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    Bouchard: Les Blackhawks ont trouvé les ajustements nécessaires contre le Lightning

    Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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    Bouchard: Les Blackhawks ont trouvé les ajustements nécessaires contre le Lightning
    Les Blackhawks ont trouvé les ajustements nécessaires contre le Lightning

    Si la série ayant opposé l’an dernier les Kings de Los Angeles aux Rangers de New York avait l’allure d’une guerre d’usure, le duel entre les Blackhawks de Chicago et le Lightning de Tampa Bay nous a donné droit à du jeu beaucoup plus ouvert. Il y avait pourtant quelque chose de physiquement brisé dans l’élan perdu par le Lightning au cours de la troisième période de l’ultime match. Les blessures ont, au bout du compte, sapé l’élan de la troupe de Jon Cooper.

    Je pense ici d’abord et avant tout aux performances du trio composé d’Ondrej Palat, Tyler Johnson et Nikita Kucherov. Si Palat a continué à exceller tout au long de la série, Johnson a quant à lui subi une grave blessure au poignet en début de série, alors que Kucherov s’est manifestement amoché lors du cinquième match. Jon Cooper a bien tenté d’ajuster le tir en redistribuant les responsabilités, mais les résultats n’ont pas suivi.

    Même si on ne leur a presque pas donné de mises en jeu en zone défensive (Steven Stamkos ou encore Brian Boyle se chargeaient de la mise en jeu à la place de Johnson), ce trio n’a pu tenir le coup sur le plan territorial. Outre la blessure à Johnson, relevons qu’ils ont été franchement malmenés lorsquils ont été accompagnés de Jason Garrison et Braydon Coburn, mais aussi qu’ils ont pour ainsi dire toujours joué contre Jonathan Toews ou Marcus Kruger, en plus d’être surveillés par Duncan Keith et Niklas Hjalmarsson.

    Comme je le soulignais il y a une semaine, ces circonstances ont été favorables au Lightning en début de série. Mais les blessures ont forcé Cooper à s’appuyer plus lourdement sur ses autres trios pour des tâches défensives, se trouvant ainsi privé de l’arme la plus dévastatrice de son arsenal, soit la capacité qu’avaient Johnson et ses coéquipiers de ramasser la rondelle dans leur zone et de descendre à pleine vitesse en zone offensive.

    Que ce soit en interceptant des rondelles à leur ligne bleue, en s’offrant en cible pour des passes en sortie de zone ou encore en se glissant en zone neutre entre les défenseurs adverses pour y recevoir une passe savante, Kucherov, Johnson et Palat ont continuellement déséquilibré les défensives adverses. Ils en venaient ainsi à entrer en zone offensive avec une vitesse qui forçait les défenseurs à reculer rapidement et ainsi laisser des espaces béants à la ligne bleue.

    Ces espaces, ce trio avait la capacité non seulement de les créer, mais aussi de les utiliser en contrôlant le disque, variant leur vitesse, et en passant la rondelle d’un côté à l’autre de la zone pour ouvrir les lignes de tir. Ce but de Tyler Johnson, marqué en deuxième période lors du deuxième match, en est un exemple particulièrement net.

    En cessant de leur donner des mises en jeu en zone défensive, Cooper renonçait donc à des occasions supplémentaires de créer ces entrées de zone dévastatrices qui avaient donné du fil à tous les adversaires du Lightning.

    On parlait des ajustements de Joel Quenneville comme élément déterminant. Ce n’est qu’au troisième match que l’entraîneur a commencé à trouver la bonne recette, qu’il a finalement ajustée au quatrième match. Il s’agissait en fait de revenir à une vieille recette éprouvée : Patrick Sharp à l’aile gauche de Marian Hossa et Jonathan Toews. Ce changement de rôle, comme le soulignait Jennifer Lute Costella dans le Chicago Tribune, enlevait à Sharp la responsabilité du transport de la rondelle en zone neutre pour lui permettre de faire ce qu’il fait de mieux, soit chercher les ouvertures pour se démarquer. Les chances de marquer n’ont pas tardé à suivre.

    Autre élément déterminant lors de cette série : les Blackhawks ont su servir sa propre médecine au Lightning. Tampa Bay avait en effet démontré au cours des trois premières rondes des séries une remarquable aptitude à empêcher l’adversaire d’utiliser la largeur de la zone offensive. En forçant l’ennemi à construire ses attaques sur un seul côté de la zone, on permettait à l’immense Ben Bishop de se télescoper vers le jeu sans avoir à craindre le jeu latéral. Le nombre de tirs bloqués (ces graphiques sont disponibles en version interactive sur le site war-on-ice.com) dans l’enclave montre que le Lightning a su continuer à tirer son épingle du jeu, forçant les Blackhawks à tenter de nombreux tirs de la pointe dans l’espoir d’attraper quelques rebonds.

    Mais lorsqu’on regarde la charte des tirs tentés par Tampa Bay, on voit à quel point les Blackhawks ont su appliquer eux aussi cette méthode, bloquant une quantité astronomique de tirs dans le milieu de l’enclave.

    Après avoir rapidement expédié les Predators de Nashville et le Wild du Minnesota lors des deux premières rondes, ils ont su traverser une série particulièrement rude contre les Ducks d’Anaheim. Confronté à un club plus rapide et axé sur la vitesse en zone neutre, Joel Quenneville a fini par trouver les bonnes combinaisons, séparant Patrick Kane et Jonathan Toews, sortant Bryan Bickell au profit de Kris Versteeg, s’appuyant sans broncher sur Marcus Kruger pour ses missions défensives. À force d’ajustements, il a fini par trouver les combinaisons capables d’exploiter les failles apparaissant dans l’armure de son adversaire.

    Il y a quelque chose de profondément atypique dans cette équipe qui comptait sur une défensive structurée en carrousel plutôt qu’en paires et dont les trios étaient, sauf cette unité défensive menée par Kruger, sujets à d’incessantes rotations de rôles et de personnel. Un groupe de joueurs flexibles, habitués les uns aux autres, qu’on réagençait selon les impératifs du moment (encore fallait-il qu’ils y croient pour s’y soumettre!) ont ainsi formé un club exceptionnel et confirmé la validité de leur prétention à ce titre rare, celui de dynastie.

    Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.