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La légende des Canadiens Jean Béliveau est décédé à l'âge de 83 ans

mercredi 2014-12-03 / 9:27 / LNH.com - Nouvelles

Par David Kalan - Journaliste LNH.com

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La légende des Canadiens Jean Béliveau est décédé à l'âge de 83 ans
La légende des Canadiens Jean Béliveau est décédé à l'âge de 83 ans

Il arrive rarement qu'une équipe achète une ligue entière pour acquérir un joueur au talent exceptionnel. Jean Béliveau possédait un tel talent.

Béliveau est décédé mardi à l’âge de 83 ans.

« Tous les membres de l’organisation des Canadiens sont profondément peinés et touchés par le décès de M. Jean Béliveau. Comme les millions d’amateurs de hockey qui ont suivi la vie et la carrière de ce grand homme, le Club de hockey Canadien pleure aujourd’hui le départ d’un homme dont la contribution au développement de notre sport et de notre société a été immense. M. Béliveau était un grand leader, un gentilhomme sans pareil et sans contredit le plus grand ambassadeur que le hockey ait connu », a souligné mardi le président du Club de hockey Canadien, M. Geoff Molson.

« Jean Béliveau a fait partie de la grande famille des Canadiens pendant six décennies. L’organisation des Canadiens apportera tout le soutien nécessaire aux membres de l’entourage de Jean Béliveau en ces moments extrêmement difficiles, et avons accepté, avec leur accord, de prendre en charge les cérémonies qui se dérouleront au cours des prochains jours. Au nom de la famille Molson, et de tous les membres de l’organisation du Club de hockey Canadien, j’offre mes plus sincères sympathies à son épouse Élise, sa fille Hélène, ainsi qu’à ses deux petites filles Mylène et Magalie. »

Malgré qu’il ait vu le jour à Trois-Rivières au Québec, Béliveau ne brûlait pas du désir de se joindre à la légendaire équipe de la LNH de sa province. En fait, Béliveau a rejeté plusieurs offres du directeur général Frank Selke, préférant s’aligner avec les As de Québec, de la Ligue de hockey senior du Québec. Éventuellement, Selke a poussé les Canadiens à acheter toute la Ligue de hockey senior du Québec en 1953 et d’en faire une ligue professionnelle, s’assurant ainsi de mettre la main sur les droits de Béliveau.

La plupart conviendront que ce fut une bonne décision. Dans une équipe dotée d'une aussi riche tradition que Montréal, plusieurs joueurs tels Maurice et Henri Richard, Guy Lafleur et Patrick Roy ont marqué l'histoire de la concession la plus fructueuse du hockey. Peu, cependant, ont eu le même impact que Béliveau, qui était surnommé affectueusement « Le Gros Bill ».

« Aucun livre des records ne peut décrire, aucune image ne peut illustrer, aucune statue ne peut évoquer la noblesse du remarquable Jean Béliveau, dont l’élégance et le talent sur la patinoire ont suscité l’admiration du monde du hockey en même temps que son humilité et son humanité à l’extérieur de la patinoire ont gagné l’amour des partisans partout », a déclaré le commissaire de la Ligue nationale de hockey, Gary Bettman.

« M. Béliveau était une formidable présence et son départ laisse un vide incommensurable. Alors que nous pleurons sa mort, nous chérissons ce qu’il nous a donné. Un sport rehaussé à jamais par son caractère, sa dignité et sa classe.

« Pour tout ce qu’il a accompli et tous les honneurs qu’il a reçues, Jean Béliveau était toujours l’incarnation du garçon dont le seul rêve était de jouer avec les Canadiens de Montréal. Le hockey est mieux parce que ce rêve a été réalisé. La Ligue nationale de hockey transmet ses plus sincères condoléances à l’épouse de M. Béliveau, Élise, et la famille Béliveau, à ses innombrables amis dans le monde du hockey, et à ses Canadiens bien-aimés, qu’il a toujours représentés avec tellement de distinction et d’élégance. »

Au cours d'une carrière de 20 saisons avec les Canadiens de 1950 à 1971, le légendaire joueur de centre a connu une des plus brillantes carrières dans l'histoire du sport, inscrivant 507 buts et récoltant 712 passes, prenant part à 14 Matchs des étoiles, remportant à deux reprises le trophée Hart remis au joueur par excellence de la ligue (1956 et 1964) et le trophée Art Ross, décerné au meilleur pointeur de la LNH en 1956.

Béliveau est généralement considéré comme le meilleur joueur de centre dans l'histoire de l'organisation la plus fructueuse du hockey.

Sans minimiser autant de réalisations personnelles, Béliveau a aussi remporté la Coupe Stanley à 10 reprises en tant que joueur des Canadiens avant d'ajouter sept conquêtes de la Coupe Stanley en tant que membre de la direction du CH. Par conséquent, le nom de Béliveau est gravé 17 fois sur la Coupe Stanley, plus que n’importe qui d’autre.

Wayne Gretzky a écrit dans la préface de l'autobiographie de Béliveau : « Ayant eu le bonheur de remporter la Coupe Stanley à quatre reprises dans ma carrière et de connaître la satisfaction et de voir les amitiés qui sont générées par un tel effort collectif aussi difficile, il est sidérant de voir que Béliveau a accompli cet exploit pas moins de 10 fois en tant que joueur et sept fois en tant que membre de la direction dans la même organisation. Je ne pense pas qu'il existe une autre personne dans une équipe de sport professionnel qui personnifie mieux le terme "gagnant". »

De plus, Béliveau occupe le deuxième rang dans l'histoire des Canadiens au chapitre des points et des passes, le troisième au chapitre des buts et le quatrième au chapitre des matchs joués. Il est devenu le quatrième joueur dans la LNH à marquer 500 buts le 11 février 1971. Il est aussi devenu le deuxième joueur à atteindre le plateau des 1 000 points, rejoignant ainsi Gordie Howe des Red Wings de Detroit dans ce groupe exclusif le 3 mars 1968 à son 911e match en carrière. Il fut également le premier lauréat du trophée Conn Smythe, étant proclamé le joueur par excellence des séries éliminatoires en 1965.

Il a été le capitaine des Canadiens pendant 10 saisons, au cours desquelles Montréal a remporté la Coupe Stanley à cinq reprises, et il est à égalité avec Saku Koivu pour le plus long règne à titre de capitaine des Canadiens.

Béliveau, dont le dossard no 4 a été retiré par les Canadiens le 9 octobre 1971, a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1972 après que le Temple eut renoncé exceptionnellement à la période d'attente obligatoire de trois ans après la retraite d'un joueur.

Avec une feuille de route aussi impressionnante avec les Canadiens, il peut paraître étonnant que ce n'était pas le premier aréna où Béliveau avait brillé et qu'il était presque devenu un joueur professionnel dans un sport différent.

Béliveau a grandi en jouant au baseball l'été. Il suivait régulièrement les activités des Royaux de Montréal, une équipe des ligues mineures qui a accueilli le membre du Temple de la renommée du baseball Jackie Robinson avant qu'il ne brise la barrière de la couleur avec les Dodgers dans les ligues majeures. À 15 ans, Béliveau a reçu une offre d'un dépisteur qui avait été impressionné par son habileté pour lancer. L'offre a été rejetée par sa mère Laurette.

L'influence des parents a été un thème récurrent dans les premières années de la carrière de Béliveau et elle a eu, par extension, un impact considérable sur les Canadiens et le hockey tel qu'on le connaît maintenant. Quand les Canadiens ont d'abord tenté de le mettre sous contrat en lui offrant un contrat de « type C », ce qui lui aurait donné 100 $ immédiatement, mais l'aurait lié à l'organisation des Canadiens, le jeune Béliveau a demandé aux dépisteurs de rencontrer son père, qui a refusé parce qu'il voulait contrôler l'avenir de son fils.

Selke et les Canadiens ont accepté de lui consentir un contrat qui exigeait uniquement qu'il se présente au camp d'entraînement avant de lui permettre d'évoluer avec le Canadien junior. Mais après que Béliveau eut effectué de courts séjours avec Montréal en 1950-51 et 1952-53, et alors qu'il semblait ne pas vouloir quitter les As de Québec de la Ligue senior du Québec, Selke a choisi de poser un geste dramatique. Fatigué d'attendre le jeune joueur de centre qui venait de remporter le championnat des compteurs dans la LHSQ, il a décidé d'acheter la ligue au complet et d'en faire un circuit professionnel plutôt qu'amateur.

Les Canadiens possédant maintenant les droits sur Béliveau, en plus de tous les autres joueurs de la ligue, il a été contraint de joindre l'équipe en vue de la saison 1953-54. Trois ans plus tard, Béliveau a été choisi le joueur par excellence de la LNH pour la première fois.

La longue liste d'exploits de Béliveau par la suite est pas mal du tout pour un joueur qui n'avait jamais joué dans une ligue de hockey avant l'âge de 12 ans.

Né à Trois-Rivières au Québec le 31 août 1931, Béliveau était l'aîné d'une famille de huit enfants, qui ont d'abord appris à jouer au hockey sur une patinoire dans la cour-arrière comme font encore plusieurs jeunes Canadiens.

« C'était une version simplifiée du hockey au Forum Béliveau. C'était peut-être primitif au plan technique, sans jeu de position et de stratégies à cinq contre cinq », a écrit Béliveau dans son autobiographie Jean Béliveau: Ma vie dans le hockey, « mais on pouvait se concentrer sur les bases, apprendre à patiner, manier la rondelle et lancer. »

C'est au Forum Béliveau qu'il commencera à développer les habiletés qui en feront un des plus grands joueurs à endosser l'uniforme bleu-blanc-rouge - malgré une enfance comme les autres dans une famille canadienne-française catholique et qui n'était « d'aucune façon remarquable ».

Cependant, son engagement pour le travail et les valeurs solides que lui ont inculquées ses parents ont fait de Béliveau une figure remarquable dans une carrière qui a été tout le contraire de son enfance. En plus de ses exploits sur la patinoire, Béliveau a contribué à des oeuvres de charité du Québec et au Canada, créant la Fondation Jean Béliveau en 1971, un organisme qui sera ensuite transféré à la Société pour les enfants handicapés du Québec en 1993.

Sa contribution à des causes charitables lui a valu plusieurs distinctions au cours des années. Il a été nommé grand officier de l'Ordre national du Québec en 2010, compagnon de l'Ordre du Canada en 1998, en plus d'avoir été ajouté à liste des étoiles de l'Allée des célébrités canadiennes en 2001 et d'avoir été l'objet d'un timbre en plus de recevoir plusieurs autres honneurs. En 1994, Béliveau a reçu une offre pour devenir le gouverneur général du Canada, mais il a refusé pour passer plus de temps avec sa famille.

Pour compléter cette liste de prix et distinctions, les Canadiens ont créé le trophée Jean Béliveau en 2003 afin de récompenser le joueur de l'équipe qui est le meilleur exemple d'implication et de dévouement dans la communauté. De plus, il était un capitaine honoraire de l'équipe canadienne de hockey qui a remporté la médaille d'or au tournoi olympique en 2010.

Tous ces honneurs et ces records semblaient le rendre immortel, mais le temps a fait son œuvre. Au cours des deux dernières décennies, Béliveau a éprouvé plusieurs problèmes de santé. Il a combattu une tumeur cancéreuse au cou qui a été décelée en 2000, subissant 35 traitements de chimiothérapie. Il a gagné sa bataille contre le cancer pour se retrouver en rémission malgré le fait qu'il ait perdu une trentaine de livres.

En 2008, Béliveau a été hospitalisé après avoir perdu connaissance en raison d'une baisse de sa pression sanguine, et il a été admis à l'Hôpital général de Montréal en janvier 2010 après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral. Béliveau avait aussi séjourné à l'hôpital en raison de problèmes cardiaques, qui étaient toutefois connus depuis longtemps. Un médecin avait dit, après son premier examen médical avec l'équipe en 1953, que le centre de six pieds trois pouces, 205 livres, avait « un moteur d'Austin dans un châssis de Cadillac ». Ce châssis a tenu bon pour lui permettre de connaître une des carrières les plus dynamiques et impressionnantes dans l'histoire de la LNH, ainsi que lors des années qui ont suivi, laissant un héritage et une influence qui sont presque inégalés dans le sport.