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Bouchard : Avec Craig Anderson, Ottawa se donne du temps

mercredi 2014-08-27 / 14:11 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Avec Craig Anderson, Ottawa se donne du temps
Bouchard : Avec Craig Anderson, Ottawa se donne du temps

Les Sénateurs d’Ottawa ont annoncé lundi s’être entendus avec le gardien Craig Anderson sur un nouveau contrat de trois ans d’une valeur de 12,6 millions $. Aujourd’hui âgé de 33 ans et ayant encore une saison à écouler sur son entente actuelle, Anderson se voit donc engagé jusqu’à l’âge de 37 ans. À raison d’un salaire moyen de 4,2 millions $ par saison, et ayant plus tôt cet été paraphé une entente avec Robin Lehner, les Sénateurs ont-ils pris un risque inutile? Au vu de ce qui s’annonce sur le marché au cours de la prochaine année, pas vraiment.

Si Anderson partait, qui demeurait?

Outre Lehner, le seul autre gardien prometteur à gravir les échelons dans le système de développement des Sénateurs est Chris Driedger, qui vient de terminer son stage junior avec les Hitmen de Calgary de la Ligue de l’Ouest. Sinon, c’est par la voie des joueurs autonomes, sinon des échanges, que les Sénateurs auraient eus à combler l’éventuel départ d’Anderson. Et à regarder ceux qui sont à l’heure actuelle les principaux sujets à devenir autonomes l’été prochain, on comprend que les candidats sur mesure, à un an d’échéance, n’étaient pas nécessairement nombreux.

Combien de ces joueurs seront encore disponibles en juillet prochain? Et surtout, lequel d’entre eux accepterait, libre de choisir, de s’engager aux côtés d’un jeune gardien talentueux, Lehner, sous contrat pour encore deux saisons? Si, en plus, Anderson devait connaître une autre bonne saison, son pouvoir de négociation aurait été d’autant plus considérable.

Anderson régresse-t-il?

Il est tentant, lorsqu’on regarde la fiche globale de Craig Anderson, de soupçonner qu’il est justement en train de perdre de sa superbe alors qu’il avance dans la trentaine. Comme je le soulignais en fin de saison dernière, les performances décevantes des Sénateurs étaient attribuables aux difficultés des deux gardiens, certes, mais aussi à l’indiscipline du club et à une malchance certaine dans des situations bien précises (le 4 contre 4, notamment). Reste que les Sénateurs viennent de signer leur vétéran alors que sa valeur baisse fortement. Cette chute est-elle récente?

Les données de la LNH sont, pour les gardiens, quelque peu ingrates. On ne dispose à l’heure actuelle que des distinctions faites entre le jeu à forces égales et celui en désavantage numérique pour mesurer l’état de la situation. Dans le cas d’Anderson, on peut évaluer son cheminement en considérant, depuis 2007-08, trois éléments distincts. Premièrement, quelle part des tirs a-t-il reçue? C’est là une façon simple d’évaluer sa charge de travail relativement à ses collègues. Deuxièmement, comment a-t-il performé dans ces circonstances? On parle alors du bon vieux taux d’arrêts. Enfin, on comparera ce taux d’arrêt à celui des coéquipiers d’Anderson. Un taux de 103 pour cent, par exemple, indique alors qu’il a surperformé par rapport à ses coéquipiers.

À forces égales, le tableau est net : Anderson se tient généralement en haut de la moyenne de la LNH (,918) et il a aussi l’avantage sur ses collègues. En fait, pour les Sénateurs, à un peu plus de 3 millions $ par saison, Anderson a franchement livré la marchandise. Son taux d’arrêts de la dernière saison le montre par ailleurs à l’intérieur des variations auxquelles il nous a habitués. S’il est parfois ordinaire, il peut par moment devenir dominant.

Les mêmes indicateurs en désavantage numérique nous réservent une intéressante surprise.

La moyenne de la LNH à 4 contre 5 se situait l’an dernier autour de ,880 et Anderson, depuis le début de son séjour à Ottawa, a pour la première fois chuté sous ce seuil de respectabilité. Parce qu’on ne possède pas le détail du mouvement de la rondelle avant les tirs (une méthode que Chris Boyle a su utiliser de manière brillante dans ses analyses pour le réseau Sportsnet), il est difficile de distinguer ce qui se trouve précisément à l’origine de cette chute brutale d’efficacité. Parce qu’Anderson reste, à 5 contre 5, à l’intérieur des normes qu’il a établies au cours des sept dernières saisons, on peut soupçonner que le problème n’est pas nécessairement celui d’un joueur qui perd définitivement ses moyens. Lehner a, dans ces mêmes situations, obtenu un étincelant taux d’arrêts de ,909, on ne peut donc non plus déduire de ces données que c’est le système des Sénateurs au complet qui a fait faillite.

Comment vieillissent les gardiens?

C’est une des questions qui hante les responsables de tous les clubs de la LNH. On a vu, à l’examen des nouveaux contrats de jeunes vedettes comme ceux signés par Jonathan Toews, Patrick Kane et P.K. Subban, que ces ententes offrent des pics de rémunération avant le cap de la trentaine. Or, pour Anderson, mais aussi pour d’autres vétérans comme Ryan Miller, l’âge est d’abord et avant tout un frein aux ententes à long terme. Mais le niveau de rémunération à court terme reste, lui, hautement intéressant pour ceux qui savent se faire un nom.

C’est une question à laquelle Eric Tulsky (aujourd’hui employé par une équipe de la LNH) s’était attardé en décembre 2012. Commentant d’autres études sur le sujet, il soulignait que, lorsqu’on cherche simplement à croiser l’âge des gardiens de but avec leurs performances, on se heurte au fait que seuls les bons gardiens de but continuent à obtenir un temps de glace significatif passé la trentaine.

De fait, discutant cet été de ce qu’une équipe doit chercher à savoir avant de prendre le risque de signer un gardien à long terme, Tulsky revenait par la bande sur ce « syndrome du survivant » et indiquait que bien peu de gardiens ont cumulé suffisamment d’expérience ces cinq dernières saisons, soit avoir joué chaque année au moins 50 pour cent des matchs de leur équipe. Parmi ces gardiens? Craig Anderson! S’ils croient Lehner promu à un bel avenir, les Sénateurs semblent néanmoins bien décidés à prendre encore quelques saisons avant d’en faire sans conteste le gardien de premier plan de l’organisation. Vu la longue feuille de route d’Anderson, et sachant qu’il ne semble pas, présentement, en train de décliner rapidement, Ottawa vient de se donner du temps et de la stabilité devant le filet.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données,notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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