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Bouchard : Le sort particulier de Sidney Crosby

mercredi 2014-08-20 / 3:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Le sort particulier de Sidney Crosby
Sidney Crosby est capable de produire à un niveau hallucinant malgré le manque de vedettes à ses côtés

On discutait, la semaine dernière, de l’impact que le manque d’opportunisme de ses coéquipiers avait eu sur la fiche d’Alex Ovechkin au cours de la dernière saison. Si le capitaine des Capitals de Washington n’est pas le premier ni le dernier à subir pareil coup du sort, il est intéressant de souligner que de rares joueurs ont su, au fil des dernières saisons, maintenir un degré exceptionnellement élevé de performances quant au pourcentage de tirs convertis en buts.

Au sujet du taux de conversion

Un fait, maintes fois revisité dans les blogues spécialisés en statistique de hockey, demeure relativement étranger au commun des mortels : le taux de conversion de tirs en buts reste à l’échelle de la LNH, à forces égales, relativement stable d’une saison à l’autre, oscillant bon an mal an autour de la marque des 8,3 pour cent.

Le graphique suivant retrace le taux de conversion atteint par les différents clubs de la LNH à 5v5 au cours des sept dernières saisons. Il permet d’identifier rapidement les saisons « exceptionnelles », celles avec un taux de conversion anormalement élevé se situant vers l’extérieur du cercle, celles anormalement basses vers l’intérieur. Les équipes sont classées en ordre décroissant d’efficacité sur sept ans.




Certains clubs retiennent ici l’attention. Les Penguins de Pittsburgh ne font pas qu’afficher globalement la meilleure moyenne (9,2 pour cent sur sept ans), on voit que seule la saison 2010-11 fut pour cette équipe plus « ordinaire », à 8,1 pour cent (Sidney Crosby et Evgeni Malkin manquent alors tous deux beaucoup de matchs, ce qui n’est pas sans importance). Les Maple Leafs de Toronto, qui se situent généralement dans la moyenne, obtiennent pourtant globalement le troisième meilleur taux de réussite, principalement sur la foi des sommets atteints lors de la saison écourtée de 2013, alors qu’ils se fendent d’un exceptionnel score de 11 pour cent. Le Lightning de Tampa Bay (2013 et 2011-12) et les Capitals en 2009-10 font aussi des scores similaires, mais outre Pittsburgh, aucune équipe ne semble capable de reproduire, saison après saison, des taux de réussite aussi largement supérieurs à la moyenne.

Inversement, on constate que les équipes qui ferment la marche ne présentent pas un profil uniforme. Si les Islanders de New York et les Panthers de la Floride sont des habitués du fond du classement, les Devils du New Jersey sont généralement dans le premier tiers du classement quant à la capacité à déclasser l’adversaire aux tirs à forces égales. Les Kings de Los Angeles, s’ils ont enfin atteint la finale de la Coupe Stanley, n’ont pas à rougir de leurs performances sur cette période : outre un passage hors séries, ils sont éliminés deux fois en première ronde, deux fois en deuxième et une fois en troisième. On est loin devant les Oilers d’Edmonton, par exemple, pourtant 13e au taux de conversion depuis sept ans. Quant aux Sharks de San Jose et aux Kings, ce sont des puissances de la ligue.

S’il tombe sous le sens d’affirmer que de manière générale les taux de conversion sont aidés par la présence des meilleurs joueurs, encore là on doit souligner que rares sont les joueurs qui ont un impact mesurable en continu à ce chapitre.

La remarquable séquence de Sidney Crosby

Depuis le début de la saison 2007-08, les banques de données du site behindthenet.ca nous indiquent que très exactement quatre joueurs ont su, chaque saison, aider leur équipe à maintenir un taux de conversion supérieur à 9 pour cent lorsqu’ils sont sur la glace à 5v5 : Sidney Crosby, Martin St-Louis, Jonathan Toews et Thomas Vanek. Ajoutons, pour faire bonne mesure, les deux meilleurs francs-tireurs de cette même période et comparons les taux de conversion affichés par les équipes de ces joueurs, selon qu’ils sont sur la glace ou non.




J’ai rajouté une décimale à la colonne « sans » pour bien illustrer à quel point les différences sont, absents ces joueurs, minimes entre les équipes. D’emblée, on voit à quel point il y a Crosby et les autres. Le détail de la contribution de ces joueurs vedettes aux succès de leurs clubs lorsqu’ils sont sur la glace nous informe plus précisément du caractère remarquable du numéro 87.




Le taux de réussite individuel de Sidney Crosby se compare à celui de Steven Stamkos et il génère un pourcentage similaire du total des tirs obtenus par son équipe. Là où il se distingue, c’est dans le taux de réussite de ses coéquipiers. Stamkos et St-Louis ont, justement, beaucoup joué ensemble ces dernières saisons.




St-Louis a principalement joué avec Stamkos et Vincent Lecavalier au cours des dernières saisons. On constate que le troisième larron de ces trios, qu’il s’agisse de Ryan Malone, Vinny Prospal, Steve Downie ou encore Teddy Purcell, a su profiter du fait qu’on le surveillait un peu moins. Tous affichent des taux de conversion ronflants, largement supérieurs à ce qu’on les voit obtenir en l’absence des vedettes. Stamkos et Lecavalier, eux, restent à des niveaux plus similaires. Mais on est à même de constater l’impact qu’a eu Stamkos sur la fiche de St-Louis.

Dans le cas de Crosby, les noms qui se trouvent sur cette liste sont moins intéressants que ceux qui n’y sont pas; Tyler Kennedy (54 buts sans Crosby en six saisons), Jordan Staal (53 buts), James Neal (51), Matt Cooke (47), mais aussi des joueurs moins connus comme Petr Sykora (22 buts), Jussi Jokinen (21) ou encore Ruslan Fedotenko (18 buts). Les Penguins ont su, au fil des ans, construire derrière le trio de Crosby des unités capables de contribuer à l’attaque à forces égales, à l’aide de joueurs sous-estimés en ce domaine, appelés à épauler deux centres (Malkin et Staal) extrêmement habiles.

Si la contribution du reste de l’alignement des Penguins est modeste lorsqu’on le compare, par exemple, à celui des Blackhawks de Chicago, le fait demeure que, outre Malkin, tous ces joueurs jouent désormais sous d’autres cieux. On voit d’ailleurs ici comment le départ de Staal laisse, encore aujourd’hui, un trou béant dans l’alignement offensif des Penguins.

Mais Crosby, lui, persiste à tirer la charrue sans avoir besoin de l’aide de joueurs vedettes établis. C’est probablement là sa plus grande force. Immensément polyvalent, il joue à la fois le rôle de franc-tireur et de fabricant de jeu et permet à son entraîneur de masser ses autres éléments offensifs loin de lui, forçant alors l’adversaire à diviser ses forces vives. On a vu la chose profiter au tandem Malkin-Neal au cours des dernières saisons. Mais Neal, à son tour, a été échangé et outre Patric Hornqvist, on cherche dans le nouvel alignement des Penguins ceux qui prendront le collier derrière le capitaine, aux côtés de Malkin. Si remarquable est Crosby, le fait est que les Penguins semblent désormais incapables de garnir l’équipe pour le soutenir.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données,notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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