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Bouchard : Une nouvelle ère pour les contrats de vedettes dans la LNH

mercredi 2014-08-06 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Une nouvelle ère pour les contrats de vedettes dans la LNH
Bouchard : Une nouvelle ère pour les contrats de vedettes dans la LNH

Après les contrats de Jonathan Toews et Patrick Kane des Blackhawks de Chicago, le contrat de P.K. Subban du Canadien de Montréal, signé cette semaine, vient donner un aperçu de l’impact de la nouvelle convention collective sur les contrats de joueurs vedettes. C’était en effet un des principaux travers de l’ancienne convention collective que d’avoir, par sa structure, encouragé les contrats à très long terme. Ces contrats avaient pour but de faire diminuer la valeur moyenne d’un contrat en y ajoutant à la fin un nombre important de saisons à bas salaires.

On s’est attaqué à ce problème principalement de deux façons. Premièrement, les contrats sont désormais de durée limitée, pas plus de sept ans pour un joueur qui signe avec une nouvelle équipe, huit ans si le joueur était déjà sous contrat avec l’équipe pour qui il signe.

Ensuite, en appliquant la règle des 100 pour cent. Celle-ci est complexe, mais extrêmement importante. Lorsqu’un contrat est signé, les deux premières saisons de ce contrat déterminent comment s’applique la règle des 100 pour cent. Deux scénarios sont possibles.

Premier scénario : si les deux premières saisons du contrat donnent un salaire dont la moyenne est supérieure à la moyenne du contrat.

Dans ce premier cas, les salaires attribués chaque saison sont alignés sur celui de la première saison. D’une saison à l’autre, le salaire ne peut varier, en hausse ou baisse de plus de 35 pour cent. Ensuite, aucune saison couverte par ce contrat ne peut valoir au joueur un salaire inférieur à 50 pour cent du salaire de la première saison.

Deuxième scénario : si les deux premières saisons du contrat donnent un salaire dont la moyenne est inférieure ou égale à la moyenne du contrat.

Ici, c’est le salaire annuel le plus bas payé au cours des deux premières saisons du contrat qui détermine le reste. Tout d’abord, le montant du salaire ne peut varier, au cours des deux premières saisons, d’un montant supérieur au salaire le plus bas de ces deux saisons. Un joueur peut passer de 3 à 6 millions $, de six à trois, mais pas de deux à cinq.

Pour les saisons suivantes, le salaire ne peut augmenter d’un montant supérieur au salaire le plus bas payé au cours des deux premières saisons et, surtout, ne peut diminuer d’un montant supérieur à 50 pour cent du salaire le plus bas des deux premières saisons. Donc, si un joueur encaisse d’abord des salaires de 3 et 6 millions $ sur un contrat de cinq ans, son salaire annuel peut augmenter à raison de 3 millions $ par saison, mais ne peut diminuer de plus de 1,5 million $.

Enfin, un joueur ne peut encaisser un salaire annuel supérieur à 20 pour cent de la valeur du plafond salarial en vigueur lors de la signature du contrat. Pour les contrats signés à l’été 2014, cette limite se situe donc à 13,8 millions $.

Le cas Weber

Le contrat signé par Shea Weber à l’été 2012, juste avant le lock-out, est un cas particulièrement représentatif de ces ententes que la nouvelle convention collective cherche à éradiquer. Le tableau suivant, tiré de l’excellent site Capgeek.com, résume le contrat de Weber avec quelques ajouts de mon crû.

Lorsque la nouvelle convention collective est signée, on y permet aux clubs de dépenser jusqu’à 70 millions $ pour la première saison, mais le plafond en vigueur pour les signatures de contrats est lui situé à 60 millions $. Weber, en signant sous l’ancienne convention, reçoit donc au cours des trois premières saisons de l’entente un montant annuel supérieur à ce qui est aujourd’hui permis. Les joies des clauses grand-père! Aussi, on voit où s’applique le scénario 1 de la clause 100 pour cent ainsi que l’arrêt à huit ans de la durée des contrats : dès 2018-19, le salaire de Weber plonge de moitié et sous la barre des 50 pour cent du salaire des deux premières saisons. Signé jusqu’à l’âge de 40 ans pour 13 saisons, Weber a dès les six premières saisons accumulé plus de 72 pour cent du montant total qui lui est promis. Le « salaire moyen », ici, est étendu à son extrême limite.

On retrouve aussi les deux dernières colonnes dans les tableaux suivants. %Salaire maximum représente la part du salaire total sur le maximum attribuable à un contrat signé au cours d’une saison donnée, le 20 pour cent du plafond de cette saison en particulier. %Plafond représente l’espace occupé par la valeur du salaire moyen sous le plafond salarial d’une saison donnée. On dit, à gauche et à droite, que le plafond pourrait atteindre 75 millions $ en 2015-2016. J’ai repris cette figure et ai ensuite appliqué un taux de croissance annuel de 4 pour cent, ce qui donne les valeurs suivantes.

Le plafond augmentera-t-il sans fin jusqu’en 2025? Qui vivra verra. En attendant, les contrats signés par les jeunes vedettes sous la nouvelle convention collective ont une structure totalement différente.

Toews et Subban

On pourra chicaner sur la comparaison entre Toews, deuxième centre de l’équipe olympique canadienne, capitaine des Blackhawks ayant remporté la Coupe Stanley à deux reprises depuis son arrivée, et Subban, défenseur que l’on dit à risque dans son territoire, parfois indiscipliné, réserviste dans l’équipe canadienne olympique, mais indubitablement talentueux. Le contrat de Subban est à l’image de cette comparaison, soit en retrait des sommes engrangées par Toews, mais respectant la même logique.



Si le contrat de Toews se situe dans le premier scénario de la règle des 100 pour cent, celui de Subban est dans le deuxième. Les deux sont signés pour huit ans, et l’espace qu’ils occupent sous le plafond est similaire tout au long de chaque contrat.

Pourtant, le contrat de Toews vaut 12 millions $ de plus? C’est l’effet de la règle des 20 pour cent : ayant signé sous un plafond de 69 millions $ un contrat qui entre en vigueur dans un an, Toews, même s’il obtient le salaire maximum au cours de ses trois premières saisons, voit ensuite son contrat plonger à 50 pour cent de la valeur moyenne des deux premières saisons. Le contrat de Toews, en bref, entre en vigueur alors que celui-ci, alors âgé de 27 ans, aurait sinon été joueur autonome sans compensation, capable d’offrir ses services à n’importe quelle équipe.

Subban, lui, signe un contrat couvrant au départ deux saisons d’autonomie restreinte, qu’on utilise ici pour amoindrir l’impact total du contrat sous le plafond salarial. De plus, Subban ne reçoit jamais 100 pour cent du salaire éligible, tout au plus 80 pour cent.

Le contrat de transition est-il une bonne affaire?

Ces deux contrats ont été attribués dans des circonstances différentes : Toews avait, avant même de terminer son contrat de recrue, signé une entente de cinq ans, qui couvrait ses quatre dernières saisons d’autonomie restreinte et sa première saison d’autonomie complète. Subban a quant à lui signé un contrat de transition, de deux saisons. La direction du Canadien, parfois critiquée de ne pas avoir accordé à son jeune défenseur un contrat à long terme, a-t-elle eu raison de faire ce choix?

D’abord, regardons ce que les deux derniers contrats signés par Subban ont eu comme impact.

L’effet du contrat de transition est manifeste, il donne au Canadien la possibilité de jouir des services de Subban pour 5 pour cent et moins du plafond salarial. Pour un joueur que seul Andrei Markov surpasse au temps d’utilisation par match au sein de l’équipe, un joueur qui, au cours de ces deux saisons, fut le meilleur pointeur parmi les défenseurs de la LNH, on peut dire que le CH en a eu pour son argent.

Marc Bergevin, directeur général du Canadien, aurait-il obtenu plus encore en signant alors Subban pour cinq ans? Il aurait ainsi, à l’image de Toews et des Blackhawks, acheté d’un coup les quatre saisons d’autonomie restreinte restant à Subban ainsi qu’une saison d’agent libre sans compensation. Sachant que Subban est encore loin d’avoir, en 2013, le statut qu’il a aujourd’hui, on pourrait raisonnablement croire qu’un tel contrat aurait pu lui rapporter une valeur moyenne de 5 millions $ par saison. Admettons que Subban signe ce contrat et, toujours à l’image de Toews, signe une entente de huit ans un an avant la fin de celui-ci, donc à l’été 2016, un contrat qui entre en vigueur en 2017.

Admettons aussi que Subban reprend pour ce nouveau contrat la même structure par âge que son actuel. C’est-à-dire qu’à 28 ans il obtient 16 pour cent du maximum éligible au moment de la signature (plafond estimé de 78 millions $ en 2016) soit 12,48 millions $ et qu’à partir de 29 ans son salaire baisse. On obtient un contrat d’une valeur moyenne de 10 millions $. Pour les saisons équivalentes au contrat réellement signé, ça donnes le tableau suivant :

À vue de nez, Bergevin a à peine épargné 300 000$ en salaire payés pour les services Subban jusqu’à l’âge de 32. Des poussières. Le contrat signé en 2017 comporte une plus grande part de risque : Subban est sous contrat jusqu’à l’âge de 35 ans. Or, Eric Tulsky le soulignait au mois de mars, on constate de plus en plus que la plupart des joueurs voient leur niveau de jeu régresser lorsqu’ils passent le cap des 30 ans.

Mais ce premier contrat laisse entendre que la valeur de Subban n’aurait pas augmenté au cours des deux prochaines saisons et qu’il aurait de ce fait accepté un contrat ayant une valeur similaire relativement au plafond salarial. Or, Subban a connu une explosion offensive au cours des deux dernières saisons; il n’est pas farfelu de croire que dans deux ans, sa réputation sera similaire à celle de Toews. Et si on applique la structure du contrat signé par Toews à l’échéance 2016 pour Subban, on obtient plutôt cette progression :

Au bas mot 10 millions $ de plus. Je rappelle ici que mes estimations de croissance du plafond salarial, à 4 pour cent par saison, sont conservatrices (l’association des joueurs possède une clause-ascenseur lui permettant de hausser le plafond salarial d’un certain pourcentage chaque saison et les effets du nouveau contrat de télédiffusion ne sont pas encore connus). Le Canadien aurait pu se retrouver à décaisser encore plus pour garder son joueur étoile, toujours en ayant à assumer les risques d’un contrat s’étalant jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de 35 ans. La stratégie adoptée par le Canadien a donc fonctionné, dans la mesure où ils ont pu, d’une part, éviter de s’exposer à une probable régression importante du jeu de Subban et, d’autre part, le mettre sous contrat à long terme avant que sa valeur ne soit à son apogée dans un contexte d’augmentation rapide du plafond salarial.

On doit aussi souligner qu’il s’agit là d’un choix manifeste du clan Subban. En optant pour un contrat d’un an en arbitrage puis en connaissant une autre excellente saison, le défenseur étoile du Canadien aurait pu se retrouver en situation de force pour négocier un contrat « à la Toews » dès l’été prochain, augmentant alors de beaucoup ses gains potentiels. Mais Subban a plutôt, à l’image de ce qu’il a affirmé tout au long du processus de négociation, opté pour l’entente à long terme dès maintenant. Difficile, dans les circonstances, de voir un perdant dans cette histoire.

Reste à voir si et comment ces contrats serviront de matrice aux prochaines ententes à long terme. Trois éléments sont à surveiller : le rapport au salaire maximum, le fait que ces saisons à hauts salaires se concentrent désormais avant l’âge de 30 ans (un avantage manifeste pour les joueurs qui commencent leur carrière à 18 ans!) et, enfin, le recours aux bonis de signature. Ceux-ci sont versés en bloc le premier juillet de chaque saison, alors que les salaires sont versés aux deux semaines au fil de la saison. À voir les sommes en cause, ça n’est pas là un détail.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données,notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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