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Bouchard: Deux matchs en deux soirs, est-ce trop pour un gardien?

mercredi 2014-10-15 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard: Deux matchs en deux soirs, est-ce trop pour un gardien?
Bouchard: Deux matchs en deux soirs, est-ce trop pour un gardien?

L’analyse des données a mené vers une foule de chemins différents. Un des constats issus de ces analyses, aujourd’hui reprit à travers la ligue, concerne l’importance de ne pas demander à un gardien de protéger les filets lorsque deux matchs sont disputés en deux soirs.

Une des analyses les plus claires de l’impact négatif du deuxième match sur les performances d’un gardien de but a été accomplie par deux auteurs du blogue Broad Street Hockey. En deux articles, Kurt R. et Eric Tulsky ont décortiqué les situations de deux matchs en deux soirs, d’abord lors de la saison écourtée de 2013, puis lors de celle de la saison 2011-2012.

Cette deuxième phase, accomplie par Tulsky, visait à confirmer les résultats en utilisant un plus large bassin de données et apporte une conclusion qui a fait école : entre 2011 et 2013, les gardiens qui ont eu à commencer deux matchs en deux soirs ont obtenu lors de ce deuxième match un pourcentage d’arrêts de ,901 contre ,912 pour ceux qui ont commencé ce deuxième match sans avoir gardé les filets la veille. L’impact serait, on le voit, plus que substantiel. Et comme le souligne Tulsky en conclusion, un deuxième match en deux soirs augmente la possibilité de blessures.

Comme c’est souvent le cas dans l’analyse des performances des gardiens de buts à partir des données publiées par la LNH, on reste malgré tout dans le flou.

Si on se base sur les études citées plus haut, on peut ramener les critères au plus simple : lors d’un deuxième match en deux soirs, un gardien est reposé ou fatigué. Lors d’un match précédé d’un jour de repos, il est considéré comme étant reposé. On s’attarde aux gardiens partants, ceux qui ont commencé le match, et non pas leurs substituts.

Globalement, lorsqu’on regarde pour chaque saison depuis 2007-2008 les résultats affichés par les partants de la LNH, l’évolution des résultats ne manque pas de surprendre :

En gros, l’impact global du deuxième match en deux soirs ne semble se manifester réellement qu’au cours des dernières saisons et n’est jamais aussi prononcé que lors des deux saisons étudiées plus en détail! En fait, l’oscillation des performances des gardiens reposés lors des deuxièmes matchs laisse deviner que, même avec des bassins de données importants (c’est plus de 460 000 tirs qui sont compris dans l’analyse ci-dessus), les tendances sont modestes. On voit quand même que les pourcentages d’arrêts des gardiens de la LNH lorsqu’ils sont reposés semblent avoir augmenté. Mais à 0,3 pour cent d’augmentation, ça n’est pas le Pérou.

C’est à 5-contre-5 que l’écart semble se creuser. Mais encore là, on voit bien que la saison 2011-2012 et la saison écourtée de 2013 font bande à part. À 4-contre-5, il devient encore plus difficile d’identifier une tendance.

Le tableau ci-dessus résume pourtant les données de 73 000 tirs au but, soit plus de 10 000 par saison, mais ça n’est manifestement pas suffisant pour identifier une tendance claire. Sachant qu’un gardien régulier reçoit un peu plus de 2 000 tirs toutes situations confondues au cours d’une bonne saison de travail, on réalise à quel point l’évaluation des gardiens de but devient difficile à faire avec les seules données sur les tirs qu’ils reçoivent. Si on peut observer, sur des groupes comme ceux ci-dessus, de telles variations, imaginez au fil d’une saison!

Mais nous ne sommes pas sans ressources. Tulsky et ses compères ont bien identifié une tendance, soit qu’on utilise de plus en plus rarement des gardiens fatigués lors d’un deuxième match en deux soirs.

La saison écourtée de 2013 est probablement une exception. De manière générale, on voit bien que le travail se transfère de plus en plus vers des gardiens mieux reposés. On peut croire que les gains de performances à espérer sont modestes, du moins si on se fie aux tableaux précédents. Mais on ne doit pas pour autant croire que cette tendance va s’inverser. Il y a fort à parier que c’est plutôt la santé des gardiens qui préoccupe les entraîneurs. Les hommes de fer comme Martin Brodeur ne sont tout simplement plus au goût du jour.

On travaille aujourd’hui de plus en plus avec des gardiens de but auxquels on demande environ 65 matchs par saison. Depuis 2010-2011, cinq gardiens seulement ont atteint les 70 matchs joués, aucun depuis 2011-2012 (alors que Jonas Hiller, Miikka Kiprusoff et Pekka Rinne avaient franchi ce cap). S’il est clair qu’on souhaite, en diminuant leur charge de travail, maximiser le rendement des meilleurs gardiens, la tendance que l’on voit à l’œuvre est encore bien mince, du moins du point de vue des pourcentages d’arrêts.

Seuls les observateurs possédant des données plus fines sur le travail des gardiens de but peuvent avec certitude confirmer que cette façon de les utiliser maximise effectivement les ressources de l’équipe. Au vu des statistiques publiées par la ligue, bien qu’on voit poindre des tendances, la question reste encore ouverte.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données,notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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