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Bouchard : Saku Koivu, une carrière en trois périodes

mercredi 2014-09-17 / 12:53 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Saku Koivu, une carrière en trois périodes
Bouchard : Saku Koivu, une carrière en trois périodes

Saku Koivu annonçait la semaine dernière sa retraite de la LNH après 18 saisons. Capitaine inspirant lors de son passage à Montréal, second efficace à Ryan Getzlaf à Anaheim et leader de son équipe nationale (on oublie trop souvent, de ce côté de l’Atlantique, ses quatre médailles olympiques). Mes collègues Arpon Basu et Serge Touchette ont tous deux souligné de manière éloquente à quel point l’héritage de ce joueur coriace dépasse de loin le strict domaine des patinoires de la LNH.

Mais son parcours de hockeyeur n’est pas banal lui non plus. N’ayant rien à ajouter à ces portraits du personnage, j’aimerais pour ma part ici proposer un bref retour en statistiques sur ce que fût la carrière de Koivu. Elle illustre bien, me semble-t-il, comment la LNH est aujourd’hui plus que jamais une ligue basée sur la vitesse et le talent, comment aussi les joueurs qui, comme Koivu, bâtissent leur carrière sur ces deux éléments se donnent la possibilité de se réinventer et ainsi donner un second souffle à leur carrière. Sur ce plan, la mutation de Koivu (amorcée à la suite du lock-out de 2004-05) est tout simplement fascinante.

Première période : 1995 à 2002, la traversée du désert

C’est un peu la préhistoire des statistiques au hockey. La LNH ne publie alors que des rapports de matchs succincts (les bons vieux boxscore qu’on retrouvait à la fin des cahiers des sports!) et l’identification des tendances est alors ardue. C’est aussi la première période de la carrière de Koivu, marquée par les blessures. Avec 347 matchs en sept saisons, Koivu est, selon Hockey-Reference.com, au 363e rang pour le nombre de matchs joués dans la LNH au cours de cette période. Au nombre de points par match, lorsqu’on ne prend que ceux des joueurs ayant disputé au moins 300 matchs au cours de cette période, Koivu bondit au 49e rang, avec 0,78 point. Les Canadiens sont, dans cette période, 20e au nombre de buts marqués par matchs (quatre des 10 clubs à la traine sont des clubs d’expansion!) et 11e au nombre de buts marqués en avantage numérique.

Autre élément permettant de mettre en perspective au cours de ces saisons la contribution de Koivu : sur sept saisons, il cumule une fiche de plus-10, alors que le CH obtient globalement un score de moins-56. Si le finlandais n’est pas un membre de l’élite de la LNH, il n’en est pas moins un contributeur important dans une équipe qui manque cruellement de profondeur. Lorsque la LNH se met à compiler les données relatives au temps de glace, à partir de 1997-98, on obtient une meilleure idée du rôle de Koivu au sein de l’équipe :

Comme premier centre, on l’utilise à profusion à forces égale et en avantage numérique, alors que sa contribution au désavantage numérique reste beaucoup plus humble, quoiqu’on l’y utilise significativement.

Cette première période de la carrière de Koivu prend donc fin avec la saison 2001-02.

Deuxième période : 2002-2009, les années Gainey

Les succès mitigés du club au tournant du millénaire poussent les Canadiens à nommer Bob Gainey au poste de directeur général en 2003. On voit qu’en 2002-03 et 2003-04, Claude Julien continue à utiliser Koivu de la même façon, beaucoup de temps de glace en avantage numérique et à forces égales, un rôle de soutien en désavantage numérique.

Le rôle de Koivu semble changer fortement après le lock-out de 2004-05. On ne l’utilise plus autant à forces égales, quoiqu’il est encore confortablement dans le top-6 de son équipe. Il faut le souligner, Koivu semble alors avoir réglé ses problèmes de blessures graves, bien qu’il manque encore près de 20 matchs à deux reprises. Avec 0,83 point par match, Koivu est alors au 39e rang parmi les joueurs ayant disputé au moins 300 matchs de 2002 à 2009, un bond de 10 positions par rapport à la saison précédente.

Il faut le dire, l’attaque montréalaise est beaucoup plus prolifique lors de ces saisons, se classant au 10e rang de la ligue pour le nombre de buts marqués, au septième pour le nombre de buts marqués en avantage numérique. Koivu sait profiter de cette manne, principalement en avantage numérique, où il cumule 41 pour cent de ses points, 151 sur 369 en six saisons. Mais les Canadiens ne sont pas, à cette époque, une très bonne équipe à forces égales. Le nouveau site des statistiques avancées war-on-ice.com nous permet de remonter jusqu’en 2002-03 pour examiner comment Koivu a été déployé à forces égales.

Ce graphique, tiré de war on ice, nous montre quel niveau d’adversité Koivu a affronté au cours de ces saisons.

La tendance est nette. La variation de couleurs indique jusqu’à quel point Koivu a déclassé ou non ses coéquipiers au différentiel de tirs, une approximation du temps de possession. La taille des cercles montre son temps de glace (on constate qu’il ne varie pas énormément lorsque mis à l’échelle de sa carrière) et l’axe vertical nous indique le degré de compétition affronté par Koivu au cours de ces saisons. La saison 2005-06 détonne particulièrement. Koivu se fait ramasser aux tirs relativement au reste de l’équipe, et ce même s’il n’a pas affronté les meilleurs éléments adverses (c’est plutôt le tandem Mike Johnson et Radek Bonk qui ramasse cette tâche). Si le rôle de Koivu redevient plus important la saison suivante, il est encore à la traîne de son équipe et ce n’est qu’au cours des deux dernières saisons qu’il contribue positivement au jeu de possession du club, profitant désormais de l’appui de Tomas Plekanec, qui a désormais émergé comme deuxième centre du club.

Reste qu’on retrouve ici un écho de constats faits dans cette chronique tout au long de l’été, lorsqu’on analysait différents contrats : le passage de la trentaine est ingrat pour bien des joueurs de hockey. À 31 ans, le retour du lock-out est pénible pour Koivu, alors qu’en 2002-03 et 2003-04, il est encore un centre dominant le reste de son club. Mais Koivu, on le voit en fin de graphique, a su s’adapter et on le voit se tailler aux côtés de Plekanec un nouveau rôle sur la fin de son séjour à Montréal.

Troisième période : 2009-2014, un deuxième centre en Californie

On ne s’attardera pas inutilement sur l’été 2009 de Bob Gainey. Suffit de dire que le DG des Canadiens, suite une fin de saison catastrophique, décide de faire « sauter » les fondations de son club et de remplacer le noyau de vétérans bâti autour de Koivu par un nouveau groupe de joueurs, largement issus du marché des joueurs autonomes. Le capitaine déchu s’en va, lui, rejoindre Teemu Selanne et les Ducks d’Anaheim.

On l’utilise de nouveau à profusion à forces égales et il occupe désormais la deuxième vague d’avantage numérique. Surtout, Koivu est mis plus systématiquement à contribution en désavantage numérique. C’est donc un rôle d’homme à tout faire que le sien. Le temps de glace en fait foi, c’est bien lui qui sera (derrière le trio Bobby Ryan/Getzlaf/Corey Perry, puis Dustin Penner/Getzlaf/Perry), jusqu’à la toute fin de sa carrière, le deuxième centre des Ducks, s’effaçant seulement en avantage numérique au cours de sa dernière saison.

Encore ici, war-on-ice.com nous permet de comprendre plus finement l’évolution du rôle de Koivu :

Ça peut sembler en dent de scie à première vue, mais il faut savoir que les Ducks n’ont pas vraiment de troisième centre attitré au cours de cette période, passant en audition Todd Marchand, Kyle Chipchura, Andrew Cogliano (qu’on mutera à l’aile) et finalement Mathieu Perreault et Nick Bonino(envoyé cet été à Vancouver dans l’échange amenant Ryan Kesler, qui succèdera à Koivu). Encore ici, war-on-ice nous permet de voir à quel point ces différents joueurs n’ont jamais vraiment pu s’installer à demeure et enlever son poste au vétéran.

Getzlaf, joueur étoile du club, est tout en haut en matière de temps de glace (grosseur du cercle) et de qualité des adversaires affrontés (axe vertical). On lui donne un peu moins de départs en zone offensive qu’en zone défensive, ce qui suit la tendance générale du club. Koivu, s’il n’affronte pas aussi systématiquement les meilleurs éléments adverses, prend encore plus de mises en zone défensive et surtout, sur-performe par rapport au club au temps de possession (le graphique comprend toute la période de 2009 à 2014). Bonino comme Perreault ont été déployés dans des minutes « protégées » (loin des meilleurs éléments adverses, beaucoup de mises en zone offensive), alors que Chipchura semble plutôt être un bouche-trou et Todd Marchant un spécialiste des mises en zone défensive contre les troisième et quatrième trios adverses.

Personne, bref, n’aura approché Koivu au cours de toutes ces saisons. Si elle n’a pas été glorieuse sur le plan des titres de la Coupe Stanley remportés dans la LNH, sa carrière illustre bien comment les joueurs talentueux et versatiles de son genre peuvent devenir, une fois perdue cette fraction de seconde qui permet d’animer l’attaque au plus fort des combats contre les meilleurs adversaires, de remarquables seconds, dominant encore de la tête et des épaules l’immense majorité de ces joueurs que l’on qualifie « de soutien ». Les bonnes organisations savent reconnaitre la valeur de ces joueurs et leur gardent une place de choix (c’est que, par exemple, l’on soupçonne les Bruins de vouloir faire dans le cas de David Krejci et, surtout, Patrice Bergeron).

Ils ne sont pas si rares, ces joueurs de talent qui, comme Koivu, ont su bâtir au cours de la vingtaine un tableau offensif enviable. Mais ils sont beaucoup plus rares ceux qui ont, le moment venu, la détermination nécessaire pour se réinventer.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données,notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

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