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Bouchard : Un avantage numérique plus avantageux

mercredi 2014-07-30 / 6:00 / LNH.com - Nouvelles

Par Olivier Bouchard - Chroniqueur LNH.com

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Bouchard : Un avantage numérique plus avantageux
Gagnerait-on à utiliser plus systématiquement quatre, voir cinq attaquants sur l’avantage numérique?

Une fois traversée la période initiale du marché des joueurs autonomes, l’actualité de la planète hockey se calme. La période estivale est, depuis quelques saisons déjà, le moment où la blogosphère s’attachant à l’analyse statistique du hockey se tourne vers des questions plus lourdes, plus difficiles à aborder lorsque la saison bat son plein. Au fil des jours d’été, on a donc le loisir d’explorer plus à fond une question, d’en discuter sans qu’elle ne soit balayée dans les 12 heures par un autre jeu spectaculaire, une autre contre-performance.

Dans un article du genre publié il y a déjà quelque temps sur le site Habs Eyes on the Prize, Jack Han s’attardait à étudier les performances de P.K. Subban sur l’avantage numérique. Je n’ai pas ici l’intention de poursuivre les éléments abordés par Han, mais au fil des discussions qui ont suivi, un élément a piqué ma curiosité : gagnerait-on à utiliser plus systématiquement quatre, voir cinq attaquants sur l’avantage numérique?

Depuis le début de la saison 2007-08, les situations de 5 contre 4 disputées par quatre, voir cinq attaquants sont relativement fréquentes, occupant au moins le tiers, voir même 40 pour cent des avantages d’un homme.




J’ai volontairement ajouté au graphique ci-dessus la mention « 0-2 », pour bien démontrer à quel point les situations où l’on utilise un troisième défenseur au lieu d’un attaquant sont marginales. Au bout du compte, il n’y a tout simplement pas tant de défenseurs doués offensivement et la plupart des équipes ont par conséquent régulièrement recours à un quatrième, parfois même un cinquième attaquant.

En fait, les déploiements à quatre attaquants sont concentrés au sein des unités d’avantage numérique de quelques équipes. On le constate lorsqu’on regarde quelle part de ses situations 5v4 chaque équipe a consacrée, au fil des saisons, à des unités d’avantage numérique à quatre ou cinq attaquants :




Les Capitals de Washington et le Lightning de Tampa Bay ont eu recours à ce genre de déploiement, on le voit clairement dans le tableau ci-dessus. Ceux qui, comme moi, suivent l’actualité de la LNH en grande partie par le truchement des médias montréalais ne manqueront certainement pas d’être surpris de voir à quel point cette façon de déployer un avantage numérique est répandue dans la ligue. Cette surprise s’explique en partie par le fait que le Canadien de Montréal et les Maple Leafs de Toronto, auxquels nous sommes surexposés, sont parmi les moins friands de ce genre de tactiques.

Il est par ailleurs intéressant de constater que certains joueurs se sont en fait taillé un rôle de spécialiste de ces situations. Ainsi, lorsqu’on reprend ceux des clubs ayant au total consacré au moins 37 pour cent de leurs situations 5v4 à des groupes de quatre ou cinq attaquants et qu’on cible plus précisément les saisons où le cap des 37 pour cent a été franchi, on voit certains noms revenir, voir même sauter d’une équipe à l’autre. Le tableau suivant nous montre pour chacune de ces saisons l’identité de l’attaquant ayant passé le plus de temps à 5v4 en compagnie de trois ou quatre autres attaquants.




Alex Ovechkin
, bien entendu, mène la charge. Mais on voit aussi Brad Richards ressortir tour à tour à Tampa Bay, Dallas et New York. Ilya Kovalchuk, à l’image d’Ovechkin, a toujours participé à ce genre d’avantages numériques et il est intéressant de noter que lorsqu’on l’accueille au New Jersey, on y est déjà familier avec ce type d’organisation de jeu de puissance (l’acquisition de ce joueur vedette ne s’était manifestement pas faite de manière improvisée).

Mais ces avantages numériques sont-ils plus performants que les avantages traditionnels parce qu’on y retrouve plus de talent? Sont-ils plus vulnérables, parce qu’on y retrouve forcément dans des positions défensives des joueurs peu rompus à ces disciplines? Ces questions ne trouvent pas de réponses précises parce qu’il est souvent question d’un noyau de joueurs aux aptitudes particulières. N’empêche, les données des sept dernières saisons nous autorisent néanmoins certains constats.

Premièrement, le nombre de minutes disputées en avantage numérique va en diminuant. En moyenne, depuis 2007-08, c’est environs 100 minutes de moins par club qui sont disputées dans cette situation.




Si ce constat nous confirme l’importance grandissante du jeu à 5-contre-5 dans la LNH contemporaine, on peut aussi prendre son revers et souligner que les avantages numériques, plus rares que jamais, deviennent par le fait même des situations de plus en plus critiques. Parce qu’ils sont plus rares, ils sont d’autant plus potentiellement disruptifs dans le déroulement d’un match.

Par le fait même, si en ajoutant des attaquants on rend l’avantage numérique plus efficace, c’est là un levier à exploiter. Si, au contraire, on le rend plus vulnérable aux contre-attaques, on en émousse l’effet décisif. En ciblant plus précisément les situations de 5v4 avec 3, 4 ou 5 attaquants, on constate qu’à l’échelle des 91 000 minutes de jeu recensées, l’impact des joueurs supplémentaires n’est peut-être pas là où on le pense.




Par heure passée à 5v4, on constate que globalement, les avantages numériques avec quatre attaquants ont affiché un surplus relativement modeste en comparaison de ceux à trois attaquants. On y génère un peu plus de tirs (trois de plus par heure passée), on y convertit un peu plus facilement, bref, on gruge un but à l’heure et on n’en concède pas vraiment plus. Si la quantité de temps de jeu évaluée donne à ces modestes écarts un fini d’authenticité, on doit quand même s’en méfier; Ovechkin (plus de 2000 minutes), Kovalchuk (1700 minutes) et Steven Stamkos (plus de 500 minutes) ont à eux seuls été présents sur plus de 13 pour cent de ces minutes. On est peut-être ici simplement en présence de l’impact de quelques très, très bons joueurs utilisés à outrance.

Par contre, les quelque 800 minutes disputées avec cinq attaquants sont plus intrigantes. Les gains de productivité affichés y sont beaucoup plus importants : une fois intégré ce qu’on y donne en surplus à l’adversaire, ces unités ont globalement généré deux buts de plus par heure passée sur la glace, comparativement aux unités comprenant trois attaquants. Rapportés sur une saison de 420 minutes passées à 5v4, on parle d’une différence non négligeable de 14 buts!

Ces situations exceptionnelles sont en partie le fait de deux équipes, les Hurricanes de la Caroline de 2007-08 et les Devils du New Jersey de 2010-11 :




Les Devils articulent leur groupe de 2010-11 autour de Kovalchuk, Travis Zajac, Patrik Elias et Dainius Zubrus, avec Jamie Langenbrunner et Brian Rolston se relayant pour le cinquième poste. Les Hurricanes voient le leur en 2007-08 tourner autour de Matt Cullen, Ray Whitney, Rod Brind’Amour, Jeffrey Hamilton et Cory Stillman, avec un deuxième groupe bâti autour de Cullen, Justin Williams, Erik Cole et Eric Staal. Tous de très bons joueurs de hockey, et on connaît le talent exceptionnel de Kovalchuk. Mais groupées, ces deux nébuleuses de joueurs occupent 350 des 800 minutes jouées dans cette situation à travers la LNH.

On excusera le détour, mais on arrive au nœud de l’affaire. On a vu que, dans un temps restreint, les unités à cinq attaquants ont considérablement mieux performé que celles à quatre ou trois attaquants. On peut s’attendre à ce que ces deux groupes identifiés aient dopé les résultats de cet ensemble restreint de minutes (ce serait bien parce qu’ils ont performé qu’on les a gardés ensemble). Or, ce n’est pas tout à fait le cas. Reprenons le tableau utilisé plus haut, cette fois-ci en ne prenant que les seules données pour les Devils et les Hurricanes au cours des sept dernières saisons :




Si on y retrouve le surplus de tirs au but généré à cinq attaquants que l’on avait découvert plus haut, ici les taux de conversion s’effondrent. Résultat, ces équipes n’ont pas vu, dans cette période de temps, des résultats plus concluants lorsqu’elles utilisaient cinq attaquants plutôt que quatre ou trois. C’est probablement en partie pourquoi on ne les a pas vus pousser l’expérience plus avant, alors que les dispositifs à quatre attaquants sont, eux, souvent utilisés. Pourtant, à l’échelle de la ligue, à coup de 30 minutes de-ci, de-là, l’avantage apparait net sans pour autant qu’on ne puisse l’épingler au résumé de quelques joueurs particulièrement renommés.

Des différents constats qu’on peut faire en faisant ce bref survol de la question, c’est donc celui de l’impact potentiel d’un avantage numérique à cinq attaquants qui me semble être le plus intrigant. À première vue, on est en présence d’un dispositif qui exagère les risques inhérents au fait de positionner des attaquants en pointe d’appui, sans pour autant qu’une équipe a réussi à convertir systématiquement cette prise de risque en avantage aux buts. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, on voit bien l’avantage net et continu au nombre de tirs générés; à 60 tirs à l’heure, on parle d’un niveau comparable aux meilleurs avantages de la ligue!

C’est à se demander si on n’est pas ici en présence d’un choix tactique similaire au retrait hâtif du gardien de but au profit d’un sixième joueur. On a longtemps vu les entraîneurs se limiter à retirer leur gardien dans les deux dernières, voir la dernière minute d’un match. L’entraîneur de l’Avalanche du Colorado Patrick Roy s’est saisi de la question et a tâché tout au long de la saison de jouer plus agressivement de ce levier. À force de répétition, les avantages manifestes de la tactique ont fini par apparaitre nettement, menant à son adoption à marche forcée au cours des séries éliminatoires.

Confrontés à des avantages numériques toujours plus rares et pourtant toujours aussi importants, c’est à se demander si un entraîneur (d’une équipe dont on n’attend rien, probablement) ne se saisira pas à son tour d’une innovation qu’on voit ressurgir de loin en loin pour tenter, plus systématiquement, d’en tirer profit.

Olivier Bouchard est journaliste indépendant. Il s'intéresse particulièrement au journalisme de données,notamment à son application au domaine du hockey. Vous pouvez le lire sur son blogue En attendant les Nordiques et il publie quotidiennement des observations sur le hockey et les statistiques sur Twitter. Pour mieux comprendre les statistiques avancées, cliquez ici.

 

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