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Bouchard: Les défenseurs ayant le plus grand impact à forces égales

jeudi 2014-12-25 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard: Les défenseurs ayant le plus grand impact à forces égales
Bouchard: Les défenseurs ayant le plus grand impact à forces égales

Qu’est-ce qu’un défenseur dominant? On sait reconnaître par la feuille de pointage ceux qui abattent le gros du boulot en avantage numérique et on voit, par le temps de glace passé en désavantage numérique, ceux qui ont des rôles plus défensifs. Mais pour le jeu à forces égales? Parce qu’un défenseur ne marque pas souvent à forces égales, on utilise communément les différentiels de tirs vers le filet comme moyen de déterminer quels sont les défenseurs du circuit ayant le plus grand impact dans cette phase du jeu.

À ce stade-ci de la saison, si on réduit la liste des défenseurs à l'aide d'une série de facteurs précis, on est en mesure de comparer un groupe sélect d’arrières. À partir des listes de Behindthenet.ca, nous avons ainsi sélectionné les défenseurs ayant atteint les seuils suivants : minimum de 20 matchs joués et 16 minutes de temps de glace à forces égales par partie, ainsi qu’un différentiel minimum de +10 quant au nombre de tirs vers le filet obtenu par heure passée sur la glace. Seuls 12 défenseurs forment cette liste. La voici, classée en fonction du différentiel de tirs relatif au reste de leurs équipes respectives.

On voit d’emblée apparaître certains noms familiers, mais aussi des inconnus relatifs. Tout d’abord, deux tandems, un bien connu et l’autre plus surprenant : si T.J. Brodie et Mark Giordano ont fait leur nom en ce début de saison, on ne peut en dire de même de Ryan Ellis et Mattias Ekholm. Derrière le premier duo constitué de Roman Josi et Shea Weber, ces deux défenseurs ont clairement pris le rôle de deuxième paire et effectuent un boulot remarquable. Leurs excellentes performances territoriales s’expliquent en partie qu’on leur donne beaucoup de départs en zone offensive (Weber et Josi sont ceux qui ramassent le plus de missions défensives à forces égales), mais on leur donne aussi beaucoup de minutes. Il faut savoir qu’à Nashville, Anton Volchenkov (11 minutes) et Seth Jones (14 minutes) jouent peu à forces égales, ce qui donne au deuxième duo un rôle néanmoins difficile.

Mais ce rôle n’est en rien comparable à celui joué par le tandem Giordano-Brodie. En repiquant les noms de cette liste et en les intégrant à l’outil de comparaison du site war-on-ice.com, on voit à quel point les deux défenseurs de Calgary connaissent une saison exceptionnelle : non seulement performent-ils offensivement, mais ils le font en accumulant, tant au plan territorial que sur celui des assignations à neutraliser les meilleurs éléments adverses, des responsabilités sans pareilles parmi leur groupe de pairs.

L’échelle des couleurs du graphique ci-dessus représente le différentiel de tirs cumulés relativement aux autres joueurs qui y sont représentés; même si Giordano et Brodie sont « dans le rouge », leur équipe affiche quand même un temps de possession quelque 5 pour cent supérieur lorsqu’ils sont sur la glace.

On retrouve en bas à droite du graphique Nick Leddy, Kevin Shattenkirk et Brian Campbell, à l’extrême d’un mode d’utilisation commun à la majorité des défenseurs présents sur ce graphique : on leur demande, parce qu’ils sont habiles au jeu offensif, de prendre un grand nombre de mises en zone offensive. L’axe horizontal représente donc la part de mises en zone offensive obtenue par ces défenseurs relativement au reste de leur équipe. P.K. Subban, s’il obtient lui aussi beaucoup de départs offensifs par rapport au reste de son club, se démarque néanmoins du groupe de défenseurs à la droite du graphique par la qualité des adversaires qu’il affronte, ce qui ne l’empêche pas d’obtenir un des meilleurs différentiels de tirs relatifs du groupe.

Il est quelque peu surprenant de voir Michael Del Zotto, qui n’a pas exactement la réputation d’un leveur de fonte, être ainsi positionné sur cet axe, mais on doit savoir que les Flyers peinent à obtenir de ces mises et les consacrent en majorité à Mark Streit. Ajoutons que Del Zotto, comme Campbell, est tenu relativement loin des meilleurs éléments adverses. Reste qu’à 24 ans et à son troisième club en autant de saisons, ce défenseur offensif semble enfin se trouver une niche.

Outre Ellis et Ekholm, on retrouve au milieu du graphique deux défenseurs aux curriculums particulièrement différents. D’un côté, Duncan Keith apparaît ici dans un rôle moins offensif que ce que ses dernières saisons ont laissé voir. C’est un peu un effet d’optique; les Blackhawks sont tellement dominants en possession de rondelle qu’avec un ratio de mise en zone offensive similaire à celui de son équipe, Keith se retrouve avec un taux brut (55 pour cent) similaire à celui de Leddy, par exemple. Aussi, il est évident que le départ de Leddy, justement, a poussé Joel Quenneville à protéger encore plus sa troisième paire de défenseurs. Derrière Brent Seabrook, Keith, Niklas Hjalmarsson et Johnny Oduya, David Rundblad, Trevor Van Riemsdyk et Tim Erixon obtiennent tous des taux de mises en zone offensive supérieurs à 60 pour cent.

Jonas Brodin est un autre cas intéressant, un défenseur effacé, que l’on voit peu sur l’avantage numérique, mais qui joue beaucoup à forces égales, principalement avec Ryan Suter. Brodin est encore jeune et on pourrait le voir déployer graduellement ses ailes sur le plan offensif. Les départs en zone offensive qu’on lui confie ainsi que la domination territoriale qu’il permet à son équipe d’atteindre attestent de ses habiletés, mais il semble présentement s’établir (à 21 ans seulement!) comme un leveur de fonte dans le moule de ce que Hjalmarsson est devenu à Chicago.

Kristopher Letang est quant à lui, dans la force de l’âge, déployé de manière identique depuis 2008-2009 : quelques départs offensifs en surplus de ce que l’équipe obtient généralement, beaucoup de temps passé contre les meilleurs adversaires, un avantage marqué donné à son équipe au temps de possession. Il semble que Dougie Hamilton soit en phase de devenir lui aussi un défenseur de ce type. Zdeno Chara blessé, on lui a assigné Dennis Seidenberg et on l’a envoyé au front la fleur au fusil. Le capitaine des Bruins revenu, Claude Julien s’est empressé de le réunir à Hamilton, mais ce dernier a démontré être capable de se débrouiller même s’il n’est pas dans l’ombre de l’autre. On ne remplace pas un joueur comme Chara, mais à 37 ans, on devra un jour demander à quelqu’un de prendre la relève. Il sera intéressant de voir si, au fil de la présente saison, on décide à Boston de finalement séparer Hamilton de son mentor.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.