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Bouchard : Le premier but du match et son vrai impact

dimanche 2014-11-09 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Le premier but du match et son vrai impact
Bouchard : Le premier but du match et son vrai impact

On parle souvent de l’importance du premier but dans la LNH. Plus qu’une question d’initiative, de rythme, de hockey de rattrapage, on parle bien ici d’un avantage souvent incommensurable. En effet, toutes périodes confondues, l’équipe marquant le premier but remporte le match près de 70 pour cent du temps depuis le début de la saison 2007-2008.

Logiquement, l’avantage gagné par l’équipe qui marque en premier gagne en importance au fur et à mesure qu’avance le match. Plus précisément, l’équipe qui marque le premier but en première période a obtenu la victoire 68 pour cent du temps, taux qui passe à 72 pour cent lorsque le premier but est obtenu en deuxième période et 82 pour cent en troisième période.

Qui frappe tôt frappe fort, donc, et la répartition des buts en fonction des situations de match montre qu’on n’a pas non plus affaire à un phénomène particulièrement influencé par les unités spéciales. Lorsque l’équipe gagnante marque le premier but du match, c’est trois fois sur quatre à forces égales, une proportion à toute fin identique à celle des équipes qui perdent un match en marquant le premier but. Et si on compare aux proportions sur le total des buts marqués? Les différences sont minimes.

En fait, à l’échelle de chaque saison de chaque équipe, la distribution des premiers buts obtenus semble quasi aléatoire, c’est-à-dire que lorsqu’on prend les 210 saisons complètes jouées par les 30 franchises de la LNH depuis 2007, qu’on croise pour chaque occurrence le nombre de premiers buts obtenus par celui de la part de tirs obtenus à forces égales ajustés en fonction du score, on obtient un nuage de points à la forme nébuleuse.

On retrouve de tout dans ce graphique. En 2009-10, les Maple Leafs de Toronto, qui obtiennent 53 pour cent des tirs à forces égales, n’obtiennent le premier but qu’à 30 reprises sur 82 matchs, soit le deuxième pire total après les Islanders de New York de 2010-11, qui ont obtenu le premier but à 28 reprises. Compagnons d’infortune des Maple Leafs, les Panthers de la Floride de 2013-14, qui obtiennent 51 pour cent des tirs mais eux aussi 30 premiers buts.

À l’inverse, certaines équipes ont au fil des saisons obtenues des scores parfois largement supérieurs à ce qu’on peut attendre de leur jeu territorial. Trois équipes ont obtenu, au cours de cette période, le premier but à pas moins de 56 reprises sur 82 matchs. Les Sharks de San Jose en 2007-08 (55 pour cent de tirs ajustés au score) et les Blackhawks de Chicago en 2009-10 (58 pour cent de tirs obtenus!) appartenaient légitimement à l’élite de la LNH, alors que les Canucks de Vancouver de 2011-12, malgré leurs 56 premiers buts obtenus (51 pour cent des tirs ajustés au score), ont été éliminés dès la première ronde par les éventuels champions du tournoi printanier, les Kings de Los Angeles. Ces derniers avaient en cours de saison obtenu 54 pour cent des tirs ajustés au score, 45 fois le premier but du match.

Un dernier exemple, qui force à regarder du côté du hasard : lors de la saison écourtée de 2012-13, ce sont les Maple Leafs qui obtiennent le plus grand nombre de premiers buts, 32 sur une possibilité de 48 et ce malgré un pitoyable 44 pour cent de tirs obtenus. Les Blackhawks, qui obtiendront une série de 24 matchs sans connaitre la défaite en temps réglementaire (la moitié de la saison!) ont 55 pour cent des tirs ajustés au score, 29 premiers buts et terminent quand même avec la Coupe Stanley.

À regarder ces données, on est pris d’un doute : le premier but serait le fait du hasard ce qui ferait de celui-ci le principal déterminant du résultat des matchs de la LNH? Ce n’est pas aussi bête que ça, mais on voit à quel point l’écart entre les meilleurs et les équipes de queue est restreint. Mais les meilleurs ont tout de même globalement un avantage notable.

Seulement, on doit accepter de recadrer un peu plus large. Si, à l’échelle d’une seule saison, une équipe peut effectivement se faire mordre par les pourcentages (les Maple Leafs, les Panthers) ou, au contraire, se faire avantager (encore les Maple Leafs!), lorsqu’on regroupe ces équipes en fonction de leur part de tirs obtenus, on voit la tendance apparaître nettement. Le graphique suivant reprend la distribution des données du précédent, mais cette fois-ci les équipes sont ramassées en groupes selon leur taux de tirs obtenu au pourcentage près. On obtient donc 17 groupes allant de 42 pour cent à 59 pour cent. La méthode est crue, mais les résultats sont éclairants.

La tendance devient ici beaucoup plus claire. On voit un peu mieux ce qui doit guider, philosophiquement parlant, une équipe de la LNH : il n’y a pas de résultats certains et le hasard joue une part importante à l’échelle même d’une saison pour un club. Il s’agit alors de réunir un maximum d’éléments pour « tirer » l’équipe vers le haut, avec ou malgré le hasard.

À l’échelle d’un match, on a donc parfaitement raison de souligner l’importance du premier but marqué. Indépendamment de la capacité du club à déclasser son adversaire aux tirs, une fois le premier but marqué, les choses tournent à l’avantage du plus opportuniste et c’est encore plus vrai si le premier but est tardif. À l’échelle d’une saison, cette question est plus délicate et nous renvoie au fait, étudié depuis longtemps, que les résultats d’une équipe au classement ne sont jamais un reflet fidèle de ses aptitudes réelles.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données, notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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