joueur vedette.

Reste que, si le jeune Kasperi Kapanen est un espoir prometteur et que les choix au repêchage (les Maple Leafs ont obtenu le choix de première ronde des Penguins en 2016, ainsi que celui de 3e ronde) peuvent se transformer en actifs intéressants, on s’est, au bout du compte, débarrassé d’un excellent joueur pour pas grand-chose. Kessel est, depuis la saison 2007-2008, un joueur qui produit avec une grande constance et qui n’est pour ainsi dire jamais blessé, ayant joué tous les matchs de son équipe depuis le début de la saison 2010-2011.

Si on le compare aux autres attaquants ayant joué plus de 100 matchs dans la LNH depuis 2007, Kessel est parmi les meilleurs pointeurs à forces égales, appartenant à un groupe d’attaquants d’élite qui produisent tout en étant confrontés soir après soir aux meilleurs éléments adverses. Le graphique ci-dessous, dont les données sont tirées du site War-on-ice.com, situe Kessel parmi ce groupe d’élite et les superpose aux autres attaquants. Les bandes gris foncé représentent les médianes et les quartiles inférieurs et supérieurs de chaque groupe de joueurs, ce qui permet de bien voir où Kessel se situe.

S’il ne joue pas un rôle extrême sur le plan défensif comme Pavel Datsyuk et Henrik Zetterberg, Kessel n’en demeure pas moins un leveur de fonte accompli, qui s’est largement distingué de la moyenne des ours depuis plusieurs saisons déjà.

En fait, si on reprend ce même groupe d’attaquants et qu’on classe plutôt les points obtenus en fonction de l’âge, on constate que, dès 20 ans, Kessel se situe largement au-delà de la moyenne. Le second graphique est plus petit et plus difficile à lire dans le détail, mais c’est vraiment pour le regard d’ensemble qu’il permet d’avoir que je vous le présente ici. On voit bien à quel point la dernière saison de Kessel sort de l’ordinaire : à 26 ans, alors qu’il devrait être au sommet de son art, il s’est complètement effondré (bref, est revenu à un niveau légèrement supérieur à la moyenne).




Le problème de Kessel a toujours été sa contribution défensive. Les graphiques de Dominic Galamini nous en donnent un premier aperçu, alors qu’on y constate que, si Kessel a un impact positif clair sur le plan offensif, sa contribution est aussi nettement négative sur le plan défensif, son club accordant systématiquement plus de tirs à l’adversaire lorsqu’il est sur la glace.

Les représentations de l’indice dCorsi faites par Conor Tompkins donnent un éclairage similaire, mais avec un détail supplémentaire : la contribution défensive de Kessel devient franchement problématique à partir de la saison 2010-2011 et reste systématiquement nuisible depuis. Il est plutôt rare de voir un joueur devenir brutalement mauvais en défensive à l’âge de 22 ans!

En fait, il semble bien qu’on n’ait pas beaucoup aidé Kessel en le jumelant systématiquement, à partir de la saison 2010-2011, au centre Tyler Bozak. Ce dernier n’est pas vraiment bon en défensive et ces deux joueurs ont manifestement constitué un tandem productif, mais aussi fort dysfonctionnel. Il est étonnant qu’on les ait laissés ensemble si longtemps.

Parce qu’il s’en va désormais à Pittsburgh, on tient pour acquis (c’est selon moi raisonnable) que Kessel va désormais jouer à l’aile de Sidney Crosby. C’est certainement souhaitable. Crosby n’est pas qu’un joueur offensif de premier plan, il est aussi excellent défensivement :

Lors de six des dix saisons de sa carrière, dont les trois dernières, Crosby a eu un impact positif clair sur le nombre de tirs accordés par son équipe à forces égales. On n’a pas le réflexe de le considérer ainsi, mais ces données nous rappellent la grande polyvalence du centre numéro 1 des Penguins. On l’avait d’ailleurs vu clairement lors du dernier tournoi olympique. Mike Babcock, surtout lors du dernier match menant à la conquête de la médaille d’or, s’était lourdement appuyé sur Crosby, l’envoyant disputer un maximum de mises en jeu en zone défensive.

On pourrait croire que, habitué à contrôler le disque en entrée de zone, Crosby pourrait avoir de la difficulté à s'entendre avec Kessel, un attaquant qui donne son plein rendement lorsqu’on le laisse transporter la rondelle. Mais l’excellence défensive du capitaine des Penguins ainsi que sa grande polyvalence me laisse croire qu’il saura certainement s’en accommoder. Pour tout dire, il me semble clair que les qualités de son nouvel ailier droit vont, tout simplement, permettre à Crosby de se concentrer sur les séquences de relance en zone défensive. Plus que le nombre de points accumulés par Kessel, c’est donc la possibilité de le voir enfin déployé sur un trio qui ne sera pas un danger pour sa défensive qui pourrait enfin lui permettre de laver sa réputation.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.