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Capitaine Saku a légué un héritage à long terme à Montréal

jeudi 2014-09-11 / 14:14 / LNH.com - Nouvelles

Par Arpon Basu - Directeur de la rédaction LNH.com

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Capitaine Saku a légué un héritage à long terme à Montréal
Capitaine Saku a légué un héritage à long terme à Montréal

Déterminer quel héritage Saku Koivu laissera dans la LNH est une entreprise périlleuse.

Cet héritage n’est pas simplement défini par ses buts et ses passes, et il n’est certainement pas défini par ses championnats.

Koivu, qui a annoncé sa retraite mercredi après 18 saisons dans la LNH avec les Canadiens de Montréal et les Ducks d’Anaheim, quitte ce sport à titre de l’un des joueurs les plus respectés, mais aussi à titre de joueur qui n’est jamais vraiment parvenu à faire sa place parmi l’élite de la ligue, et qui n’a jamais gravé son nom sur la Coupe Stanley.

Cependant, son héritage est aussi riche que celui de n’importe quel autre joueur de l’histoire récente de la LNH, surtout à Montréal.

Dans un sens, il est malheureux que l’on se souvienne toujours de Koivu pour sa courageuse bataille contre des lymphomes non hodgkiniens, qu’il a d’ailleurs remportée, au cours de la saison 2001-02. Koivu a réalisé tellement plus de choses au cours de sa carrière que de vaincre le cancer.

Mais d’un autre côté, ce pénible épisode de sa vie représente parfaitement l’ensemble de la carrière de Koivu. Il a surmonté une maladie débilitante de la même manière qu’il a surmonté le fait qu’on lui reprochait de ne pas avoir le gabarit nécessaire pour être un centre de premier plan dans la LNH, soit avec détermination et volonté, poussé par son esprit compétitif qui a été respecté par tous ceux avec qui il a joué.

Le retour au jeu de Koivu au cours de la 80e partie de la saison régulière 2001-02, une victoire de 4-3 des Canadiens contre les Sénateurs d’Ottawa qui permettait au Tricolore de s’assurer d’une place en séries éliminatoires, demeure l’un des moments les plus émotifs de l’histoire de l’équipe. Les partisans ont salué Koivu en scandant « Saku! Saku! Saku! » au cours d’une ovation debout qui dura huit minutes, et qui avait commencé avant même qu’il ne saute sur la glace. Elle a pris de l’ampleur lorsqu’il a retiré son casque pour l’hymne national, exposant ainsi son crâne dégarni, s’est poursuivie pendant l’interprétation de l’Ô Canada, avant de prendre fin après que Koivu eût imploré l’arbitre Dan Marouelli de procéder à la première mise en jeu.

De plus, cette maladie a permis de découvrir la gentillesse et la générosité de Koivu. La fondation qui porte son nom a été mise sur pied peu de temps après que le diagnostic soit tombé, et elle a lancé une campagne de financement qui a permis d’amasser 8 millions $ afin d’acheter un appareil de tomographie à émission de positons et tomodensitométrie (appareil TEP) pour l’Hôpital général de Montréal, un appareil dont Koivu a eu besoin lorsqu’il a reçu son premier diagnostic, mais qui n’existait pas dans sa ville d’adoption.

Ce n’est maintenant plus le cas, grâce à Koivu.

Il a souvent répété qu’il voulait surtout qu’on se souvienne de lui pour cet appareil TEP qui a aidé des milliers de personnes depuis son inauguration en 2002, plutôt que pour ce qu’il avait accompli sur la patinoire.

Cependant, les exploits de Koivu sur la patinoire méritent également d’être reconnus, même s’ils sont souvent éclipsés par sa courageuse bataille contre le cancer.

Son retour en 2002 est un bel exemple de l’incroyable esprit compétitif qui habitait Koivu, et de sa capacité à hausser son jeu d’un cran dans les moments les plus importants. Après avoir disputé les trois derniers matchs de la saison régulière en 2001-02, Koivu a amassé deux buts et cinq passes pour conduire les Canadiens à une surprenante victoire en six matchs contre les Bruins de Boston en première ronde des séries éliminatoires. Montréal s’est ensuite incliné en deuxième ronde contre les Hurricanes de la Caroline.

En 54 matchs en séries éliminatoires avec les Canadiens, Koivu a récolté 48 points, soit une moyenne de points par matchs 10 pour cent plus élevée que celle qu’il a maintenue en saison régulière à Montréal.

L’excellence de Koivu sur la glace n’a toutefois pas été limitée à son passage à Montréal, alors qu’il a peut-être joué son meilleur hockey en carrière lorsqu’il représentait sa Finlande natale, où il est un héros plus grand que nature. Il a remporté quatre médailles olympiques avec la Finlande, et neuf médailles au total sur la scène internationale, où il a toujours semblé exceller aux côtés de son coéquipier avec les Ducks, Teemu Selanne.

Koivu a obtenu 120 points en 102 parties pour la Finlande, alors qu’il a presque toujours été le capitaine de son pays, aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde, au Championnat du monde de la FIHG, et au Championnat mondial junior de la FIHG.

Selanne et Jari Kurri sont les deux seuls Finlandais à avoir accumulé plus de points que Koivu en carrière dans la LNH, lui qui a pris sa retraite après avoir récolté 832 points en 1 124 matchs de saison régulière.

L’exploit le plus exceptionnel de Koivu pourrait cependant être son règne en tant que capitaine avec les Canadiens, alors que sa retraite survient à un moment où son ancien poste est vacant.

Koivu a été le capitaine des Canadiens pendant 10 ans, ce qui lui confère une égalité avec le membre du Temple de la renommée Jean Béliveau pour le plus long règne de l’histoire de l’équipe. Il se pourrait que cette marque soit accompagnée d’un astérisque, puisque Koivu a été le capitaine des Canadiens pendant neuf saisons entre 1999 et 2009, la saison 2004-05 étant annulée en raison du lockout de la LNH.

Koivu a été le premier capitaine européen de l’histoire de l’équipe, mais son passage en tant que capitaine a aussi coïncidé avec la plus longue sécheresse de l’équipe au chapitre des conquêtes de la Coupe Stanley.

Koivu a été repêché un mois après que les Canadiens eurent soulevé la Coupe Stanley pour la 24e fois en 1993, et l’équipe n’a pas remporté un autre championnat depuis. Sa carrière s’est amorcée quelques mois avant que les Canadiens échangent le gardien membre du Temple de la renommée Patrick Roy à l’Avalanche du Colorado en 1995, une transaction qui a plombé l’organisation pendant des années. Au cours des neuf saisons au cours desquelles Koivu a été le capitaine, les Canadiens ont raté les séries éliminatoires à quatre reprises, en plus d’être éliminés en première ronde à deux occasions.

Ce fut une époque difficile pour l’organisation des Canadiens, et elle s’est malheureusement produite au cours du capitainat de Koivu, ce dernier faisant souvent l’objet de critiques en raison de son incapacité de s’adresser en français à la vaste majorité francophone des partisans de Montréal.

Oui, l’équipe n’a pas connu de succès lorsque Koivu en était le capitaine, mais ce manque de succès est ce qui a rendu son travail difficile, et qui a rendu le rendement qu’il a affiché au cours de son règne d’autant plus admirable. Koivu a probablement eu à expliquer davantage de défaites que n’importe quel autre capitaine dans l’histoire de l’équipe, mais il était toujours là pour le faire, attendant à son casier que les médias pénètrent dans le vestiaire des Canadiens. Bien souvent, il était le seul joueur à y être.

Koivu a aussi été ralenti par les blessures au début de sa carrière, surtout par une blessure à un genou subie à sa deuxième saison alors qu’il occupait le premier rang des pointeurs de la LNH avec une récolte de 38 points en 30 matchs. Il a conclu la saison 1996-97 avec 56 points en 50 parties, mais cette blessure était annonciatrice de choses à venir. Après avoir disputé 82 rencontres à sa saison recrue en 1995-96, Koivu n’a répété cet exploit qu’une seule fois au cours des 17 dernières saisons de sa carrière.

Lorsqu’il était en santé, Koivu a été l’un des attaquants les plus efficaces de la LNH, une menace dans les deux sens de la patinoire qui se défendait aussi bien dans son territoire qu’en zone offensive. Le problème est qu’il n’a pas été en santé très souvent.

Lorsque Koivu s’est dirigé vers Anaheim en tant que joueur autonome en 2009, il a encore été contraint de rater quelques parties en raison de blessures occasionnelles, mais il a fait preuve d’une belle capacité à adapter son jeu, ce qui lui a permis d’être l’un des meilleurs attaquants de soutien de l’entraîneur des Ducks, Bruce Boudreau.

Alors, comment pouvons-nous évaluer le passage de Koivu dans la LNH, en particulier le temps qu’il a passé à Montréal?

Il occupe le 10e rang de l’histoire de l’équipe au chapitre des points avec 641, et s’il avait joué pour n’importe quelle autre équipe, Koivu serait probablement considéré comme une légende, et son numéro serait probablement hissé dans les hauteurs de l’amphithéâtre.

Cependant, les prérequis pour voir son numéro être retiré par les Canadiens sont élevés, et comme son nom n’est pas gravé sur la Coupe Stanley et qu’il ne sera probablement pas admis au Temple de la renommée, Koivu ne respecte pas les critères habituels.

Toutefois, Koivu n’est pas un candidat habituel.

En plus de l’héritage à long terme qu’il a légué à l’Hôpital général de Montréal, Koivu a été le visage des Canadiens pour une génération de partisans, ceux qui étaient de jeunes enfants au début de sa carrière et qui n’ont jamais connu l’expérience d’une conquête de la Coupe Stanley.

Pour plusieurs d’entre eux, Koivu représentait les Canadiens.

Et même si son numéro 11 n’était jamais hissé dans les hauteurs du Centre Bell, son impact sur cette génération de partisans des Canadiens durera pour toujours.